Le media-training, ou comment les politiques se préparent pour parler dans les médias

Media-training, ou comment les politiques se préparent à parler dans les médias
Media-training, ou comment les politiques se préparent à parler dans les médias - ©

Le media training, ce sont des formations spécialisées pour apprendre à parler dans les médias, à en apprivoiser les codes, à faire passer son message... Des compétences plutôt utiles lorsqu'on est un homme ou une femme politique.

Pour preuve, une interview qui a marqué la semaine dans les médias flamands : celle de Elke Decruynaere, échevine Groen à Gand. Interviewée dans l'émission Terzake sur la VRT, au sujet de logements sociaux gantois insalubres, elle ne répond pas vraiment aux questions du journaliste, elle prend la tangente, ses réponses sont stéréotypées... En cause, le stress et probablement un manque de préparation.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. La vidéo a beaucoup circulé et l'ex-journaliste de la VRT Walter Zinzen a même qualifié cette interview de pire interview politique de ces derniers temps.

Le media-training est-il la solution ?
 

Apprendre à formater son message

Jean Blavier, longtemps journaliste, formateur en media training à l'IHECS, a récemment formé des candidats d'un parti bien connu. Pour lui, la première étape consiste à apprendre aux gens qui doivent s'exprimer dans les médias à utiliser tout ce qui est possible d'utiliser pour que leur message passe.
Le grand problème est de ne pas avoir de message. Et même si on a des choses à dire, il faut arriver à formater son message, à le concevoir de telle sorte qu'il passe avec un maximum d'efficacité dans les médias. 

Même si certaines offres en media-training proposent d'apprendre à déjouer les pièges posés par les journalistes, pour Jean Blavier, il ne s'agit pas de livrer un combat. "Il faut être au service de ceux qui écoutent et regardent et faire en sorte que le message passe clairement, avec le maximum d'efficience. Et cela s'apprend. Tout apprentissage n'est pas forcément un apprentissage de la fausseté ou de la perversité."

La formation ne dure que quelques heures et repose sur 3 éléments :
1. avoir un message formaté
2. tout mettre en oeuvre pour le faire passer

3. une fois le message dit, s'arrêter

Jean Blavier ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas, au cours des études, apprendre à communiquer dans les médias. "J'ai été catastrophé de voir à quel point les gens en dernière année en Communication communiquent mal, notamment par leur gestuelle. Il s'agit simplement d'appliquer un certain nombre de techniques qui font que le message passe mieux. Il faut une gestuelle qui accompagne le message."

 

Des formations dans les partis ?

Ecolo ne prévoit pas ce type de formation en interne de façon systématique et organisée, explique Baptiste Erkes, qui a dirigé pendant un moment la communication pour ce parti. Il travaille aujourd'hui pour le think tank Etopia et est professeur en communication digitale à l'ISFSC- Saint-Louis.

Mais certains candidats ou élus peuvent être aidés à préparer un passage médiatique. Les médias demandent en effet un apprentissage, car ce n'est pas inné de bien passer à la radio ou à la télévision.

L'homme ou la femme politique s'est vu confier un mandat et communiquer sur son mandat est un devoir démocratique. Or, c'est compliqué de communiquer dans un juste équilibre, ni mal bien sûr, mais ni trop bien non plus, sous peine d'être soupçonné de vouloir éviter les vraies questions.

 

La communication plutôt que le fond ?

La place de la communication en politique devient clairement de plus en plus importante, parfois même un peu trop, constate Baptiste Erkes. On parle en effet plus du buzz ou du coup de communication que du travail de fond de tel ministre. Bien expliquer la politique et ses nuances n'est pas évident, cela prend du temps et du travail de vulgarisation. La communication politique prend malheureusement souvent le pas sur le fond.

Il n'est pas évident de préserver la cohérence sur les lignes d'un parti, d'en préserver l'image, quand certains s'emballent un peu sur les réseaux sociaux.
Quand on décide de militer dans un pari, cela veut dire qu'on partage un certain nombre de valeurs. Il ne devrait donc théoriquement pas y avoir de problème de fond. Mais le risque est que certains candidats veulent se distinguer, exister sur les réseaux sociaux. "Et c'est parfois la catastrophe, le bad buzz, que ce soit sur la forme ou sur le fond. On peut se poser la question de l'efficacité, en tout cas électorale, de certaines pratiques."

 

Une indispensable formation à l'usage des réseaux sociaux

Il faut aussi former à l'usage des réseaux sociaux parce que c'est encore un langage et des codes différents et qu'on n'en mesure pas encore exactement la capacité à faire passer des messages. "C'est une parole publique et le grand problème des réseaux sociaux, c'est que ça ne s'arrête jamais, observe Jean Blavier. Et forcément, quand ça continue tout le temps, il n'y a pas que des bonnes choses dedans."

Mais pour lui, il n'y a pas de raison de ne pas appliquer son 3e point, à savoir s'arrêter, aux réseaux sociaux, cela pourrait sans aucun doute se révéler efficace.

 

Retrouvez Jean Blavier et Baptiste Erkes en compagnie de Marie Van Cutsem, ici

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