Les croyants sont-ils vraiment les seuls à emprunter les chemins de Compostelle ?

Sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle
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Sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle - © Tous droits réservés

Plus de 200 000 personnes cheminent, chaque année, vers Saint-Jacques de Compostelle.

Comment expliquer ce succès ?
Que reste-t-il de la dimension catholique de ce pèlerinage ?
Ce chemin est-il encore un chemin de foi ?
Permet-il de redéfinir le sens de la vie ?

 

Et Dieu dans tout ça ? en parle avec Freddy Mouchard, le réalisateur du film Compostelle, le chemin de la vie, qui sort cette semaine en salles. Et avec Nathalie Annez, qui a tenté l’aventure, il y a quelques années.

Toute la France et une partie de l'Europe sont maillées par le chemin de Compostelle, avec 4 principales voies françaises à partir de Paris, Vezelay, Le Puy-en-Velay ou Arles, qui étaient des points de rencontre, explique Freddy Mouchard. Ensuite, en Espagne, il y a deux voies principales, el camino francés et el camino norte, qui rejoignent Santiago de Compostela.

 

"Je ne cherchais rien et je l'ai trouvé",
écrit Jean-Christophe Ruffin dans Immortelle randonnée.

 

Que reste-t-il de la dimension catholique ?

Le but historique de ce pèlerinage était d'atteindre le tombeau attribué à l'apôtre Saint-Jacques, rappelle Freddy Mouchard. La dimension catholique reste présente à travers tous les édifices religieux qui jalonnent le chemin. "On est en permanence dans ces traditions, ce patrimoine culturel et religieux, mais en même temps, on est très libre, on rencontre des pèlerins avec des motivations très différentes. Et pourtant tous s'arrêtent pour entrer dans les édifices religieux..."

 

Quel est le profil type ?

Le profil est très divers : cela va du sportif au croyant, ou à celui qui est en quête de lui-même, à celui qui a connu des difficultés dans la vie, des chocs, des pages qui se tournent... Le chemin apporte le temps, l'espace de réconciliation avec soi-même et avec les autres, pour comprendre ce qu'on ne voit pas dans la vie de tous les jours.

Beaucoup de jeunes, beaucoup de retraités... car le chemin accompagne à différentes étapes de la vie : le jeune a besoin de se confronter au monde, le retraité a besoin de prendre un peu de recul par rapport à la vie turbulente. "Beaucoup fuient un monde qui va très vite, où on perd ses points de repère. Ils ont besoin de s'ancrer, de retrouver des racines". Et puis le chemin demande beaucoup de temps, 1, 2, 3 mois, et peu de gens actifs ont la possibilité de prendre ce temps pour eux. Certains choisissent alors de faire chaque année un petit tronçon. Une façon de faire le point régulièrement...

Qu'apporte cette expérience ?

C'est un chemin initiatique, qui part d'une envie de chercher un sens à sa vie.

Freddy Mouchard explique "On se rapproche de notre propre nature en même temps qu'on se rapproche de la nature. C'est un chemin merveilleux de réconciliation avec soi d'abord puis avec les autres, les rencontres, la nature, jusqu'à une rencontre encore plus grande : la transcendance". (...)

"On peut vivre sur le chemin de Compostelle des synchronies, ou synchronicités : on a l'impression d'être relié à tous, on trouve les réponses aux questions qu'on se pose... Ce phénomène s'explique par le fait qu'on est parfaitement à l'écoute, on est dans l'ouverture, on est plus attentifs aux signes que la vie nous donne. Et pourtant, la vie nous le propose en permanence, mais on ne le voit pas..."

L'arrivée à Compostelle est souvent décevante, car on arrive dans une grande ville où il y a beaucoup de monde. Les croyants y trouvent des rites, une écriture sacrée... les autres... Mais ça interroge sur la question du but, est-ce que c'est le but qui nous a motivés, ou le chemin lui-même ? 

"Ce chemin initiatique de Compostelle nous permet de nous rapprocher de l'idée qu'il faut en permanence mourir pour renaître. Mourir aux pensées du passé, à ce qui est obsolète pour renaître au nouveau, comme ces pèlerins qui traditionnellement brûlent leurs vêtements au bout du chemin pour faire naître l'homme nouveau. C'est la symbolique du baptême."

Le chemin est vivant, on ressent qu'on marche dans les pas de nos ancêtres et d'autres à venir. C'est vivant, ce n'est pas intellectuel. On est en pleine conscience.

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Nathalie Annez a parcouru, à partir de Namur, environ 2500 km pour rejoindre Compostelle. Elle témoigne.

Elle ne pense pas avoir répondu à un appel, ou alors un appel intérieur, par rapport à elle-même. Elle est entrée dans les églises, sans doute pour se recueillir, remercier, Dieu, l'univers, soi-même, la famille, les amis, les rencontres, ce qu'on vit. "J'y ai retrouvé de petits réflexes, la prière méditation, les églises me semblent plus accueillantes depuis que j'ai fait le chemin."

Elle est partie seule car elle voulait se retrouver elle-même, dans une démarche méditative. Mais elle a rarement été seule sur le chemin, au fil des rencontres... au fil des questions "d'où tu viens ?", "pourquoi tu es là ?", mais jamais "qu'est-ce que tu fais dans la vie ?".

Les deux premiers jours sont les plus difficiles, surtout avec le poids du sac à dos, puis on entre dans une rythmique, et on apprend surtout à aller plus doucement, à ne plus rien planifier, à lâcher prise totalement.


"C'est un chemin de joie. Ce n'est pas un voyage, c'est une vie."
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Ecoutez l'émission intégrale

VIDEO - teaser du film de Freddy Mouchard, à découvrir cette semaine en salles !

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