Le burn-out parental, une réalité délaissée

Le burn-out parental, un mal délaissé
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Lorsqu’on parle de burn-out, on pense plus spontanément au stress du travail et au surmenage. Or il existe en fait d’autres types de burn-out qui ne sont pas liés au milieu professionnel. Le burn-out parental est l’un d’entre-deux, l’épuisement dû à la parentalité est une réalité parfois méconnue mais pourtant bien réelle.

Deux chercheuses de l’UCL, Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak, ont lancé il y a peu une vaste enquête internationale sur le burn-out parental.

Alors que de très nombreuses recherches ont déjà été menées sur le burn-out professionnel (+ de 23 000 études à ce jour), le burn-out parental n'est que très récemment devenu un sujet d'intérêt scientifique. L'épuisement parental est un syndrome distinct du burn-out professionnel, du stress parental ou de la dépression. Ce syndrome a donc des causes spécifiques et des conséquences également spécifiques, en particulier vis-à-vis de l'enfant. Cette étude est en cours dans 38 pays différents et les premiers résultats sont interpellants.

Peu d’études sur le sujet

Le burn-out professionnel est étudié depuis les années 1970. Selon Moïra Mikolajczak, c’est seulement en 2007 que la première étude sérieuse sur le burn-out parental est réalisée mais elle ne concerne à l’époque alors que les parents d’enfants malades.

" C’est comme s’il fallait avoir un enfant cancéreux ou en attente d’une transplantation pour pouvoir être épuisé. C’est seulement depuis une dizaine d’années qu’on réalise que ce n’est pas uniquement les parents d’enfants atteint d’une maladie qui peuvent être épuisé de leur parentalité. "

Une des raisons de ce retard selon la chercheuse c’est que la pression au travail s’est intensifiée et donc la prévalence du burn-out professionnel a éclipsé l’épuisement parental naturellement. Or depuis les années 90, la pression parentale s’est elle aussi intensifiée, notamment suite à la convention des droits de l’enfant et surtout à toutes ces recommandations de type " Pas de bisphénol, 5 fruits et légumes par jour " qui s’additionnent et qui sonnent souvent comme des messages assez culpabilisants pour les parents.

Confusion entre les maux

Entre le burn-out professionnel, le burn-out parental et la dépression, la tendance est toujours à rassembler les maladies sous le même couvert or les nuances sont grandes, les symptômes et les traitements aussi.

L’exemple le plus parlant pour Moïra Mikolajczak est l’effet sur les enfants. Le burn-out professionnel va en fait doubler le risque de comportement négligeant ou violent chez le parent à l’égard des enfants, la dépression par 5, le burn-out parental par 13 même parfois 16. Les conséquences sont donc toutes à fait différentes et le burn-out parental est beaucoup plus dommageable pour l’enfant. Raison supplémentaire de bien savoir les différencier pour pouvoir les traiter de manière adéquate.

 

 

Faire toujours plus

Que l’on soit une famille monoparental, un couple divorcé, une famille recomposée, les parents sont tous soumis aux mêmes exigences, des exigences qui s’accumulent et qui deviennent des normes à respecter. Cependant entre le travail et la famille, il n’est pas toujours possible d’assurer ses différentes normes imposées par la société.

Comme l’explique Isabelle Roskam, il y a toutes une série de choses à assumer en tant que parent, et qui peuvent devenir des facteurs de stress.

" La parentalité c’est une balance. On demande énormément de choses à faire d’un côté mais de l’autre côté de la balance, il n’y a pas beaucoup de ressources parce qu’en tant que parent on n’a pas toujours la possibilité d’avoir les ressources suffisantes. "

Si on a trop de tâches, mais pas assez de ressources, faire face à trop de choses peu mener au burn-out parental et souvent l’aspect financier est un poids supplémentaire et non-négligeable.

Les parents sont soumis à énormément d’injonctions et de pressions, on leur dit tout ce qu’ils sont censés faire pour être de bons parents."

Le problème des parents qui veulent être de bons parents pour Isabelle Roskam, c’est qu’ils sont souvent plus susceptibles d’être en burn-out, car comme dans le cas du burn-out professionnel, ce sont des gens qui sont en général très investis, et qui veulent toujours bien faire. 

Comme l’explique la chercheuse, le burn-out parental est aussi un mal assez récent car avant on considérait le bonheur de l’enfant comme quelque chose de plus simple, "l'enfant jouait dans le jardin et il pouvait être heureux". 

Désormais l'enfant doit avoir un agenda de ministre et faire plusieurs activités culturelles et sportives par semaine pour pouvoir être heureux.

Forcément le parent qui n'arrive pas à remplir ce type d'exigences va culpabiliser et se mettre encore plus de responsabilités sur le dos. Cette norme de devoir stimuler son enfant à tout prix est très difficile à assumer et mène souvent au raisonnement "si mon enfant ne fait pas tout ça il va mal se développer et c'est ma faute".

Or les deux chercheuses insistent,  il faut s'adapter à sa propre situation. Elles citent comme exemple le diktat de l'alimentation bio qui serait meilleur pour l'enfant, oui, mais uniquement si on en a les moyens financiers, si pas il n'est pas nécessaire de se culpabiliser de ne pas pas pouvoir le faire.

 

Comment détecter le burn-out parental ? Comment le guérir ? Écoutez la suite pour en savoir plus sur le burn-out parental

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