Le grand singe, le contentieux stratégique et le pouvoir d'agir

Le grand singe, le contentieux stratégique et le pouvoir d'agir
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Le grand singe, le contentieux stratégique et le pouvoir d'agir - © Libre de droits

Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS :  Lyazid Hassaini, travailleur social, Psychopédagogue, Chercheur et Enseignant à la HE2B-Bruxelles-Brabant et chercheur au CERISES (Centre de recherche sur les interventions socioéducatives) ; Calogero Montedoro, est Chargé de cours en éthologie des primates et cognition évolutive comparée et Chercheur en Biologie évolutive du comportement à l’UCLouvain & Annemie Schaus, Docteure en Droit, Professeure ordinaire à la Faculté de droit de l’ULB, et avocate au Barreau de Bruxelles.

PREMIERE DIFFUSION: samedi 23 novembre 2019
DIFFUSION : samedi 18 avril 2020 à 13h10’
REDIFFUSION : dimanche 19 avril 2020 à 23h10’

 

Lyazid Hassaini

Lyazid Hassaini est travailleur social, Psychopédagogue, Chercheur et Enseignant à la HE2B-Bruxelles-Brabant et Chercheur au CERISES (Centre de recherche sur les interventions socioéducatives).

 

Lyazid Hassaini est Psychopédagogue, spécialisé en méthodologie générale et psychologie des assuétudes à l’UMH. Il a travaillé pendant plus d’une vingtaine d’années dans le champ de l’enfance et de la jeunesse, œuvrant dans l’accompagnement psychosocial dans des secteurs tels que le milieu ouvert, le secteur culturel, scolaire et le psychomédicosocial. Aujourd’hui Chercheur et enseignant à la HE2B-Bruxelles-Brabant, il intervient dans la formation des éducateurs spécialisés, des instituteurs, des orthopédagogues, et le développement de la mobilité internationale des étudiants et des enseignants.

Par ailleurs, Lyazid Hassaini est aussi : Chercheur au CERISES (Centre de recherche sur les interventions socioéducatives) ; vice-président de l’AIFRIS (association internationale francophone de recherche sur les interventions sociales ); membre fondateur de l’AIDPA (association internationale du développement du pouvoir d’agir)  et membre du Centre d’action laïque – LEEP – Charleroi (CA - Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente - Charleroi).

 

Dans le cadre de ses recherches dans le domaine de l’intervention et des pratiques sociales, Lyazid Hassaini analyse notamment les pratiques et le geste professionnel (la " posture professionnelle "). Ses thématiques de recherches sont notamment : les comportements à risque ; l’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (jeunesse – adulte - précarité) ; l’interculturel ; l’inter spirituel ; et l’inter-professionnalité.

 

Dans le cadre de ses recherches, Lyazid Hassaini utilise la méthode de la RAC (Recherche Action Collaborative). Cette démarche permet le croisement des expertises et savoirs expérientiels utiles à l’explication et la compréhension des questions de recherche en matière de sciences humaines et du progrès de l’humain. 

 

Actuellement, Lyazid Hassaini est impliqué dans deux projets – ELISSE et PHILIA+ - qui portent sur la question de la formation en cours de cursus, et la formation continue. Deux projets qui mettent la jeunesse au centre des préoccupations : d’une part, les jeunes en formation qui veulent se former et apprendre au-delà des frontières du pays de formation initiale,  et d’autre part, les jeunes en souffrance qui échappent à la vigilance de la société ou aux dispositifs structurels d’accompagnement.  

 

Le projet ELISSE (E-Learning for Intercultural Skills in Social Education) porte sur la dimension interculturelle et l’appropriation conceptuelle de cette dimension dans le travail social pour les étudiants en cours de cursus. Le projet se focalise notamment sur l’accompagnement pédagogique des mobilités étudiantes internationales dans les pays du Sud. Il s’agit de favoriser la transformation des connaissances acquises par les étudiants lors de leur stage à l’étranger en véritables compétences interculturelles. L’objectif est aussi d’accompagner plus largement la formation d’intervenants et travailleurs sociaux qui travailleront en milieu multiculturel après leurs études.

Le projet ELISSE a permis d’agréger, progressivement, outre les organismes à l’origine du projet (ITSRAHE2B), 3 établissements d’enseignement supérieur européens (Italie, Portugal et Pays-Bas), 3 écoles sociales africaines (Madagascar, Côte d’Ivoire et Sénégal), et une université vietnamienne.

 

Le projet PHILIA+ met le focus sur la question de l’autonomie et la capacité du pouvoir d’agir des jeunes au sortir de leur prise en charge par la protection de la jeunesse (aide à la jeunesse). Ce projet s’intéresse aux jeunes sortant de dispositifs d’hébergement et d’accompagnement à leur majorité. En effet, il apparait qu’une partie d’entre eux ne parvient pas à enclencher un parcours positif d’insertion, entrent en errance et multiplient les échecs. Sur base d’une RAC (Recherche Action Collaborative), ce projet implique et engage des adolescent.e.s, des mineur.e.s non accompagné.e.s, des jeunes adultes, des professionnel.le.s, des formateurs.trices, des enseignant.e.s/chercheurs.e.s.

 

Lyazid Hassaini participera le jeudi 28 novembre 2019 à Ath à la JOURNÉE DES CHERCHEURS EN HAUTE ÉCOLE, organisée par SYNHERA. Consultez ici le site de Synhera

Calogero Montedoro

Calogero Montedoro est Chargé de cours en éthologie des primates et cognition évolutive comparée et Chercheur en Biologie évolutive du comportement à l’UCLouvain.

Calogero Montedoro est titulaire d’un Master en Neuropsychologie, d’un Master complémentaire en Neurosciences et d’un master en Biologie. Il réalise actuellement une thèse de doctorat en Biologie et Écologie comportementale évolutive de la cognition.

Ses recherches l’ont mené aux 4 coins du monde, des Universités les plus renommées - Harvard (USA), Melbourne (Australie), Laval (Canada) - aux recoins les plus reculés - l’île de Rangiroa (Polynésie Française) au milieu de l’océan pacifique ou encore à Kanywara (Ouganda) dans la forêt tropicale africaine.

Dans le cadre de sa recherche doctorale, Calogéro s’intéresse actuellement aux processus biologiques qui permettent aux êtres vivants de s'adapter à leur environnement.  Ses recherches en sociobiologie portent sur la plasticité comportementale évolutive, et notamment l'impact de l'environnement social sur le développement d'habilités cognitives et sociales chez les grands singes. Il étudie en particulier les chimpanzés et les bonobos qui ont 99,4% de gènes en commun avec les humains.  Par ailleurs, les primates, comme les humains, ont conscience d’eux-mêmes et mettent en place certaines pratiques sociales telles que la construction d’une hiérarchie politique, la fabrication d’outils, ou encore, notamment, la pratique du deuil.

Pour étudier le développement des habilités sociales de ces deux types de primates – proches génétiquement, mais qui diffèrent au niveau de leur structure sociale - Calogero Montedoro part en Afrique étudier leur développement et apprentissages sociaux en les observant dans leur milieu naturel ou en situation de captivité. Ces observations lui ont déjà permis de constater qu’il existe en milieu naturel une différence de sociabilité chez les mâles et les femelles chimpanzés ; contrairement aux bonobos chez qui aucune différence genrée de sociabilité n’est observée.

En étudiant ces primates, Calogero Montedoro souhaite comprendre mieux les mécanismes adaptatifs en fonction des stimuli environnementaux. Il espère aussi comprendre comment notre cerveau nous permet de nous adapter à la société dans laquelle nous vivons. L’humain est, en effet, un animal pour qui les interactions sociales sont extrêmement importantes. Ses attitudes ne sont ni systématiques, ni constantes. Elles varient en permanence en fonction du contexte, de l’apprentissage, de l’expertise et de l’expression des gènes…

Pour en en savoir plus sur la recherche doctorale de Calogero Montedoro, regardez la vidéo (MT180) "De l’autre côté du miroir : la part d’inné et d’acquis du chimpanzé qui vit en nous".

Par ailleurs, Calogero Montedoro a participé en 2017 au projet de recherche " UCL to Mars ". Ce projet, réalisé en collaboration avec la Mars Society, permet à l’UCL d’envoyer chaque année une équipe pluridisciplinaire de jeunes scientifiques dans le désert de l’Utah pour rejoindre la Mars Desert Research Station. Ils y mènent des expériences scientifiques dans le cadre d’une simulation les obligeant à vivre pendant 2 semaines " comme sur Mars ".

Formé aux missions en conditions difficiles, l’expérience de Calogero Montedoro a été mise à profit dans l’organisation et la gestion de cette odyssée martienne à laquelle il a participé en tant que Vice-Commandant. Les ressources vitales étant limitées dans les conquêtes spatiales, il a mené une étude sur le recyclage de celles-ci en boucle fermée. Il a particulièrement étudié l’impact de l’azote de l’urée sur des plants de riz en solution hydroponique. Enfin, s’intéressant à l’étude de l’environnement, il a aussi réalisé une recherche en géomatique afin de caractériser la topographie des lieux par la réalisation de cartes 3D, qui permettront d’organiser au mieux les futures explorations géoréférencées.

Annemie Schaus

Annemie Schaus  est Docteure en Droit, Professeure ordinaire à la Faculté de droit de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) où elle enseigne diverses matières de droit public. Elle est aussi membre du Centre de droit public et du Centre de droit international. Annemie Schaus est aussi avocate au Barreau de Bruxelles.  Par ailleurs, elle a été doyenne de la Faculté de droit (septembre 2007- décembre 2010) et Vice-Rectrice à la politique académique de l’ULB (2010-2016).

 

Les recherches d’Annemie Schaus portent principalement sur les intersections entre le droit interne et le droit international. Les interactions entre les deux ordres juridiques sont importantes et nombreuses ! En effet, plus de 70% de la règlementation interne est issue de l’ordre européen ou international. Les obligations internationales touchent toutes les branches du droit. L’incorporation du droit international - sauf si le droit est directement applicable comme les règlements européens - suppose certaines étapes en droit interne pour être mis en œuvre. À défaut, les États encourent une responsabilité internationale.

 

Dans ce contexte, deux domaines l’intéressent particulièrement : d’une part, la mise en œuvre des traités internationaux dans un État fédéral ; d’autre part les droits et libertés fondamentaux dont une grande majorité trouve leur source en droit international et européen, à côté de la Constitution.

En analysant la mise en œuvre des droits fondamentaux issus de l’ordre international ou de l’ordre interne, Annemie Schaus s’interroge sur le rôle du pouvoir judiciaire dans cette mise en œuvre. Car, lorsque les pouvoirs législatif et/ou exécutif restent en peine d’assurer une mise en œuvre effective des droits fondamentaux, de plus en plus d’acteurs se tournent vers le pouvoir judiciaire.

Consultez les actions de l’ONG ECCHR dont Annemie Schaus est membre de l’Advisory board.

Actuellement, AnnemieSchaus est porte-parole du projet ARC Strategic Litigation ; un projet qui rassemble des chercheurs du Centre de droit public (CDP), du Centre de droit international (CDI), du Centre d’histoire du droit et d’anthropologie juridique (CHDAJ), de l’Unité de droit international privé du Centre de droit privé de l’ULB et de la Cellule de recherche interdisciplinaire en droits de l’homme (CRIDHO) de l’UCLouvain.

 

Le projet ARC étudie la circulation transnationale de la pratique du " contentieux stratégique " (stratégic litigation). Un concept théorique employé dans la littérature juridique et sociologique pour désigner les situations dans lesquelles, via un cas d’espèce, la poursuite d’objectifs qui dépassent le cas particulier est visée, et ce pour amener une évolution sur les plans politique et juridique.

Dans le champ des droits de l’homme, on désigne par strategic litigation (SL) l’usage du recours en justice dans le but de provoquer une évolution du droit en accord avec certaines valeurs ou idéaux collectifs. Il s’agit d’une pratique née essentiellement aux États-Unis, dont les chercheurs étudient l’importation et la transformation dans les pays de tradition juridique civilistes - comme la Belgique-  mais aussi dans les arènes internationales.

Cette recherche se concentre principalement sur la mise en pratique de la strategic litigation dans deux domaines relevant des droits de l’homme :

- la lutte contre la pauvreté à travers la promotion des droits économiques et sociaux,

- la lutte contre l’impunité dans les cas de violations graves et massives des droits fondamentaux.

Enfin, cette recherche qui repose sur une approche interdisciplinaire, - combinant droit, sociologie du droit et approche économique du droit – a pour intention de confronter la pratique de la strategic litigation (SLdans le domaine des droits de l’homme au développement de cette pratique en droit économique.  

Dans le champ des droits de l’homme, les initiateurs d’une SL sont généralement des organisations non gouvernementales (ONG) ou des avocats militants. Ces derniers sélectionnent des cas emblématiques, ou se joignent à des affaires en cours jugées représentatives, dans le but d’induire, à travers la décision judiciaire, un changement à dimension sociale ou politique. En revanche, dans le domaine du droit économique, on observe un autre usage de l’expression SL, à savoir, l’utilisation du recours en justice par des entreprises pour promouvoir leurs intérêts économiques propres d’une manière qui va au-delà de l’objet du litige, par exemple, pour intimider des concurrents, comme instrument de communication ou en vue d’imposer une nouvelle interprétation du droit favorable à leurs intérêts.

Notons que dans le cadre de cette ARC, une clinique des droits et libertés (dans la Faculté de droit et de criminologie) est organisée par Annemie Schaus, Vincent Letellier et Damien Scalia.  Cette clinique est membre du Réseau des cliniques juridiques francophones.

 

L’enseignement clinique en matière de droits de l’homme œuvre à promouvoir les droits fondamentaux en permettant à des étudiants, encadrés par des enseignants, de concourir à la défense de dossiers réels en cette matière. Ces cliniques permettent d’appliquer les acquis des enseignements théoriques et des travaux pratiques à des cas qui leur sont soumis par des acteurs de la société civile (particuliers, ONG etc.). L’enseignement clinique du droit complète ainsi utilement l’enseignement classique du droit tout en promouvant l’application des droits fondamentaux. Il permet aussi de mener des recherches scientifiques sur les mutations du droit contemporain et sur le droit comme outil d’amélioration des pratiques sociales.

 

Pour en savoir plus à ce sujet, consultez l’article RTBF "Des cliniques du droit en Belgique !" et l’article paru (page 7) dans Esprit libre de janvier 2017.

 

La clinique des droits et libertés a obtenu le prix Socrate 2019 avec l’Equality law clinic et la clinique en droit des réfugiés.

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