Le goût, l'odorat & la cryptographie

Le goût, l’odorat et la cryptographie
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Le goût, l’odorat et la cryptographie - © Tous droits réservés

 Ce samedi 14 novembre 2020, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS :  Ce samedi 14 novembre 2020, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS : Jérôme Lechien, Docteur en médecine et docteur en Science, Professeur d’Anatomie et Physiologie à  l’UMons et Chef de clinique en ORL et Chirurgie cervico-faciale à l’hôpital Foch à Paris & Thomas Peters, Docteur en Sciences de l’ingénieur, spécialisé en Cryptographie et récemment nommé Chercheur qualifié du FNRS.

 

DIFFUSION : samedi 14 novembre 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 15 novembre 2020 à 23h10’                   

Jérôme Lechien

Jérôme Lechien est Docteur en Médecine et Docteur en Science. Il enseigne l’Anatomie et la Physiologie à l’UMons et est Chef de clinique en ORL et Chirurgie cervico-faciale à l’Hôpital Foch à Paris. Il est aussi vice-président du comité de recherche scientifique de la Fédération mondiale des jeunes ORL dont il gère l’activité de recherche.  

 

Jérôme Lechien est titulaire d’un bachelier en médecine à l'UMons (2008) et d’un doctorat en médecine à l'ULB (2012). Une formation qu’il a poursuivie par des études en sciences du langage à l’UMons (2014) où il a obtenu un doctorat en 2017. Notons que durant cette seconde thèse, Jérôme Lechien s’est aussi formé, à la Harvard Medical School (Boston, USA), en phoniatrie comme médecin visiteur.

 

Dans sa recherche doctorale liée aux sciences du langage, Jérôme Lechien a étudié les modifications vocales survenant chez des patients souffrant de reflux laryngopharyngé (reflux gastrique montant jusqu'au niveau de la gorge), ainsi que chez les patients parkinsoniens et ceux traités par chimioradiothérapie pour un cancer ORL.

Partant de ces trois pathologies, il a effectué une analyse critique des méthodes objectives employées actuellement en clinique pour évaluer les problèmes de voix, et a développé une nouvelle approche objective d'évaluation de la voix qui tient compte de l'individu et de ses caractéristiques intrinsèques.

Plus récemment, lors de la première vague de l’épidémie du Covid-19, Jérôme Lechien, en partenariat avec Sven Saussez (ORL à Epicura), a coordonné la première étude européenne consacrée à la perte de goût et d’odorat chez les patients infectés par le virus. Cette étude est la première à avoir publié au niveau mondial à ce sujet et a été soumise à l’OMS qui ensuite reconnu la perte de goût (ageusie) et d’odorat (anosmie) comme des symptômes majeurs du COVID-19.

Cette étude est actuellement relancée afin d’évaluer l’efficacité de l’administration de cortisone en traitement pour accélérer la récupération de l’odorat et les chercheurs étudient en parallèle les défenses immunitaires ainsi que les réactions inflammatoires chez les patients atteints par la COVID-19.

 

Consultez ici cette première étude européenne intitulée : " Olfactory and gustatory dysfunctions as clinical presentation of mild-to-moderate forms of the cornavirus disease (COVID-19) : a multicenter European study. " et publiée en avril 2020.

Cette première étude européenne a bénéficié de la collaboration de 33 médecins ORL et chercheurs dans 12 hôpitaux européens ; elle a été menée auprès de 417 patients (263 femmes et 154 hommes) présentant une forme non-sévère d’infection au COVID-19 (infection prouvée par un test PCR). Cette première recherche a révélé que la majorité des patients (86%) infectés par le virus présentent des troubles de l’odorat (la plupart ne sentent plus rien) ainsi que des troubles du goût (88%). Ces troubles olfactifs surviennent majoritairement pendant l’apparition des symptômes généraux et ORL (65% des cas) et dans une moindre mesure avant (12% des cas) ou après (23% des cas). En outre, cette première étude a montré que 44% des patients étudiés ont récupéré leur odorat dans un délai court de 15 jours.

 

Jérôme Lechine et ses consoeurs et confrères ont ensuite poursuivit leur recherche en l’étendant à l’étude d’un plus grand nombre de patients (d’abord, 1420 et, ensuite, 2013 patients ) présentant des formes légères à modérées de COVID-19.

 

Consultez ici l’étude " Loss of Smell and Taste in 2013 European Patients With Mild to Moderate COVID-19 "

 

Ces nouvelles études confirment que la perte de goût et d’odorat touche une majorité (70%) des patients COVID-19 et non-hospitalisés. Par ailleurs, elles ont permis aux chercheurs de montrer qu’un patient présentant une anosmie en mars-avril 2020 présentait plus de 90% de risque d’être COVID-19+ (consultez ici l’étude à ce sujet).

 

En Belgique, 150 patients présentant une anosmie COVID-19 ont été inclus dans cette première étude et suivis jusqu’à ce jour. 80% de ces patients ont récupéré spontanément 2 mois après le début des symptômes (consultez l’article scientifique à ce sujet). Après 6 mois, 90% des patients ont récupéré (10% restent donc anosmiques).

 

Face à cette seconde vague de l’épidémie que nous traversons, les chercheurs ont décidé de relancer leur étude consacrée aux patients COVID-19 présentant des symptômes de perte d’odorat et de goût.

Cette 2e phase d’étude a pour but d’évaluer l’efficacité de la cortisone (qui n’avait pas été utilisée en mars-avril 2020) comme traitement de l’anosmie mais qui l’est aujourd’hui, auprès des patients sévèrement touchés. Il s’agit donc d’évaluer l’efficacité de ce traitement en réalisant des mesures objectives de l’odorat avant et après le traitement. En outre, les chercheurs veulent étudier les défenses immunitaires et les réactions inflammatoires des patients anosmiques et ageusiques (ce travail débuté au cours de la première vague sera poursuivi et réalisé en collaboration avec le Prof. Arnaud Marchant de l’Institut d’Immunologie à Erasme).

Des patients présentant une forme légère de COVID-19 (sans perte de goût et d’odorat) peuvent également intégrer l’étude (ce groupe permettra de comprendre les mécanismes spécifiques aux anosmiques). 

 

!!! ATTENTION !!! : Si vous souhaitez collaborer à cette étude, envoyez vos coordonnées (nom, prénom, téléphone et commune de domicile) par email à l’adresse suivante : covid19.rechercheclinique@umons.ac.be. Les chercheurs vous recontacteront pour fixer un rendez-vous.  

 

Consultez ici l’article UMons " Réouverture de l’étude européenne consacrée à la perte de goût et d’odorat en relation avec le covid-19 (2ème vague)", source de cette notice.

 

Regardez ici la vidéo YOUTUBE réalisée par Jérôme Lechien dans laquelle il explique didactiquement " Comment récupérer l’odorat et le goût dans la COVID-19 ".  

Notons que, Jérôme Lechien s'est investi dans la représentation des étudiants en tant que président du Comité Inter-Universitaire des étudiants en médecine (CIUM 2008-2012) et ensuite président du Conseil de la Jeunesse, conseil qui représente la jeunesse francophone de Belgique. Grâce au CJCF, Jérôme Lechien a pu aussi représenter la jeunesse francophone de Belgique à l'ONU à New York en 2014 où il a négocié pour la résolution jeunesse.

Regardez ici la conférence TEDx intitulée " Another Vision of our Environment and the Research in Medical Sciences " qu’a donné Jérôme Lechien à l’UNamur en 2016. 

 

Thomas Peters

Thomas Peters est Docteur en Sciences de l’ingénieur et Chercheur en Cryptographie. Il travaille à l’UCLouvain au Crypto-Group dans l’institut de recherche ICTEAM. Depuis octobre 2020, il est  Chercheur Qualifié FNRS.

 

Thomas Peters est titulaire d’un Bachelier (2007) et d’un Master (2010) en Mathématiques et d’un Doctorat en Sciences de l’ingénieur (2014) à l’UCLouvain. Il a réalisé sa thèse dans le domaine de la Cryptographie.

La cryptographie – connue comme l’art de rendre inintelligible un message aux non-destinataires - s’avère un outil clé pour améliorer la sécurité des citoyens et de leurs données, à l’ère de l’informatique où surviennent quotidiennement sur la toile des cyber-attaques. " Chiffrement symétriques authentifiés, signatures digitales, cryptage à clé publique, preuves à divulgation nulle" sont autant de mécanismes cryptographiques utilisés par tous pour payer par carte bancaire, faire un virement électronique voter électroniquement, ou encore commander un billet d’avion. Ces types de mécanismes, et de protocoles cryptographiques nous permettent d’accéder librement au monde connecté d’aujourd’hui sans compromettre notre intégrité numérique et la confidentialité de nos données sensibles. S’il arrive que ces mécanismes se grippent ou soient forcés (hackés), c’est toute notre organisation quotidienne qui risque de s’écrouler.

 

Dans sa recherche doctorale " Privacy Enhancing cryptographic Mechanism with Public Verifiability ", Thomas Peters a cherché à mettre en avant de nouveaux mécanismes pour renforcer la sécurité notamment dans les signatures numériques, les schémas de cryptage et les systèmes de preuves afin d’améliorer la protection de nos données en créant " des signatures homomorphes, de méthodes de calculs sur données authentifiées, une malléabilité contrôlée, des cryptages à seuil et vérifiables. " Il a reçu en 2015, pour ce travail, l’IBM Innovation Award ; un prix FNRS récompensant chaque année en Belgique des thèses contribuant au développement des connaissances Informatiques.

 

Après deux recherches postdoctorales, l’une à l’Ecole Normale Supérieure à Paris et l’autre à l’UCLouvain en tant que chargé de recherche FNRS, Thomas Peters poursuit aujourd’hui ses recherches à l’ICTEAM (UCLouvain) en s’intéressant principalement " aux primitives cryptographiques." Ces primitives sont comparables à des atomes combinables en structures plus complexes que l’on appelle en cryptographie, non pas " molécules " mais " protocoles ". Ces protocoles à " clé publique " permettent à des individus qui n’ont jamais communiqué de rejoindre et participer à un protocole sécurisé.

Dans ce cadre, Thomas Peters se focalise tout particulièrement sur les mécanismes qui permettent d’améliorer (dans le calcul sécurisé et authentifié) la vie privée des utilisateurs et la vérifiabilité des systèmes. Concrètement, il améliore ou crée de nouveau modèle de sécurité en définissant une cible à protéger pour laquelle il construit, de manière prouvée, des schémas robustes (résistants) dont la sécurité repose sur des problèmes mathématiques considérés comme difficiles à résoudre.

 

Ses modèles de chiffrement et de signatures trouvent de nombreuses applications. En matière de santé, dans le cadre d’une base de données électronique médicale, ces modèles permettent le cloisonnement des requêtes. Un cloisonnement qui empêche le recoupement de données, et par exemple, la possibilité de reconstruire le dossier médical d’un patient. En outre, si la numérisation des données médicales peut constituer une base intéressante pour faciliter la réalisation de certaines études scientifiques qui par nature doivent être vérifiables, il faut garantir une manipulation bienveillante de ces données et empêcher leur détournement, même par une entité malveillante qui parviendrait à corrompre l’accès d’un utilisateur au sein du système.

 Dans les prochaines années, Thomas Peters entend montrer qu’il est possible de protéger tous les utilisateurs même ceux qui possèdent le moins de ressources de calcul. Pour cela il veut développer ces ressources selon 3 critères : la transparence, grâce à de nouveau mode vérifiabilité ; la résilience, afin de contrôler la propagation des failles liées à des " abus de privilège " d’utilisateurs bénéficiant de certaines capacités de signature, de cryptage ou de calcul ; et l’expressivité, pour enrichir les fonctionnalités des calculs cryptographiques distribués et rendre leur usage plus flexible.

 

Pour en savoir plus à ce sujet, consulter l’article FNRS (pp 45-46) " Pour gagner le Graal de la cryptographie citoyenne " consacré aux recherches de Thomas Peters.

 

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