Le bonheur d'être nu

Le bonheur d'être nu
Le bonheur d'être nu - © JOEL ROBINE - AFP

Des millions d'Européens fréquentent régulièrement les lieux de vie naturistes. Redonner sa juste place au corps, découvrir le plaisir de vivre en harmonie avec la nature, telle est la vérité du naturisme, loin des clichés et des fantasmes. Car cette pratique se fonde sur une philosophie de vie prônant la tolérance, le respect de soi, des autres et de l'environnement.

Dans son livre Le bonheur d’être nu - Le naturisme, un art de vivre (éditions Albin Michel), France Guillain, navigatrice, journaliste et écrivain, mais surtout naturiste de longue date, nous invite à mieux connaître cette activité, issue d'une ancienne tradition, et les motivations profondes d'hommes et de femmes recherchant à travers cet art de vivre nu, non pas une forme de marginalité, mais le bien-être, le bonheur et la liberté.


Le naturisme, c'est quoi ?

La Fédération française de Naturisme définit le naturisme comme une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par une pratique de la nudité en commun, qui a pour but de favoriser le respect de soi-même, le respect d'autrui et celui de l'environnement. 

Naturisme et nudisme sont deux choses complètement différentes, explique France Guillain. Le naturisme est une nudité qui se vit dans la nature, selon les lois de la nature : on mange bio, des fruits et légumes fraîchement cueillis, on évite ce qui est chimique, on fait du sport dans la nature plutôt qu'en salle, on revient aux choses simples.

Chez les naturistes, on ne se montre pas, on ne s'exhibe pas, on est tout simplement. 

C'est une démarche d'humilité, parce que quand on est nu, on est dans une fragilité absolue. On n'a pas de carapace, on ne peut rien cacher.


Un retour à la pudeur ?

France Guillain constate un changement, on ne peut plus se promener librement en mini-jupe dans le métro par exemple. "Il y a un envahissement, un petit peu religieux, ou quelque chose comme ça, qui a créé des pressions. Et il y a autre chose qui cause un retour à se cacher, c'est le développement de la pornographie partout, qui rend difficile les relations entre les gens (...) ce qui fait qu'on a plutôt tendance à se cacher, à se rhabiller, à se protéger, à protéger son sexe. Pour moi,  ce n'est pas tellement un retour à la pudeur, c'est plus une protection contre une espèce d'agression, une agression sexuelle, on peut dire, par la pornographie."


Respect et égalité

Dans notre société qui accorde une place essentielle à l'aspect extérieur, le naturisme a une qualité extraordinaire : c'est probablement le seul endroit où vous n'êtes pas regardé comme un paquet de chair avec des mensurations, c'est le seul endroit où l'on vous regarde comme une personne.

Les femmes voilées ont d'ailleurs la même réflexion, relève France Guillain : l'avantage du voile pour elles est de permettre qu'on regarde leurs yeux. On les regarde comme des personnes, d'un regard naturel.

Le naturisme sur les plages libres peut attirer les voyeurs, mais dans les centres ou clubs qui accueillent les 350 000 naturistes français, on voit bien que le regard des gens est attiré naturellement vers les yeux, pas vers le sexe. C'est la personne qu'on regarde.

Il n'y pas plus pudiques que les naturistes. L'avantage quand on se met nu, c'est qu'on perd la double pression de son propre regard sur son corps et du regard des autres.

Tout le monde se respecte dans le monde naturiste. "On ne voit plus qu'on est nu, on est attiré par le visage, c'est un phénomène physiologique animal, et c'est quelque chose qui est difficile à expliquer à un non-naturiste. Tout le monde se fiche de l'aspect des autres. Par la force des choses, on est égal dans la même fragilité."

Les signes extérieurs de richesse disparaissent : à l'origine du naturisme, la règle était pas de vêtements, pas de bijoux, pas de maquillage.... depuis, les règles s'assouplissent. Mais c'est le premier endroit où les femmes ont pu faire autant de sport et d'activités que les hommes, parce que les enfants étaient gardés par tout le monde. L'égalité entre hommes et femmes s'est beaucoup plus développée dans les lieux naturistes que là où les gens sont habillés.


L'évolution du naturisme

En France, le naturisme a été créé par des médecins, dans la démarche de se faire du bien. Des travaux faits aux Etats-Unis montraient l'importance du soleil direct sur le corps, notamment sur le sexe et le cou, pour éviter les dérèglements hormonaux et thyroïdiens. 

Au début le naturisme était réservé aux privilégiés. Après la seconde guerre mondiale, la journaliste Christiane Lecocq a démocratisé le naturisme en créant des clubs accessibles à tous, dans des lieux protégés des regards, car la loi française, tout comme la loi belge d'ailleurs, regarde encore le sexe comme une agression, contrairement à l'Allemagne ou à l'Espagne.
 

Le bonheur d'être nu

Un vrai naturiste est conscient de la nature et de ses bienfaits : il va au soleil au matin et au soir, et reste dans l'ombre lorsque le soleil est fort. Les faux naturistes au contraire se font cuire au soleil sur la plage aux heures les plus chaudes.

Le naturiste est naturiste toute l'année, en toutes saisons. En hiver, il sera dehors aussi, à jardiner, à faire du sport... et exposera le plus possible de son corps aux rayons solaires.

Les naturistes ne développent pas de cancer de la peau car ils prennent le soleil de façon raisonnable toute l'année, en pratiquant des activités extérieures.

France Guillain apprécie la liberté et la sécurité qu'offrent les lieux de naturisme, ainsi que la simplicité, le grand respect de l'autre qu'implique la fragilité de la nudité. Les relations sont directes, la hiérarchie n'existe plus.

La nudité, c'est soit l'humiliation totale, soit le respect total

Découvrez aussi ici, dans Tendances Première, le cheminement de France Guillain vers le naturisme.

Et pour aller plus loin : Le lien vers la Fédération belge de Naturisme

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