La Suède neutre en carbone en 2045 ?

L'écoquartier Hammarby Sjostad à Stockholm
L'écoquartier Hammarby Sjostad à Stockholm - © Wikipedia

La Suède a comme ambition d’être le premier pays neutre en carbone à l’horizon 2045 et ce n’est pas une utopie. Les autorités ont posé le cadre et les Suédois font depuis longtemps déjà très attention à leur manière de consommer.

La nouvelle loi votée en 2018 oblige le gouvernement à mener une politique en cohérence avec ses objectifs climatiques. Elle impose la transition écologique aux entreprises et à la société suédoise tout entière.

Quelles sont les recettes à appliquer ? Quels sont les obstacles à surmonter ? Explications avec Frédéric Faux.

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Greta Thunberg, cette adolescente qui a lancé les grèves de l’école pour le climat, est le symbole de l’engagement de la population suédoise dans le combat contre le réchauffement climatique. Cet engagement signifie ne plus utiliser de pétrole, de gaz ou de charbon pour produire son énergie ou se déplacer. Cela n’a rien d’une utopie, car fabriquer de l’électricité à partir d’énergie renouvelable est devenu très efficace et économique, même dans le nord de l’Europe. L’électricité renouvelable est même devenue moins chère que le pétrole.


Des pionniers en éco-habitat

Cette habitude de faire attention à l’énergie consommée remonte à loin. Dans les années 80 déjà, à Karlstad, à 300 km à l’ouest de Stockholm, un groupe de jeunes ingénieurs et médecins a construit le premier écovillage du pays : Tuggelite. L’objectif était de vivre ensemble, de travailler ensemble, en utilisant le moins d’énergie possible. Chaque appartement a ainsi été pourvu d’une grande verrière orientée plein sud, ce qui permet de récupérer de la chaleur pour la maison. Les murs et sols sont en béton, pour conserver l’énergie. Le chauffage vient de pompes à chaleur, actionnées par des panneaux solaires. Chaque adulte doit travailler 5 jours par an pour l’entretien du lieu.

Aujourd’hui, tout le monde veut vivre dans ce type de maisons modèles où la facture de chauffage ne dépasse pas 100 euros par an. Ce souci d’économiser l’énergie et les ressources est devenu la norme, comme dans ce nouvel écoquartier de 25 000 habitants à Stockholm, Hammarby Sjöstad.
L’objectif était dès le départ de réduire l’empreinte environnementale de moitié. Le tramway a été installé tout de suite, pour réduire le nombre de voitures. Il n’y a pas plus de 0.5 place de parking par habitation pour encourager d’autres modes de transport, en particulier les pools de voitures partagées. 25 voitures fournissent ainsi entre 600 et 700 foyers.
L’originalité se trouve dans la synchronisation des circuits de l’eau, de l’énergie et des ordures ménagères : combustion en centrales thermiques, pour l’électricité et le chauffage urbain, compostage pour la fabrication de bio-gaz.


Une seconde vie pour les objets

Tous les experts le disent : il faut donner une seconde vie aux objets. La Suède a mis en place un système de consigne qui recycle 90% des canettes et des bouteilles en plastique. Mais elle mise aussi sur la réutilisation, l’occasion, la réparation.

Le centre commercial d’Eskilstuna, appelé Retuna, ne vend que de l’occasion, et c’est une première au monde. Il est installé à côté de la déchetterie, les usagers sont encouragés à y passer avant de jeter leurs déchets, pour y déposer les objets qui peuvent être recyclés ou réutilisés : meubles, électronique, décoration, équipements sportifs,… La masse d’objets que peut jeter une petite ville de 100 000 habitants est énorme et alimente les 11 boutiques. C’est révélateur d’un certain mode de consommation : en Suède, on se lasse très vite des choses que l’on achète.


Une politique active de transports

Pour les transports, qui représentent 1/3 des émissions de CO2, la Suède a aussi décidé de réagir. C’est dans ce pays qu’est née la honte de prendre l’avion, trop polluant. Elle influence déjà le trafic sur certaines lignes intérieures, au profit du train, plus écologique.

Stockholm met la priorité sur la réduction des émissions routières. Elle a été l’une des premières à instaurer un péage urbain. Les vélos sont de sortie été comme hiver. Tous les bus roulent au carburant non fossile, notamment le bio-gaz obtenu par la fermentation d’ordures ménagères, dans un principe d’économie circulaire.

La Suède est l’un des leaders mondiaux du bio-gaz. Elle a aussi été pionnière dans l’instauration de la taxe carbone sur les carburants fossiles, qui a contribué grandement à cette transition énergétique. Depuis, les émissions suédoises de CO2 ont diminué de 26%.

Cette diminution s’explique aussi par le lien particulier qu’entretiennent les peuples nordiques avec la nature. La tradition protestante crée en effet une relation plus spirituelle avec la nature, plus individuelle aussi. "Si vous attaquez la nature, vous m’attaquez, moi".


Le processus est très lent et de gros efforts restent à faire pour ne pas dépasser les 2° de réchauffement climatique pour la planète. Ecoutez ici la suite du reportage de Frédéric Faux.

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