La résilience, un processus de guérison ?

La résilience, un processus de guérison ?
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La résilience, un processus de guérison ? - © Tous droits réservés

Ilios Kotsou revient ce matin sur le concept de "résilience". Une qualité qui consiste à continuer à se développer après un traumatisme, "mais différemment".

Il y a près de 50 ans, une équipe de chercheurs publiaient une étude longitudinale sur les enfants de l’île hawaiienne de Kauai. Cette étude rapporte l’évaluation du bien-être physique et psychologique, de problème de délinquance ou d’instabilité familiale sur des enfants nés en 1955 souvent dans des conditions particulièrement difficiles, certaines pouvant être considérées comme traumatisantes. Environ un tiers des enfants plongés dans de telles situations parviennent néanmoins à se développer en adultes compétents, confiants en eux, autonomes. De cette étude phare suit une période de plus de 40 ans d’études sur ce nouveau champ de recherche baptisé “la résilience”.

Qu’est-ce que c’est la résilience?

En physique, la résilience c'est l’aptitude d’un matériau à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. En psychologie, la résilience fait plutôt référence à la possibilité de vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité. Mais en quoi est-ce une qualité importante ?

Pour un être vivant, a fortiori un être humain, le mécanisme prend diverses formes. Prenons l'exemple d’un incendie : la faune et la flore sont détruites et lorsque quelques mois ou années plus tard, la nature reprend ses droits, la végétation repousse, la faune revient, mais différemment, avec d'autres espèces. Cette nouvelle organisation n'est pas forcément plus forte que l'ancienne, ni plus fragile, elle est juste différente. La résilience est la qualité qui consiste donc à continuer à se développer après un traumatisme, mais différemment. Selon Boris Cyrulnik, la poursuite de l’évolution ne sera pas dans l’exact prolongement d’avant l'événement traumatique.

Une qualité à la fois innée et acquise

Selon les professeurs Christophe Leys et Pierre Fossion de l'Université Libre de Bruxelles, la capacité de résilience de chacun est à la fois innée et acquise. Les déterminants et les facteurs de résilience peuvent être de trois types : individuels, familiaux et sociaux. 

Que faire pour la nourrir ? 

Le concept de résilience est fort lié à celui de tuteur de résilience. Généralement, la résilience émerge suite à la rencontre avec un tuteur de résilience. Bien souvent, ce dernier ne sait pas qu’il est à l’origine d’une possible résilience, celle-ci se développe à son insu. Le tuteur sait peut-être qu’il fait du bien à une personne mais n’en mesure pas l’ampleur. L’élément déclencheur peut simplement être un sourire, un regard bienveillant ou une main tendue. Pourtant, pour les résilients, ces petites choses sont vécues comme un acte immense à la base d’un long processus de guérison.

La résilience s'exprime peut être aussi à travers la capacité à apprécier notre vie dans son imperfection. Comme le dit le philosophe Alexandre Jollien, dont la vie est un très beau témoignage de résilience, "La vie n'est jamais loupée. La vie n'est pas à réussir. Ce n'est pas un objectif. Vivre est à soi sa propre fin."

Alexandre Jollien viendra partager son expérience lors d'une conférence le 21 février à 20h à l'Ulb. https://www.emergences.org/events/la-sagesse-espiegle                 

Ilios Kotsou est Docteur en psychologie et Maitre de Conférences à l'Université Libre de Bruxelles, il analyse chaque semaine un thème fondamental de nos vies quotidiennes. Retrouvez-le sur son blog, sur sa page Facebook et tous les dimanches dans Week-end Première.

 

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