'La réponse de la baleine à bosse' ou quand la baleine à bosse chante avec les humains

La réponse de la baleine à bosse
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La réponse de la baleine à bosse - © Alex Voyer

Une enquête sonore très émouvante, tournée en pleine saison baleinière à la Réunion, par Aline Pénitot. 

Ce documentaire est le fruit d'un projet art-science qu'Aline Pénitot, compositrice électroacoustique, journaliste, productrice radio, mène depuis 2012 avec le bioacousticien Olivier Adam et le CNRS. 

Elle a en effet découvert des analogies sonores stupéfiantes entre les baleines à bosse et le basson. De sorte que ni Olivier Adam, spécialiste des chants de cétacés, ni Sophie Bernado, bassoniste, ni elle-même ne savent dire, quand on l'entend, s'il s'agit d'un chant de baleine ou de basson. 

À partir de là, elle a développé une interface sous-marine d'échanges sonores humain-baleine. Puis, elle est partie avec l'interface, un haut-parleur aquatique et des micros sous-marins, à la Réunion, au sein de l'association d'observation des cétacés Abyss. 

Elle a enregistré chaque situation, chaque sortie, chaque chant, chaque souffle de baleine et surtout chaque réponse aux stimulations sonores. 

Car, oui, il y a eu réponse. Et cette enquête sonore le montre !

Ecoutez donc...

Une véritable culture

"Quand on écoute attentivement ces vocalises, explique le bioacousticien Olivier Adam, on est capable de les ordonner et d'extraire ces sous-phrases qui créent le leitmotiv d'un chant qui dure entre 15 et 20 minutes. Et la baleine va répéter ça en boucle pendant une heure, deux heures, une journée, comme elle le sent.

Il faut savoir que ces baleines vivent 100 ans ou plus, qu'elles ont une culture, un apprentissage vertical, de génération en génération, et aussi un apprentissage horizontal, d'adulte à adulte. Donc elles ont plein de façons d'apprendre, de s'adapter à la vie, de trouver des solutions pour se reproduire, pour se nourrir...

Et donc les chants, c'est une vraie culture. Le baleineau va entendre les chants avant même de naître. La première chose qu'il va faire quand il va naître, c'est d'entendre ces chants parce qu'il y a des chants partout dans la zone où il va naître."

Les objectifs

L’équilibre des océans est menacé et nous sommes très inquiets pour l’avenir de notre poumon bleu. Au fil des années, notre capacité à imaginer des solutions semble même s’amoindrir.

D’un côté, les scientifiques ne cessent d’alerter l’opinion à grand renfort de chiffres alarmants et indispensables à la compréhension des dérégulations. De l’autre, les artistes s’attardent à représenter ces dérèglements. Trop peu de projets sont menés à égalité par un binôme artiste-scientifique, qui se fixe comme défi de provoquer une réelle prise de conscience.

Olivier Adam et Aline Pénitot s’attachent à ce que la connaissance scientifique abreuve l’émotion esthétique et réciproquement afin que s’ouvrent de nouveaux possibles sociaux. De sorte que le récit artistique décuple le récit scientifique.

La pollution sonore des océans par les activités humaines ne cesse d’augmenter
et son impact sur les cétacés est maintenant prouvé. L’interface n’a pas vocation à devenir une appli qui participerait à la pollution sonore des océans.

Bien au contraire, conscients que la mer n’est pas le monde du silence, Olivier Adam et Aline Pénitot souhaitent initier un tout autre rapport des humains aux animaux, un rapport qui tiendrait enfin compte de la perception intelligente et sensible des baleines.

Cette pièce traverse la Litanie pour la Baleine de John Cage en l’entremêlant aux leitmotivs des cétacés. 

Un projet soutenu par le fonds Gulliver (Mentions) et la bourse Pierre-Schaeffer- Brouillon d'un rêve de la Scam et du dispositif La Culture avec la Copie Privée.

Avec, à la Réunion :

Marion Ovize, écologue marine, observatrice des mammifères marin,
Laura Ceyrac, chargée d'études bioacoustiques, observatrice des mammifères marins,
Emmanuel Antongiorgi, plongeur, guide naturaliste,
Bertrand Denis, responsable de l'association d'observation des cétacés Abyss,
Aline Pénitot, compositrice, productrice de documentaire radiophonique.

En Métropole :

Olivier Adam, bio-acousticien, professeur à la Sorbonne-Université, au laboratoire de Neurosciences Paris-Saclay,
Sophie Bernado, bassoniste 

Par téléphone :

Scott Mc Vay, biologiste, avec son ami Roger Payne, ils ont été les premiers biologistes américains à avoir enregistré et décrit les chants de baleines à bosse, édité un disque et envoyé les chants de baleines dans l'espace à bord de la sonde spatiale Voyager.

Photos : Alex Voyer

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