Le discours de la reine ? Une tradition so british !

Brexit or not Brexit ?
2 images
Brexit or not Brexit ? - © NIKLAS HALLE'N - AFP

Une semaine agitée (une de plus) s’ouvre à nouveau en Grande-Bretagne, avec encore et toujours l’interminable feuilleton du Brexit. En ces temps difficiles, des traditions solides restent comme des repères, dont le Queen’s speech, le discours de la Reine, qui constitue une véritable cérémonie, et qui a lieu au Parlement. L’œil de Pierre Marlet sur ce discours rituel et pourtant toujours si attendu.


On est là dans le plus pur style de la tradition britannique empreinte de rituels et de solennités. Jugez plutôt : avant que n’ait lieu la cérémonie, les hallebardiers de la garde se munissent de lanternes et descendent dans les caves de Westminster. C’est comme ça depuis 1605 parce qu’à l’époque a eu lieu une tentative d’attentat où se préparait une énorme explosion pour tuer le Roi : quelques heures avant la cérémonie d’ouverture du parlement, on découvrit dans les caves de Westminster les comploteurs avec 36 barils de poudre. Et au cours de siècles, la tradition est restée, même si elle est aujourd’hui formelle, de fouiller les caves du parlement.

Un cérémonial bien huilé

Au Royaume-Uni, on aime la symbolique.

Ainsi, la Reine prononce son discours à la Chambre des Lords et non pas à la chambre des communes parce qu’elle n’a pas le droit d’y pénétrer.

Pourquoi ? Pour montrer qu’elle est soumise à la souveraineté du peuple britannique représentée par la chambre des communes.

Concrètement, c’est un huissier qui la représente, le Black Rod ; il se voit d’abord fermer la porte au nez pour le forcer à frapper avant d’entrer.

Lors de la dernière cérémonie en date, la reine priait les honorables membres de cette assemblée à bien vouloir rejoindre sa majesté dans la chambre des Lords.

Mais pourquoi tout le monde rit-il ensuite ?

Parce que le doyen de l’assemblée répond : mets tes patins, en clair dépêche-toi, les premières courses de chevaux commencent à 14h30.

Depuis 1980, cette petite note d’humour britannique est entrée dans cette tradition réglée comme du papier à musique.

Le sens de cette cérémonie est double : d’une part manifester, le prestige et la continuité du Royaume-Uni. La Reine va de Buckingham à Wetminster en carrosse accompagné d’une escorte à cheval. Bref, on sort le grand tralala.

 

 

Et puis d’autre part, il y a un objectif politique : le discours prononcé par la Reine résume le programme du gouvernement pour la session parlementaire annuelle qui s’ouvre. Le texte qu’elle lit n’est pas son texte : il est écrit par le Premier ministre. Voici à titre d’exemple ce qu’elle déclarait lors de la dernière cérémonie, le 21 juin 2017 :



La priorité de mon gouvernement est de garantir le meilleur accord possible au moment où le pays quitte l’Union européenne.

 

2017… 2019, et 2018 ?

Indeed, my dear ! En 2017 Theresa May a décidé, c’est rare mais pas inédit, d’étendre la session parlementaire à une période de deux ans vu l’énorme travail qui incombait au Parlement pour préparer le Brexit. On sait ce qu’il en est advenu : Thérésa May, la Première ministre de l’époque, acceptera un deal avec l’Union européenne mais sera désavouée par le parlement.

Après un combat épique et désespéré, elle finira par jeter le gant et laisser la place à un Brexiteur pur et dur, Boris Johnson qui a carrément tenté de museler le parlement en décidant de le suspendre durant six semaines, ce qui a provoqué un véritable tollé et qui a finalement été empêché par la cour suprême, désavouant ainsi le Premier ministre.

Mais aura-t-il bien lieu le 31 octobre ce Brexit dont on parle toujours sans jamais le voir ?

That’s the question !

Mais on a des chances d’y voir plus clair au cours de cette semaine : d’abord, il y a aujourd’hui la symbolique du discours royal et le débat qui s’ensuivra ; ensuite, on verra comment se passe le sommet européen à Bruxelles ce jeudi et vendredi ; enfin, le rendez-vous décisif sera samedi pour une session exceptionnelle au Parlement. Tous les scénarios sont envisageables : un Brexit avec un deal de dernière minute autour de la question de l’Irlande, un Brexit dur sans accord, un nouveau report de trois mois avec ou sans de nouvelles élections.

 

Réécoutez cette chronique de Pierre Marlet !

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK