La psychanalyse va-t-elle disparaitre ?

La psychanalyse va-t-elle disparaitre ?
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Le discours dominant prétend que la psychanalyse est périmée. En réalité, elle doit s'adapter. Le monde d'aujourd'hui n'est plus celui de Freud ni de Lacan. Une société nouvelle entraîne de nouveaux comportements et de nouveaux malaises, parmi lesquels le culte de l'ego, le sentiment de solitude et d'isolement, la dépendance au smartphone, la déliquescence du lien social...

'Dépoussiérer' la psychanalyse, la confronter au contemporain implique de réfléchir à ces symptômes, à la frontière entre le pathologique et le social, en repensant le cadre de la cure, à l'heure des consultations via Skype.

Comment la psychanalyse peut-elle trouver sa place dans un monde dominé par la culture du résultat, de l'efficacité et de la réussite ? Dans un monde où le temps n'a plus de valeur et où l'évaluation chiffrée est permanente ? 


En se métamorphosant et en se réinventant, nous répond Elsa Godart
dans 
La psychanalyse va-t-elle disparaitre ? (Albin Michel)
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La psychanalyse a toujours avancé à reculons, car elle a toujours rencontré des contradicteurs, ce qui a pu lui donner sa force. Elsa Godart ne pense pourtant pas qu'elle va disparaître :

Tant qu'il y aura une humanité dans l'homme, il y aura une place pour la psychanalyse

 

Un problème de temporalité

Entre l'hyper modernité de ce monde et ce que la psychanalyse demande, dans le temps et dans la profondeur, on est sur des vitesses très différentes. Cette idée de longueur du travail psychanalytique nous fait peur, tant nous vivons dans l'immédiateté et l'urgence.

La temporalité de l'inconscient n'a effectivement rien à voir avec le temps réel. On ne connaît pas à l'avance le temps d'un tel travail. Cela demande donc un engagement vis à vis de soi-même. Ceux qui en parlent le mieux sont les analysants, ceux qui ont traversé ce travail analytique.

"Ça fait énormément de bien de se dire qu'on peut aller à rebours d'une société qui est tout le temps dans l'urgence, dans la précipitation, d'aller à rebours d'une culture du résultat. Et de se laisser le temps d'aller mieux, de se laisser le temps d'une rencontre avec soi-même, de se laisser le temps de vivre somme toute", nous dit Elsa Godart.

Un problème d'image

Un mouvement existe au sein de la psychanalyse pour réformer la pratique, avec différentes manières d'envisager les choses, des pratiques nouvelles, au contact direct du contemporain. 

Certains psychanalystes sont responsables d'une certaine image de la psychanalyse ; il y a une inadéquation entre ce qu'est vraiment la psychanalyse et l'image qu'on peut en avoir. Beaucoup de livres de psychanalyse sont indigestes, abscons Elsa Godart, pour sa part, a un souci de transmission : elle sort souvent deux publications en même temps, l'une pour le grand public, l'autre pour une revue universitaire. 

Ce livre La psychanalyse va-t-elle disparaitre ? permet de décrire ce qu'est véritablement un travail psychanalytique et en quoi il peut être une réponse à nos malaises contemporains. Il aborde les différentes thérapies possibles et la place du sujet : " Qu'est-ce que c'est qu'être sujet ? La capacité d'avoir une conscience de soi, à prendre des décisions, à développer un libre arbitre... La psychanalyse est une approche qui permet de préserver, dans la parole, dans le désir, dans l'interaction,  notre subjectivité. Dans une société comme la nôtre qui vise à défendre le conformisme, qui uniformise nos différences, c'est presque un acte de résistance, et bien sûr qu'on en a besoin."


Se méfier de l'enfumage

Elsa Godart est méfiante par rapport à certaines pratiques, qui offrent des promesses de résultats, des recettes toutes faites. "Il y a une forme d'enfumage dans tout ça et je trouve que ce n'est pas juste. (...) Ce sont souvent des voiles qui à long terme ne tiennent pas et parfois ne font qu'empirer les choses sans qu'on en ait vraiment conscience. Il vaut beaucoup mieux aller revoir les stoïciens pour faire face philosophiquement aux malaises par des réponses de sagesse.  Et c'est important de réfléchir à ce que l'on veut et comment on veut être accompagné. Il faut accepter à un moment donné de mettre du doute et de distiller quelque chose qui soit des incertitudes dans notre quotidien. Ce qui fait la densité d'un sujet humain, ce qui fait aussi son pouvoir de créativité, ce sont ses incertitudes. On grandit de nos incertitudes."

Ecoutez l'entretien complet avec Elsa Godart

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