La renaissance des Vikings, entre intérêt pour l'Histoire et nationalisme

Les Vikings suscitent un engouement universel
Les Vikings suscitent un engouement universel - © Pixabay

L'univers des Vikings fascine beaucoup de monde, surtout en Scandinavie évidemment, où des groupes de passionnés célèbrent cette parenthèse héroïque de leur histoire. Mais les guerriers barbus coiffés de casques à cornes sont aussi revendiqués par des descendants bien plus encombrants, des militants néo-nazis ou certains groupes d'extrême-droite.

Entre intérêt pour l'histoire et fièvre nationaliste, ce regain d'intérêt fait aussi écho aux polémiques qui agitent nos sociétés, comme nous l'explique le reportage de Frédéric Faux en Suède.


Le renouveau viking en Scandinavie

Les groupes qui célèbrent les Vikings se comptent par dizaines en Scandinavie ou en Grande Bretagne. Ils célèbrent cette période héroïque de l'histoire scandinave qui a vu ces Nordmenn, entre le 9e et le 11e siècle, écumer les mers du Bosphore jusqu'au continent américain. Ils se retrouvent à l'occasion de festivals, s'affrontent en batailles rangées, se rassemblent pour des mariages ou des baptêmes païens.

Des groupes plus engagés, plus radicaux, font aussi revivre les rites et les cérémonies de l'ancienne Scandinavie. Les fidèles de l'organisation religieuse Nordiska Asa, par exemple, invoquent les anciennes divinités nordiques en chantant et en buvant dans de longues cornes, et ont lancé une collecte pour créer leur propre temple.


Une réalité historique souvent malmenée

Cette époque est en effet la plus emblématique de Scandinavie et a parsemé la région de buttes funéraires et de pierres runiques, admet Gunnar Andersson, archéologue et conservateur du Musée historique de Stockholm. Mais cette passion autour des Vikings a aussi tendance à déformer la réalité historique. Les rites pratiqués aujourd'hui n'ont rien à voir avec ceux du 10e siècle, sur lesquels on sait très peu de choses. Les reconstructions de camps et de batailles prennent aussi beaucoup de libertés avec la réalité historique.

Ce qui intéresse ces nouveaux adeptes, ce sont les armes et les bijoux, les objets en métal, qui tournent autour des combats. Les objets en bois, les objets de la vie quotidienne ne les intéressent pas. Alors que les Vikings étaient en réalité des paysans qui partaient épisodiquement en expédition.


Un symbole de supériorité

Mais ce renouveau a aussi des côtés plus inquiétants. Le groupe néo-nazi Mouvement de Résistance Nordique, le NMR, considère les Vikings comme le symbole de la puissance et de la supériorité européenne, à l'image de Hitler au siècle dernier.

Le journaliste d'investigation Jonathan Leman travaille pour l'organisation Expo, un groupe de recherche anti-fasciste fondé dans les années 90 par Stieg Larsson : "Le thème viking est bien présent à travers tout le spectre du nationalisme radical en Suède. Cela se manifeste à travers des symboles qu'on affiche, comme des tatouages, des images en ligne, des cérémonies religieuses. Il y a aussi ce rock viking qui décrit l'héroïsme des vikings et qui dit implicitement que c'est aussi notre combat d'aujourd'hui. Il y a des organisations connectées à ces idées et qui sont parmi les plus extrêmes, ouvertement néo-nazi."
 

Qui peut prétendre à l'héritage viking ?

Ce débat est présent dans tous les pays scandinaves. En Norvège, la question est particulièrement sensible, parce que le pays a été dirigé pendant la seconde guerre mondiale par Quisling, un adepte d'Hitler, fasciné comme lui par l'épopée viking.

"Il y a une spécificité en Norvège dans la façon dont nous considérons ces symboles vikings. Toute connexion avec ces symboles est très vite stigmatisée. Pour moi c'est vraiment douloureux de ne pas pouvoir utiliser par exemple le mot 'heil', notre vieux salut nordique, parce qu'il a tant été utilisé pendant la seconde guerre mondiale. Je me sens parfois fatigué de devoir à chaque fois m'excuser pour tout ça, explique Anders Kvåle Rue, auteur de bande dessinée, qui dirige le groupe de Vikings chrétiens Olavsmenn. Pour lui, cette page noire de l'histoire ne doit pas empêcher les Norvégiens d'être fiers de leur passé viking.

Les archéologues pourraient bien trancher ce débat. Dans leurs recherches récentes, ils dessinent un portrait des Vikings qui s'éloigne toujours plus de l'imagerie traditionnelle, virile, nationaliste, forgée au 19e siècle. Des guerriers qui étaient souvent aussi des guerrières... Des commerçants dont les liens s'étendaient jusqu'au monde musulman...

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