"La vérité" de Guy Béart, une chanson sur la liberté d'expression et les tabous de la société...

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" La vérité " de Guy Béart est une chanson sur la liberté d'expression et sur les tabous de la société, qui date de 1968. Est-ce qu'on peut dire les choses ? Est-ce qu'on ne peut pas dire les choses ? Est-ce que - si on dit les choses - on se Emmanuelle Praet-ise ? Est-ce qu’on risque de se la faire boucler ?

Sur Internet, pas mal de gens laissent ce genre de commentaires à propos de cette chanson de Guy Béart : "Toujours d'actualité" - "Rien n'a changé" - "Peut toujours s'appliquer à aujourd'hui"... Ce qui prouve que Guy Béart s'attaque à un thème universel, ou – à tout le moins - un sujet qui ne vieillit pas...

" Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié. D'abord on le tue. Puis on s'habitue. On lui coupe la langue. On le dit fou à lier. Après sans problèmes. Parle le deuxième. Le premier qui dit la vérité. Il doit être exécuté. "

Voilà comment commence le texte de Béart qui prend le contrepied de l'expression "C'est le dernier qui a parlé qui a raison" ... Ici, c'est "C'est le premier qui a parlé qui a tort" ... Avec les conséquences juridiques qui peuvent en découler et sanctionner cette audace - dire la vérité. Quand il chante "on lui coupe la langue", il fait référence au droit pénal médiéval qui imposait la mutilation de la langue en cas de crimes de diffamation, de parjure et de blasphème. La preuve que le thème est universel, voire carrément biblique - c'est qu'on peut considérer sa strophe du refrain "Le premier qui dit la vérité. Il doit être exécuté" comme une version moderne et adaptée de l'Évangile selon Saint-Luc lorsqu'il dit : "Malheur à l'homme par qui le scandale arrive". C'est la même chose sachant que la Bible a longtemps été un des livres de chevet de Guy Béart... 

Ensuite, il dit : "J'affirme que l'on m'a proposé beaucoup d'argent. Pour vendre mes chances. Dans le Tour de France. Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens. Et dans le spectacle. Y a pas de miracle. Le coureur a dit la vérité. Il doit être exécuté."

" Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens " : ici, il évoque déjà le sport business et plus particulièrement la question du dopage dans le cyclisme. Le silence et l'hypocrisie qui recouvrent les habitudes des coureurs du Tour de France. Il faut savoir qu'en 1967, et ça a marqué Béart, la question du dopage explose dans les médias avec la mort d’un coureur au bord de la route – Tom Simpson – et qu’en 1968, on instaure les contrôles anti-dopage à l’arrivée de chaque étape…

 

Donc, " La vérité " est aussi une chanson sur l’actualité du mensonge abordé dans différents milieux :

  • Le sport
  • Les médias (" À Chicago, un journaliste est mort dans la rue. Il fera silence. Sur tout ce qu’il pense. ")
  • La politique (" Le monde doit s'enivrer de discours pas de vin. Rester dans la ligne. Suivre les consignes. "). Ici, il parle du régime communiste et de l’Union Soviétique…

 

Le sport, les médias, la politique… le spectre ne serait pas tout à fait complet s’il n’abordait le combat pour la vérité dans la religion : " Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha. La foule sans tête. Etait à la fête. Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas. C'est plus juste en somme. D'abattre un seul homme. Ce jeune homme a dit la vérité. Il doit être exécuté. " C’est assez joli cette image de " la foule sans tête " pour dire " des bœufs "…

 

Ici, on renvoie donc au procès de Jésus – célèbre prédicateur – condamné par Ponce Pilate à la crucifixion. Jésus, à l’origine du Christianisme, est considéré par ses adeptes comme une parole de révélation et donc comme une vérité sur la nature des hommes et l’existence de Dieu…

 

On notera que Guy Béart décrit Jésus comme " un jeune homme à cheveux longs " suivant l’idée de l’époque (nous sommes en 1968) selon laquelle Jésus est un hippie qui aurait fondé une communauté… Assez curieusement, la figure de Jésus hippie envahit la pop culture des années 60 avec en 1966…

 

Écoutez " La vérité " de Guy Béart :

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