Le mai 68 japonais

Le mai 68 japonais
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En cette fin de mois de mai durant lequel les commémorations des 50 ans de mai 68 vont bon train, retour avec Bernard Delattre, notre envoyé spécial à Tokyo, sur le mai 68 japonais.

Peu de gens le savent, mais le Japon est le pays du monde où la contestation étudiante a été la plus longue et la plus massivement suivie. Durant près de 4 ans (de 1965 à 69), la contestation a touché plus de 170 universités, soit près d’une sur deux. Certaines ont été si perturbées qu'aucun cours n'a pu y être donné pendant près de deux ans.

"Démocratie et liberté d’expression sur les campus"

"Mais qu’est-ce qui a bien pu mettre le feu aux poudres ?" s’exclame Sophie Moens. Les raisons invoquées : l’augmentation des droits d’inscriptions dans les universités, les étudiants en médecine qui refusaient de continuer à faire 12 mois de stages non-payés dans les hôpitaux universitaires, ou encore des facultés éclaboussées par des scandales financiers. Plus globalement, les étudiants exigeaient "la démocratie et la liberté d'expression sur les campus". Car, à l'époque, tout activisme politique y était interdit et la moindre contestation était sanctionnée d’une exclusion de l’université.

Le 27 mai 1968 : une date clé

À l'université de Tokya Nichidai, la plus fréquentée du Japon, les étudiants ont décidé de structurer leur mouvement. Le 27 mai 1968, ils fondent un "Conseil de lutte inter-facultés" : le plus grand et le plus puissant du pays. Les autres universités suivent, ce qui donne une tout autre dimension à la contestation. C’est à partir de ce moment précis que les barricades et les occupations de locaux se sont multipliées. Des professeurs ont été séquestrés, des sessions d'examens boycottées, des cérémonies de remise de diplômes chahutées,…

Et la tension n'a cessé de monter. Les affrontements entre la police et les jeunes sont devenus quasi quotidiens. Jusqu'au dénouement de la crise en janvier 69. Une crise relativement longue due en grande partie au refus des autorités japonaises de se plier aux revendications étudiantes qui réclamaient la fin de la guerre du Vietnam. Une paix qu’ils n'ont jamais obtenue, ce qui a radicalisé le mouvement. Son noyau dur finit par basculer dans le terrorisme avec la création de l'Armée rouge japonaise, groupe responsable d’attentats sanglants tout au long des années 70 et 80.

Des traces encore visibles aujourd’hui

La démocratisation de l'enseignement était le point de départ des revendications japonaises en 68. Et pourtant, 50 ans plus tard, tout reste à faire. Les universités japonaises sont parmi les plus chères au monde.

D’un point de vue plus politique, la dérive violente du mouvement a décrédibilisé la gauche. Ce qui explique que depuis lors, le peuple japonais a quasiment toujours réélu des gouvernements de droite. Finalement, la plupart des jeunes sont rentrés dans le rang tout en gardant une certaine rancœur vis-à-vis de la politique.

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