Le changement climatique : la révolution est nécessaire

Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité
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Rencontre avec Aurélien Barrau pour son ouvrage "Le plus grand défi de l'histoire de l’humanité". Un livre qui fait suite à l’appel lancé l’année passée dans le journal Le Monde. L’astrophysicien, devenu l’une des figures de proues du combat climatique et environnemental, ne transige pas : il en appelle à une révolution ! “Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité”, un essai sans langue de bois écrit avec les tripes et avec toute la clairvoyance, aujourd’hui indispensable.

Il y a quelques mois, Aurélien Barrau lançait un appel pour faire face au "plus grand défi de l’histoire de l’humanité". Une tribune soutenue par 200 personnalités pour une action politique ferme et immédiate face au changement climatique. Aujourd’hui, même si l’urgence climatique occupe les premiers rangs des préoccupations, tout laisse à penser que nous nous dirigeons tout droit vers l’échec. "Certains pensent que nous sommes encore dans la prévision, dans la prédiction et que par conséquent, nous pourrions nous tromper. Mais c’est pire que ça, ce n’est pas seulement une prédiction, ça a déjà eu lieu et c’est en train d’avoir lieu" explique l’astrophysicien avant de poursuivre "Nous avons perdu 60% des populations d’animaux sauvages en 40 ans, c’est un chiffre désastreux. Nous avons perdu 400 millions d’oiseaux du ciel d’Europe. On voit qu’en Allemagne environ 80% des populations d’insectes ont disparu et on sait que beaucoup de grands mammifères sont en train de s’étioler à vue d’œil. Et ça, ce n’est pas seulement le réchauffement climatique. C’est la pollution et l’expansionnisme de l’être humain qui a simplement oublié que la nature n’était pas seulement une ressource."

Repenser notre rapport au monde

Les études et les rapports se succèdent, se ressemblent et semblent tous plus alarmants les uns que les autres. Pourtant selon l’auteur, le cri d’alerte semble se heurter au vide. Si les marches pour le climat ont captivé l’attention médiatique, si les volontés ou promesses politiques ont rythmé les différentes campagnes, pour Aurélien Barrau, la réalité elle, est tout autre… "N’ayons pas l’impression qu’il faut accélérer l’effort. Non, non. Il faut le commencer. Nous n’avons rien fait pour le moment. Chaque année est pire que la précédente. Regardez, il y a quelques jours, le Président canadien a inscrit le droit environnemental au cœur de la constitution. Et le lendemain, il signe un accord pour qu’un pipeline puisse extraire plus de pétrole… C’est une dissonance cognitive absolument incroyable."

Et lorsque Sophie Moens évoque le temps d’adaptation nécessaire à ce genre de "révolution", Aurélien Barrau rappelle quant à lui, à quel point la situation est critique et qu’aujourd’hui, ne rien faire face à l’immensité de ce défi, "serait littéralement quelque chose de criminel". "Je suis d’accord que c’est extrêmement difficile, mais l’enjeu est d’une telle importance. Nous avons changé le modèle, nous l’avons effectivement transformé en enfer, nous avons été capables de le faire pour le pire. Si nous ne sommes pas capables de le faire pour le meilleur, nous y perdrons tous et peut-être même que nous y perdrons la vie. Il va falloir inventer un futur qui ne ressemble en rien au passé."

La décroissance

Plus qu’une transition, l’astrophysicien en appelle à une révolution. Dans cet ouvrage, "Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité", un terme, très en vogue pour le moment, revient souvent : la décroissance. Un terme que l’auteur reconnaît avoir mal employé, préférant parler de "meilleure croissance". "Ce terme de décroissance, que j’ai employé, est en effet mal choisi. mea culpa. Il faut simplement redéfinir la croissance. Vous vous rendez compte qu’actuellement, ce terme est défini par une indexation sur le produit intérieur brut. C’est aberrant. Nous sommes en train d’évaluer notre avenir à l’aune du produit intérieur brut qui on le sait est directement proportionnel au désastre écologique en cours."

Le pire va probablement arriver mais le meilleur n’est pas tout à fait exclu à ce stade

Pour l’auteur, Il y a 1000 choses à faire à notre échelle. À commencer par l’alimentation végétarienne et par la diminution des transports. Mais le plus important, ce n’est pas les petits gestes. Pour l’astrophysicien, "le plus important c’est de réfléchir à chaque instant à ce que, ce qui nous semble évident, en réalité ne l’est pas". "Ce qui nous semble imposé, éternel, naturel… relève très souvent d’une construction sociétale. Et pour moi l’essentiel, c’est de garder à l’esprit que nos valeurs, nos désirs, nos plaisirs, pourraient être autres… Eventuellement pour le meilleur et c’est ça le cœur de la déconstruction et de la révolution écologique. Tout remettre en cause."

Aurélien Barrau, même s’il n’est pas écologue, continue sa lutte à sa manière, en jouant le rôle de passeur pour donner un maximum de visibilité aux véritables experts. Une révolution écologique qui doit, selon lui, se manifester par "l’invention d’un ailleurs ou plutôt d’un futur qui ne soit en rien la répétition d’un passé qui ne peut nous servir de modèle". "Moi je crois qu’il faut le tenter, qu’il faut essayer. Le pire va probablement arriver mais le meilleur n’est pas tout à fait exclu à ce stade." conclu Aurélien Barrau.

 

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