Le Complotisme au XXIe siècle

Le Complotisme Au XXIe Siècle
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Alors que la désinformation numérique devient massive et dangereuse, les manifestations du complotisme se multiplient depuis 2001. Il s'agit pourtant d'un phénomène vieux comme le monde, qui découlerait davantage de la nature humaine que des contextes socio-politiques.

Un avion abattu sur le Pentagone le 11 septembre 2011, les attentats de Paris en novembre 2015 commandités par le Mossad, la finance juive, les Francs-Maçons, les Illuminati dominent le monde... autant de théories du complot qui fleurissent essentiellement sur le Net. 

Dans "Inspirez, conspirez" (Ed. La Muette au bord de l'eau), Edgar Szoc tente, à base d'exemples tirés de l'histoire récente et aidé par les théories anglo-saxonnes sur le sujet, de comprendre pourquoi l'homme contemporain est amené à croire aux forces obscures et aux machinations.

Qu'est-ce que le complotisme ?

Edgar Szoc le définit quant à lui "comme une tentative d'expliquer un événement ou le cours de l'histoire en général, en s'appuyant sur l'idée qu'il y a une question irrésolue et que le cours de l'histoire n'a rien à voir avec les apparences. Il y a une espèce de dualisme platonicien entre la réalité et les apparences. Le complotiste est celui qui va voir au-delà des apparences pour avoir accès à la réalité vraie. Le cours de l'histoire est le produit d'une série de complots ourdis par des gens extrêmement compétents et très mal intentionnés. La méthode complotiste s'appuie sur la recherche systématique d'anomalies (la carte d'identité des frères Kouachi, le passeport de Mohammed Atta...) et s'avère irréfutable, aucun argument, aucune preuve, n'étant susceptible de faire changer d'avis le complotiste." 

L'exemple le plus connu est le complot juif

Edgar Szoc explique à quel point, pour les Nazis, les Juifs ont réuni toutes les caractéristiques de tous les types d'ennemis : l'ennemi intérieur, l'ennemi extérieur, l'ennemi du dessus (l'élite), l'ennemi du dessous (le prolétariat, les immigrés). Les Juifs sont aujourd'hui rejoints par la figure du Musulman qui cumule aussi ces caractéristiques.

Dans le complotisme, la théorie précède les faits

Avant même de savoir exactement ce qui s'est passé, on pense qu'il y a un complot et on va chercher tous les éléments qui permettent de confirmer cette hypothèse du complot. Alors que la démarche de critique historique part d'une hypothèse et la teste, en étant prêt à accepter que les faits démentent l'hypothèse.

La vision complotiste peut disparaître, soit parce que socialement la question ne se pose plus (les Japonais ne sont plus une menace par exemple), soit parce que le complot est avéré (comme dans le cas du Watergate). Parmi les complots avérés, on trouve la Nuit des Longs Couteaux quand Hitler se débarrasse des SA, l'incendie du Reichtag, le scandale du Watergate...

Il ne suffit pas d'adhérer à une seule théorie du complot pour être complotiste, il faut avoir une position de complotiste déductif et systématique : dès qu'un nouvel événement survient, c'est l'hypothèse complotiste qui va être envisagée.

Certains facteurs ont facilité la popularisation de ces mécanismes

La fiction télé ou le cinéma, avec X-Files, Le Prisonnier, Les Envahisseurs, JFK, ... une certaine approche de la sociologie (Bourdieu, Deleuze, Derrida, Foucault par exemple) et la critique des médias ont contribué à propager des idées conspirationnistes.


Internet et les réseaux sociaux sont des outils prodigieux de propagation des théories du complot

Cela peut donner l'impression qu'elles se multiplient. Or, il n'y en a sans doute pas plus, mais les gens y sont beaucoup plus exposés : les infos sur les Illuminati par exemple abondent sur la toile. Cela pose la question du rapport entre exposition et adhésion : "Ce n'est pas parce que vous y êtes exposés que vous y adhérez", nuance Edgar Szoc. Cela pose aussi la question du niveau d'adhésion, des quasi croyances. Par exemple les personnes qui pensent que l'accident de voiture de Lady Di a été organisé par les Services Secrets anglais sont plus susceptibles que les autres de penser qu'elle n'est pas morte...

 

Ecoutez Un Jour dans l'Histoire

Edgar Szoc - "Inspirez, conspirez" (Ed. La Muette au bord de l'eau)

La désinformation numérique devient massive et dangereuse. Les cris d’alarme des nombreux chercheurs qui étudient le complotisme restent ignorés du grand public, des médias et des responsables politiques.

La lutte contre le complotisme semble condamnée à l’échec, faute d’outils adaptés et d’une théorie unifiée. Mais si ses manifestations se multiplient depuis 2001, il s’agit pourtant d’un phénomène vieux comme le monde. Le complotisme découlerait davantage de la nature humaine que des contextes socio-politiques.

De façon élégante et pince-sans-rire, Edgar Szoc cite et résume les apports universitaires les plus récents – le plus souvent anglo-saxons et inédits en Francophonie – à la recherche d’une vision globale qui expliquerait pourquoi l’homme contemporain est amené à croire aux forces obscures et aux machinations, plutôt que d’accepter le chaos naturel de l’existence.

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