Où en est la Turquie après la victoire d'Erdogan ?

Le «oui» l'emporte de justesse, mais l'opposition conteste le résultat
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Le «oui» l'emporte de justesse, mais l'opposition conteste le résultat - © Tous droits réservés

Une victoire pour le président turc, oui, mais avec à peine 51,4% des voix. Un référendum serré donc et dont le résultat est contesté. Il consacre la présidentialisation du régime jusque-là parlementaire, et ça se passe dans un contexte très tendu.

L’état d’urgence a été prolongé de trois mois en Turquie, quelques jours à peine après la victoire du oui au référendum du 16 avril dernier.

Depuis le coup d’Etat raté de juillet dernier, plus de 47.000 personnes ont été arrêtées, des dizaines de milliers d’autres limogées ou suspendues.

Les craintes d’une hyper-présidence et de dérives autoritaires s’expriment dans la rue, mais le président Erdogan ne lâche rien.
 

Un reportage de Camille Lafrance en Turquie.
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Un rapport du Conseil de l'Europe souligne des irrégularités, une inadéquation avec les critères de vote internationaux, des conditions inéquitables ; ses observateurs soupçonnent des manipulations concernant plus de deux millions de bulletins et demandent l'ouverture d'une enquête transparente.
 

Pour ses sympathisants, Erdogan a redonné de la superbe à la Turquie avec ses grands projets urbains parfois pharaoniques. Il ne lésine pas sur les références à un passé ottoman et à sa grandeur, associée aussi à la religion et aux valeurs morales, contre une laïcisation héritée de la république fondée par Atatürk en 1923.
 

Concernant le volet sécuritaire, un des arguments de l'hyper présidentialisation, c'est qu'avec un homme fort aux commandes, les décisions se prennent plus rapidement, quitte à justifier les vagues de répression.
 

Les discours du président envers l'Europe se sont durcis. Le nouveau référendum évoqué sur la peine capitale signerait l'arrêt de mort de sa candidature à l'Union européenne. L'accord bilatéral sur les migrants a aussi été remis en cause par les mots.
 

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Quelques extraits
 

" Erdogan est arrivé et a fait de nous un pays développé, au niveau des routes, des métros, du trafic aérien. Dans les municipalités, partout, au niveau des finances aussi, il a amélioré la situation financière de beaucoup de gens. Il y a plus de la paix. Economiquement et moralement, les gens ont trouvé la paix avec Erdogan."

 

"On est un pays musulman, c'est notre première identité. Nos valeurs sont supérieures mais on considère les autres confessions ou ethnies comme des frères. Quand on voit une attaque contre des musulmans, on répond très fort, on peut y mettre notre vie."

 

"La majorité du peuple ne veut pas de la démocratie, c'est un pillage organisé, il y a de la corruption... c'est pour ça que le vote pour le oui l'a emporté."

 

 

"C'est pour répondre à l'hypocrisie de l'Europe qu'on a dit oui, parce que l'Europe a organisé la campagne du non. On est les petits-fils des Ottomans, les Européens nous ont endormis jusqu'à maintenant, mais on s'est réveillés."

 

"La Turquie se sent trahie par l'Union européenne. l'accord migratoire n'a pas beaucoup bénéficié à la Turquie. (...) L'atmosphère qui prévaut aussi bien en Europe qu'en Turquie ne penche pas vers l'adhésion. Le coeur du problème est que certains pays européens voient qu'avec la nouvelle constitution, la Turquie devient quelque chose qui n'est plus contrôlable pour eux."

 

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