Le cinéma des frères Coen, véritable portrait de l'Amérique

Le cinéma des frères Coen, véritable portrait de l'Amérique
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Le cinéma des frères Coen, véritable portrait de l'Amérique - © Tous droits réservés

Barton Fink, Inside Lewin Davis, True Grit, No Country For Old Men,... Ces films, sortis de la plume et de la caméra des frères Coen, dressent bout à bout à un portrait de l'Amérique. On fait le tour avec Julie Assouly, auteure d'une thèse sur le sujet.

Gallimard vient de sortir la compilation - traduite de l'anglais - "Les frères Coen : 30 ans de films cultes". Il faut dire qu'il y en a, des choses à dire sur ce duo. Les frères Coen sont autant auteurs, que cinéastes ou réalisateurs. En moins de 30 ans de carrière, ces deux-là ont quand même réussi à sortir une quinzaine de films... Et ce, pratiquement sans fausse note, sauf rares exceptions...

"Joel et Ethan Coen produisent des genres très différents puisqu'ils vont à la fois dans la comédie et dans le thriller, mais finissent toujours par délivrer un cinéma très esthétique", explique Julie Assouly, auteur d'une thèse intitulée L'Amérique des frères Coen. "Ils explorent les mythes fondateurs de l'Amérique, comme le mythe de la frontière, le mythe du "self made man", etc.

Le cinéma des frères Coen est aussi bourré d'anachronismes, "mais cela ne pose pas de problèmes, car ils font fi de la chronologie", explique Julie Assouly. "Les frères ne sont pas des historiens, ils ne font que s'intéresser à leur société à travers des histoires très personnelles". Par exemple, Ave Cesar veut en réalité parler d'Hollywood et de ses travers, Inside Lewin Davis décrit l'avènement de la musique folk dans le New-York des années 60',... Derrière chaque film se cache un pan de la société américaine.

 

Pourquoi Barton Fink (1991) est-il un film important ?

"Barton Fink est un film atypique car c'est en fait un métafilm qui critique la construction de Hollywood au début des années 40. Le pitch est le suivant : un scénariste est débauché de la scène théâtrale new-yorkaise et va devoir travailler à la chaîne pour écrire un scénario de catch pour Hollywood. Un intellectuel qui se retrouve à écrire un scénario de catch est évidemment très ironique. Le fait est qu'au final, ce scénariste échoue totalement dans cette entreprise."

Ce qui est intéressant à souligner dans Barton Fink, c'est la référence à de grands écrivains américains qui ont dû venir à Hollywood pour gagner leur vie et qui ont échoué, de la même façon que le personnage. D'ailleurs, quand les Coen réalisent Barton Fink, ils sont en train d’écrire Miller's Crossing, un film de gangsters au scénario très complexe, et ils ont fait face au vide de la page blanche. C'est le fait de ne pas pouvoir avancer dans l'histoire de Miller's Crossing qui les a poussés à réaliser Barton Fink. Ce qui est absolument démoniaque en fin de compte, c'est que Barton Fink met en évidence la claustrophobie de la page blanche.

Dans Barton Fink, on retrouve de nombreuses références à des personnages réels d’Hollywood : Jack Lipnick, le personnage principal, représente en fait Jack Warner, un autre personnage représente William Faulkner, qui avait lui aussi été appelé à Hollywood pour écrire du catch. Et c'est précisément ça qui est intéressant le cinéma des frères Coen : si on connait un certain nombre de choses sur l’histoire des USA, on a tout de suite une toute autre lecture de leurs films, car ils font appel à des références littéraires, cinématographiques, etc. qu’on ne connait d'ailleurs pas toujours lorsque l'on n'est pas américain.

The Hudsucker Proxy, le tâche noire des frères Coen

 

Au départ, les frères Coen commencent comme cinéastes indépendants, ils s’autoproduisent et refusent d’être assujettis à des grands studios pour ne pas être influencés. Mais à partir de The Hudsucker Proxy (Le grand Saut en français), ils acceptent d’être influencés par un grand producteur, Joel Silver, qui a produit L’arme fatale ou Le piège de Cristal. Ils acceptent donc de faire un scénario de blockbuster tout en gardant leur esprit "coenien", hors norme, qui ne correspond pas aux années 90’ dans lesquelles ils évoluent. C’est ce qui fait que le film n’a pas bien été accueilli à Cannes et n’a pas bien marché...

Vous voulez en savoir plus sur le cinéma des frères Coen, sur leur période de gloire et leurs plus grands succès, c'est par ici 

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