La revue des médias - Nicolas Vandenschrick

La revue des médias - Nicolas Vandenschrick
La revue des médias - Nicolas Vandenschrick - © Tous droits réservés

Un sujet, ce matin, à la Une de la presse. Le démantèlement de la Jungle de Calais !

Le démantèlement, c'est maintenant ! Par la grâce - Par la volonté d'un président français et de son gouvernement, le démantèlement, c'est maintenant - et ce n'est pas sans poser de questions. En vrai, une Jungle, c'est inextricable. Alors démanteler l'inextricable, ça se passe comment ? Pour le comprendre, il y a les images évoquées par la Presse. "La Jungle, titre le Morgen, attend ses bulldozers." Oui mais pour démanteler au bulldozer, il faut d'abord évacuer les habitants de la Jungle. 6.400 personnes doivent partir, dit le Le Laatste Nieuws, et puis, viendront les engins de chantier. Car ce qui gêne - à Calais et ailleurs, ce n'est pas tellement la Jungle elle-même. Le souci, c'est plutôt que la Jungle est habité. Par Des milliers d'Hommes. De femmes. D'enfant. (personne n'ose dire des Mowgli, dans la jungle) Mais La libre le rappelle. En ce sinistre lieu, dans des conditions déplorables.
Il sont là. A Calais. Esmaïl, 33 ans. Nigérien. Je monte dans le bus. D'accord. Mais si la direction, c'est la Creuse, je descends. dit-il à Libé. Mohamed, 38 ans, soudannais. C'est une bonne chose de nous mettre à l'abri; Au chaud. Sous un vrai toit. Loin des passeurs et des voleurs. Zidane, 66 ans, apatride du Koweït. Ma fille, mon fils, ma femme sont en Angleterre. Je suis prêt à y aller à la nage. Alors, je monterai dans le bus puis je reviendrai.

Trois témoignages. Trois, parmi 6 ou 7.000. Pour comprendre que les bulldozers, oui, ca peut démanteler l'inextricable.
La jungle, on peut la raser et même la bétonner... mais pour le reste, Abattre un bidonville, ce n'est pas régler le problème que soulève la migration. Les responsables de la Jungle, dit la Libre, ils ne sont pas à Calais, les dictateurs - sanguinaires.
Les passeurs - sans scrupule. Les dirigeants - opportunistes, ne sont pas là. Et Les gouvernements - Occidentaux.
Ceux-là qui ont oublié les valeurs qui gouvernaient les pays qu'ils conduisent aujourd'hui. Notre société, bien nantie devenues lentement frileuses et sourdes à la misère des autres. Elle n'est pas là non plus. Oui, mais le démantèlement, c'est maintenant. Et c'est du direct !

Justement. Depuis 6h30, environ, les dépêches tombent les unes après les autres.
Certains titres de presse ont mis en place un Live spécial pour suivre minute après minute les opérations.

C'est (titre Libération) le Live de la Jungle. Jeu de mot, tout trouvé, puisque les quotidiens, oui, vous proposent depuis ce matin, un fil d'info pour se sortir de la Jungle. Le Figaro, par exemple :
6h46. Une dizaine de fourgon de CRS ont pris la direction du centre des Opérations.
6h50. Le démantèlement avait été annoncé sur place le 26 septembre par François Hollande.
D'accord, ça, ce n'est pas du direct, c'est du remplissage quand on a rien à écrire...
6h57. Une file d'une 60taine de personne s'étire déjà devant le sas - toujours fermé - pour accéder au point de rassemblement.
7h32 - ça c'est sur le site du Monde : les associations s'inquiètent de ce qu'il adviendra des migrants. Tiens oui, peut-être il est temps de s'inquiéter... Etc, etc,...
Lancer cette opération, et accréditer, autoriser près de 600 journalistes à y assister. C'est s'exposer aussi AUX risques du direct, constate Libération. Ces fameux aléas... qui ne manqueront pas. Les irréductibles, - qui refuseront de partir, les mineurs qui devront bénéficier d'une protection spéciale. Et ces fameux Centres d'accueils et d'Orientations... Où l'on risque - dit le quotidien français - de voir se multiplier des incidents orchestrés par l’extrême droite. Le direct, c'est maintenant et attention, ça peut être gênant !

Chez nous, de l'autre côté de la frontière... On regarde aussi le démantèlement. Car démanteler là bas et maintenant, peut avoir des effets ici et après... Alors, sur les images - les vrais, les photos cette fois, les policiers montent la garde aux frontières.
Parfois à cheval, comme sur le cliché du Laatste Nieuws. Parfois en bleu, les longs des dunes, comme en témoigne la Libre.
Le démantèlement c'est maintenant. L'exode - comme dit le SOIR - reprend pour les migrants.
Et nous, à une frontière de la Jungle, notre ministre de l'intérieur, n'a qu'un souci...
Empêcher l'inextricable - et surtout empêcher ces habitants - de gagner notre Côte.

Nicolas Vandenschrick

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK