La tablette magique de Tongres

La tablette magique de Tongres
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La tablette magique de Tongres - © Tous droits réservés

Ce samedi 21 novembre 2020, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS : Marie-Thérèse Charlier, Professeur ordinaire honoraire à l’ULB au Département d’enseignement d’Histoire, Arts et Archéologie & Alain Delattre, Helléniste, Egyptologue, Professeur à l’ULB et Directeur d’études à l’École pratique des hautes études à Paris.

 

DIFFUSION : samedi 21 novembre 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 22 novembre 2020 à 23h10’   

Marie-Thérèse Charlier

 Marie-Thérèse Charlier est Professeur ordinaire honoraire à l’ULB au Département d’enseignement d’Histoire, Arts et Archéologie.

Après des études d’Histoire (Antiquité) à l’ULB et un mémoire d’Histoire grecque ainsi qu’une agrégation de l’Enseignement secondaire, elle a obtenu une licence en Histoire de l’Art et Archéologie.

 

Entre temps, elle est engagée comme Assistante en Histoire romaine auprès du professeur Albert Deman en 1970. Celui-ci lui suggère de choisir comme sujet de thèse un catalogue commenté des femmes de l’ordre sénatorial romain sous le Haut Empire. À l’époque, la prosopographie se présente comme la nouvelle méthode d’approche de l’histoire sociale et, toutes les études se consacraient aux hommes. Aborder l’histoire des femmes romaines de l’élite sur la base de cette méthode représentait donc une manière de répertorier toutes les femmes connues de cette catégorie sociale et d’étudier ensuite leurs comportements.

La thèse de Marie-Thérèse Charlier fut reçue avec la plus grande distinction et publiée plus tardivement, en 1987. Dans l’intervalle, elle entreprend d’approfondir le sujet afin de proposer un tableau aussi complet que possible de la vie de ces femmes.  S’ensuit une série de publications qui ont été réunies ensuite en 2016 par Anthony Alvarez Melero de l’Université de Séville sous le titre " Clarissima femina ", d’après le titre officiel que portaient ces femmes. Son étude ne se limite toutefois pas aux femmes de l’élite et elle a également rédigé une synthèse sur la femme romaine avec Danielle Gourevitch.

 

Particulièrement intéressée par la religion romaine, Marie-Thérèse Charlier a aussi consacré deux publications à la place de la femme (en général) dans la religion romaine et à ses pratiques cultuelles. Elle vient de terminer un chapitre d’ouvrage collectif consacré à la condition féminine, traitant des métiers féminins dans l’Occident romain. 

Le second domaine de recherche de Marie-Thérèse Charlier porte sur nos régions, et plus généralement les provinces de Gaule et de Germanie, à l’époque romaine d’un point de vue historique. À la fois historienne et archéologue, elle a mis à profit ce carrefour pour reprendre de manière historique et institutionnelle l’histoire de la Belgique romaine, un volet qui n’avait guère encore été exploré. Dès lors, Marie-Thérèse Charlier est régulièrement sollicitée par les archéologues belges des deux communautés lors de découvertes épigraphiques sur notre territoire. 

C’est ainsi que l’entreprise ARON qui fouille à Tongres a fait appel à elle ainsi qu’à son mari Georges Raepsaet, archéologue à l’ULB, lors de la découverte de la tablette de défixion , une pratique de magie gréco-égyptienne. Face à la complexité de ce sujet, ils ont sollicité leurs collègues de l’ULB Alain Martin et Alain Delattre, et une équipe s’est constituée pour étudier la défixion.

La retraite de Marie-Thérèse Charlier est tout, sauf inactive ! La chercheuse continue à travailler sur les provinces gallo-romaines et se consacre à la place du culte d’Apollon et à celui d’Hercule dans nos régions. Elle s’intéresse également à l’onomastique et ses apports à la perception de la latinisation des cités ainsi qu’à leur organisation sociale.

Enfin, elle poursuit une recherche dans les musées pour récolter des graffitis inédits. 

Alain Delattre

Alain Delattre est helléniste et égyptologue à l’ULB, où il a soutenu sa thèse de doctorat en 2004 en papyrologie. Il a ensuite effectué des mandats postdoctoraux à la KU Leuven et à l’Université de Leyde. Depuis 2013, Alain Delattre est Professeur à l’ULB, où il enseigne la langue et la littérature grecques, ainsi que la papyrologie. Il est également, depuis 2014, Directeur d’études à l’École pratique des hautes études à Paris, où il enseigne la papyrologie et l’épigraphie copte.

 

Les recherches d’Alain Delattre portent sur la société égyptienne des époques byzantines et arabes, qu’il étudie à partir des textes de la vie quotidienne, notés sur du papyrus ou gravés dans la pierre. Ses projets actuels suivent ainsi deux axes : l’histoire économique des monastères égyptiens et les questions de bilinguisme et de plurilinguisme. En tant qu’épigraphiste, il participe régulièrement à des missions archéologiques en Égypte.

 

Si le profil d’Alain Delattre ne le destinait pas a priori à travailler sur des documents provenant de Belgique, la découverte à Tongres d’une tablette magique présentant un texte grec d’inspiration nettement orientale lui en a fourni l’occasion. En 2016, cette tablette de défixion en plomb a été mise au jour par la société ARON lors de fouilles à Tongres. Cette tablette se révèle exceptionnelle, car elle jette une lumière nouvelle sur la diffusion des pratiques magiques orientales jusque dans les régions septentrionales de l’Empire.

La tablette est dans un état de conservation remarquable : elle mesure 12 cm de haut sur 12 à 14 cm de large, pour une épaisseur de 1,5 mm environ. Les perforations qui s’observent à mi-hauteur sont dues aux deux clous de fer qui permettaient de fixer l’objet sur un support. Une quinzaine de lignes associant dessins et textes, en grec puis en latin, ont été incisées à la surface, la face arrière est anépigraphe.

 

La tablette de Tongres enrichit d’un nouvel exemplaire le corpus de défixions, qui compte près de 1300 textes grecs et latins, issus de toutes les provinces de l’Empire. Cette tablette présente cependant plusieurs particularités qui la rendent atypique, sinon exceptionnelle : son contexte de découverte et son aspect matériel, sa date précoce, son caractère bilingue. D’un autre côté, l’agencement précis des dessins et des textes se retrouve quasi à l’identique dans quelques défixions en provenance d’Afrique proconsulaire ou d’Achaïe. La tablette de Tongres témoigne ainsi de son ancrage dans une tradition magique largement répandue dans le monde romain. 

Pour les détails de la découverte de la tablette de Tongres, cliquez ici .

L’ACTU DE NOS ECLAIREURS

Le 19 septembre 2020, Xavier De Bolle, Biologiste et Professeur ordinaire à l’UNamur, était l’un de nos invités dans LES ECLAIREURS

Il nous avait expliqué ses travaux sur la biologie moléculaire de la bactérie Brucella. Cette bactérie provoque la brucellose, une maladie qui affecte de nombreux mammifères sauvages et domestiques, et qui est transmissible à l’homme. Les résultats de cette recherche, menée à l’Unité de Recherche en biologie Moléculaire (URBM) de l’UNamur viennent d’être publiés dans la prestigieuse revue Nature Microbiology.

Pour consulter le communiqué de presse cliquez ici 

 

La Nuit européenne des Chercheur.e.s 2020

Née d’une initiative de la Commission européenne, la Nuit européenne des Chercheur.e.s sensibilise aux activités de recherche et d’innovation à travers des formats interactifs. Cette année, elle sera principalement virtuelle et se tiendra tout au long de la semaine du 23 au 29 novembre 2020. En Belgique, elle est coordonnée par l’UCLouvain, l’ULB, l’ULiège et l’UNamur.

Pour découvrir l’ensemble de la programmation, cliquez ici.

Retrouvez ici quelques informations complémentaires.  

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