Le Centre Ulysse rend une voix aux personnes exilées

Le Centre Ulysse à Ixelles
2 images
Le Centre Ulysse à Ixelles - ©

Le Centre Ulysse, à Ixelles, existe depuis 15 ans. C'est un centre de santé mentale qui rencontre les souffrances de tous ceux qui sont exilés.

Ces personnes vivent chez nous non seulement avec les marques du passé et la douleur des séparations mais ils rencontrent aussi ici une grande solitude et des perspectives d'avenir bouchées.

L'un de leurs plus grands problèmes est le fait de ne pas être entendus, de se voir catégorisés comme demandeurs d'asile, illégaux ou sans papier. Ils se retrouvent ballottés d'une catégorie administrative à l'autre, d'une structure d'accueil à l'autre, sans reconnaissance ou place dans cette société.

Le prix de la clandestinité, c'est aussi : pas de boulot, pas de situation, pas de revenus, pas de logement et peu d'avenir.


Exister à nouveau

Les psychologues du Centre Ulysse redonnent à ces personnes une parole et une reconnaissance, la possibilité de ne plus être dans un état de non-lieu, de non-droit, mais d'exister.

Pour Alain Vanoeteren, directeur du Centre Ulysse et psychologue, ceux qui arrivent ici sont très forts. Ils présentent certes des troubles psychologiques réactionnels, mais on peut se demander comment ils ont pu traverser de telles épreuves. Ceux qui n'ont pas de ressources en eux n'arrivent malheureusement pas jusqu'ici.
Certains parviendront à rebondir et à retrouver des ressources de vie, même dans la clandestinité.


Une procédure d'asile inadéquate

Selon Alain Vanoeteren, la procédure d'asile est inadéquate sur le plan psychologique. "Elle est basée sur le fait que les gens doivent expliquer ce qui leur est arrivé dans le détail, de manière cohérente et précise, chronologique, avec une bonne connaissance du contexte du pays d'où ils viennent et de tout ce qui leur est arrivé.

Or si on a vécu des troubles post-traumatiques, ce n'est pas possible d'avoir un retour temporalisé, de manière rationnelle et objective : on a des flashs, des oublis, des choses dont on ne veut pas parler aussi.

Si vous survivez à un viol multiple, vous n'allez pas être capable d'en parler. Mais la procédure ne prévoit pas que la personne puisse mentir parce qu'il lui est arrivé quelque chose de suffisamment grave pour qu'elle ne puisse même pas l'évoquer devant quelqu'un."


Une parole à libérer

Certains, comme Solange, originaire du Bénin, n'ont plus de voix, ils n'ont que des larmes. Pendant 3 ans, elle a gardé ses souffrances pour elle. Pouvoir s'exprimer au Centre Ulysse lui a permis de se libérer.

"Si tu n'as pas de papiers, tu ne sais rien faire. Tu as des idées, tu veux t'épanouir, mais tu es bloqué. Tu ne peux pas aller frapper à la porte d'une société pour dire : donnez-moi du travail."


Mohammed est guinéen, il est arrivé en Belgique à 17 ans, et a appris ici le décès de sa mère. Comme il n'a pas de titre de séjour, il ne peut pas être engagé dans ce qu'il aime, être aide-soignant, malgré les 3 ans d'études et les stages réussis.

"Ils ne voient pas l'intérêt de la jeunesse et les gens qui sont motivés. Ce n'est pas logique. Je me sens mal. Chez nous, en Afrique, on disait qu'en Occident, les gens qui sont motivés, on ne les abandonnait jamais. Et moi, je ne demande pas grand chose, je demande juste à ne pas me croiser les bras, mais je me sens abandonné, rejeté."
 

En tant que femme, Maimouna a fui les persécutions en Guinée, son deuxième fils est donc né ici. Elle a vécu longtemps dans des squats, dans des endroits où ne devrait normalement pas vivre un enfant.

Elle se dit : "Où est le normal ? On dit qu'en Belgique, il y a les droits de l'homme. Mon fils apprend à l'école qu'il y a des droits alors que ce qu'il vit n'a rien à voir avec ce qu'il y apprend."

"A vrai dire, je suis divisée en deux parties. Une partie qui vit encore dans mon pays, qui n'a pas pu encore s'échapper parce que j'y ai laissé un enfant derrière moi. (...) Chaque fois que je donne à manger à mon fils, je me demande : est-ce que l'autre a pu manger ?"

Ecoutez d'autres témoignages dans le reportage Transversales de Barbara Boulet 

Plus d'infos

Un guide existe pour aider ceux qui sont aux côtés des personnes exilées : professeurs, éducateurs, avocats, proches ou citoyens. Pour leur expliquer comment faire, ce qui est nécessaire, les troubles possibles. Et comment ils peuvent les soutenir, vers qui se tourner. Il permet aussi d'épauler les professionnels de la santé.

Téléchargez-le ici

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK