Le Marcel, icône sociale et politique

.
. - © Tous droits réservés

L’objet Pop de Nicolas Herman cette semaine : le Marcel, à l'occasion de l'expo "Marcels" d'Emilio López-Menchero, qui a lieu au TAMAT, la Maison de la Culture de Tournai, du 7/10 au 13/11.

 

En 1860, l’un des plus grands marchés du monde voit le jour.

Napoléon III demande que l’on construise Les Halles de Paris sur plus de trente hectares. Douze pavillons couverts de vitrage avec des parois en verre et des colonnettes en fonte. Un projet réalisé par l’architecte Victor Baltard. Des milliers d’hommes travaillent sur le site. Ils déchargent des sacs de pommes de terre, de légumes, des quartiers de viande, de poisson. L’hiver, ils sont exposés à des vents glacials et leurs pull-over les empêchent de faire des mouvements. Un jour, un ouvrier débarque avec un pull en laine dont il a coupé les manches. Ses potes trouvent l’idée géniale et s’empressent de faire comme lui. La nouvelle court jusqu'aux oreilles de Marcel Eisenberg, propriétaire de la bonneterie " Marcel " à Roanne, en France. Il est séduit par le concept et commence à produire en masse le débardeur qui porte son nom. Les ouvriers, les agriculteurs mais aussi les soldats se l’arrachent. Le boxeur Marcel Cerdan l’adopte aussi. Cela lui permet de ne pas changer de t-shirt à cause de la transpiration. Il en est tellement dingue que certain pense qu’il est l’inventeur du Marcel !

 

Dans les années 50, les Français ne partent pas en vacances sans ce nouveau vêtement. Le débardeur est idéal. Il est une icône sociale et politique. Il est en coton, près du corps et de plus, extrêmement sexy grâce à Marlon Brando qui le sublime dans " Un Tramway nommé Désir ", réalisé par Elia Kazan en 1950 :

Mais aussi Yves Montand dans " Le salaire de la peur " en 1953 :

Plus tard, ce sera Sylvester Stallone dans " Rocky " :

Robert De Niro dans " Raging Bull " :

Bruce Willis dans " Piège de Cristal " (Die Hard) :

Patrick Swayze dans " Dirty Dancing " :

 

Sans oublier, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere dans " Les Valseuses " :

Le Marcel a quand même été revisité par de nombreux couturiers : Dolce & Gabbana, Dries Van Noten, Agnès b., etc.

 

À partir de demain, dans le cadre de " L’art de la ville ", le musée de la tapisserie à Tournai, le TAMAT, ouvre une exposition qui colle à la peau : " Marcels " d'Emilio López-Menchero. Il brasse les images, il les essore. Avec pour fil conducteur, le passé textile de la cité tournaisienne. Il rassemble toute une série d’œuvres qui évoquent " des notions de frontières, de migration, d’aliénation ou d’émancipation ". Pour l’évènement, ils ont fait un appel à la population par le biais de la presse écrite ou des radios locales ou nationales (Vivacité a participé) afin de récolter des Marcels hommes, femmes, enfants mais aussi des Marcels sales et déchirés. Pas moins de 200 marcels sélectionnés ont permis la réalisation d’une performance vidéo " textile ". Cette vidéo montre tous les essayages systématiques et exhaustifs par Emilio López-Menchero. En plus de cette performance, 99 dessins intitulés " Marcels " sont exposés. Mais les débardeurs proprement dit sont également suspendus à des fils. Il y a en a pour tous les goûts. Une expo à voir jusqu’au 13 novembre. 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK