Le grand incendie de Rome: 10 jours, 250 000 victimes et une rumeur

Le grand incendie de Rome en 64 ACN: 10 jours, 250 000 victimes et une rumeur
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Le grand incendie de Rome en 64 ACN: 10 jours, 250 000 victimes et une rumeur - © Tous droits réservés

C’est en 64 PCN sous le règne de Néron que Rome est ravagé par un terrible incendie. Après 10 jours et 9 nuits, l’incendie est enfin maîtrisé mais le bilan est extrêmement lourd : des milliers de morts, de sans -logis, et puis Rome est devenue une ruine. Très vite, la rumeur publique suspecte Néron, l’empereur pour se disculper accuse les chrétiens du sinistre. Catherine Sales, auteure du livre " Et Rome brûla " revient sur cet événement catastrophique.

Le déroulement des faits, 10 jours d’incendie :

En 64 PCN, la Rome d’alors est une mégapole surpeuplée et désespérément pauvre. Le 18 juillet la ville subit une catastrophe sans précédent, une étincelle embrase le cœur de l’empire, le feu se déclare pendant la nuit. Le fait que l’incendie démarre durant la nuit expliquera en fait que le feu se soit étendu très vite mais aussi la grande panique qu’il provoqua. L’incendie démarre dans le quartier du Grand Cirque, le Circus Maximum, c’est-à-dire au centre de Rome, espace où se déroule les combats de gladiateurs et les courses de chars, un des plus grands stade jamais construit dans l’Histoire avec une capacité de 250 000 spectateurs.

Heureusement Rome dispose d’un corps du feu, des vigiles montent en première ligne et combattent le brasier, mais ils sont vite confrontés à leur impuissance. Démunis, certains se joindront même aux pillards, d’autres feront tout ce qui est dans leurs pouvoirs pour limiter les dégâts mais le combat semble perdu d’avance face à la férocité des flammes.

7000 hommes contre un brasier

Auguste, un ex empereur romain est le créateur de cette section de vigiles, une brigade nocturne qui lutte contre les incendies Pourtant très nombreux, les 7000 hommes sont dépassés par l’ampleur de la catastrophe et ce pour plusieurs raisons. Comme l’explique Catherine Salles, la première difficulté qui s’impose à eux est la cohue générale. Les rues sont remplies des fuyards de tout âge qui tentent tant bien que mal de sauver leurs biens. De plus, ces fuyards ne savent pas vers où aller, et ne savent pas comme joindre les portes de Rome. A cette cohue se mêlent les voleurs qui se mettent en action. Dans cette ville énorme aux rues étroites, les vigiles ne sont donc pas très coordonnées et ont peu de maîtrise sur le feu, c’est l’anarchie. 

Retour précipité d’Antium

Alors que Rome s’enflamme, Néron se prélasse dans sa villa d'été. Il n’est pas très loin, comme c’est l’été et qu’il fait chaud, les gens riches comme Néron ne restent pas à Rome. Il se trouve alors à Antium, sa ville natale, à 50 km de Rome. Le temps que les informateurs arrivent, s’écoulent au moins deux jours, Néron ne rejoindra donc la ville que deux jours après mais sera très proactif dès son retour. Il agit et réunit l’Etat-major avec tous les responsables (préfets, pompiers). Pour canaliser le flux de sans-logis il propose alors d’ouvrir à la population les jardins impériaux du Vatican et choisit alors une stratégie risque pour tenter de contrôler le feu en jouant la technique de la part du feu. Il décide donc de sacrifier une partie du territoire au profit des autres pour que le feu s’éteigne de lui-même sur cette zone.

Cette stratégie sera bien sûr très mal vécue par les romains qui l’occupent. 7 jours plus tard, l’incendie semble s’être arrêté, mais des vents violents arrivent et l’incendie reprend de plus belle, pour enfin s’éteindre 3 jours plus tard. Au bout de 10 jours, c’est un véritable spectacle de désolation qui s’offre aux Romains, les décombres sont partout, les grands monuments de Rome se sont effondrés, les collections d’art ont disparues, il y a des morts partout, des gens blessées et piétinés mais surtout 250 000 personnes, le quart de la population, se retrouvent sans logis.

Rome est détruit, les vents se sont calmés mais souffle alors le vent de la rumeur qui court. Néron aurait-il commandité ce feu afin d’assouvir ses projets architecturaux pour la ville ?

Néron, l’empereur pyromane ?

Nul doute que Néron fût un empereur assez remarqué et pour le moins contesté. Un peu impulsif, un peu mégalo, il arrive au pouvoir à seulement 17 ans. C’est l’enfant chéri de Rome, beau, charismatique, ambitieux, il est à ses débuts très apprécié.  Mais le pouvoir semble vite lui monter à la tête, en 59 ACN il fait assassiner sa mère, c’est à dire très peu de temps après son arrivé au pouvoir, une mère qui n’aurait surement pas dû être aussi autoritaire dans son enfance. Il dirige alors seul le grand Empire et a soif de pouvoir. Son rêve : être un roi soleil, il s’identifie fortement avec le soleil et décore alors tous les lieux qu’il habite avec le soleil. Selon lui il illumine la ville. Cependant son rayonnement égocentrique ne semble pas vraiment convaincre ses sujets. De sa folie meurtrière seront aussi victime sa femme et son frère. Néron souffrira cependant de ces impairs et craindra toute sa vie la punition divine.

Une grande spéculation immobilière ?

La première raison avancée pour la catastrophe c’est bien sûr la punition divine. C’est la réaction du " Romain de base " mais étant donné que Néron n’est plus très apprécié de son peuple, la rumeur commence vite à se répandre. Certains parlent de projets tactiques pour tester l’incendie sur Troie mais surtout on parle de projets architecturaux. Néron voudrait agrandir Rome jusqu’à 22 km à ses alentours.

De plus habitants auraient été empêché d’éteindre l’incendie comme s’ils en avaient reçu l’ordre.

Les chrétiens, coupables malgré eux

Pour couper court aux rumeurs, Néron accuse alors les chrétiens. Les chrétiens constituent des coupables parfaits. En effet ils ont une religion mais ils ne pratiquent pas le culte de Rome et portent donc atteinte à la dignité des dieux de Rome. C’est donc logique, les dieux ont puni Rome.

L’accusation sera suivie par un spectacle sanglant : Néron ordonne alors d’arrêter les chrétiens de Rome, ils sont jugés tous coupables. L’invitation pour un spectacle sanguinaire est alors envoyée au peuple de Rome, spectacle donné dans les jardins du Vatican, dans la propriété même de Néron.  De plus tous les sans-logis sont regroupés dans les jardins, logés dans des tentes de fortune, ils s’ennuient, et soupçonnent Néron.

Une punition sanglante : panem et circenses

Dans le Cirque privé des jardins construit par Caligula, on habille alors les chrétiens des peaux de bêtes et on lance des chiens affamés sur les supposés coupables du grand incendie. Ensuite à la nuit tombée, la torture se poursuit. Les chrétiens survivants sont alors cloués à des croix dans les jardins du Vatican et on allume ces croix, avec des torches. Pour l’époque le spectacle est vraiment exceptionnel, c’était une " nouveauté " très appréciée des romains et par la même Néron réussit son tour de force et distrait les romains de la rumeur.

Comment s'est reconstruit Rome ? Néron a-t-il survécu aux rumeurs ? Pour en savoir plus sur ce grand incendie qui a ravagé Rome écoutez la suite de l'émission !

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