La princesse Marie-José : une princesse contre Mussolini

Troisième enfant du roi Albert et de la reine Elisabeth, Marie-José naît à Ostende le 4 août 1906. Elle bénéficie d’une éducation stricte avec précepteurs et gouvernantes, mais sa jeunesse est assez joyeuse avec ses deux frères Léopold et Charles.
 
Elle passe les premières années de la Première Guerre mondiale en Grande-Bretagne chez Lord Curzon, un ami de ses parents. Elle rejoint ces derniers pour de courts séjours à La Panne où ils se sont repliés durant le conflit.
 
En 1916, Marie-José est envoyée en Italie afin de suivre les cours d’un établissement pour jeunes filles, le Poggio Imperiale de Florence. De cette époque date le projet de ses parents de l’unir plus tard au prince Umberto de Savoie, héritier du trône d’Italie. Connaissant depuis longtemps le prince auquel ses parents l’ont destinée et grâce au pouvoir de persuasion de sa mère, Marie-José accepte ce mariage qui est célébré à Rome en 1930. Umberto est élégant et grand amateur d’ art. Il se charge de dessiner la robe que Marie-José porte le jour de son mariage.
 

Devenue princesse de Piémont par son mariage, Marie-José s’acclimate difficilement à sa nouvelle condition.

 
Elle souffre de l’étroitesse d’esprit qui règne à la cour de Savoie, où son beau-père tyrannique, le roi Victor-Emmanuel III, décide de tout. Umberto, qui craint de froisser son père, demeure d’une passivité qui la déconcerte. Elle doit supporter parallèlement la toute-puissance de Mussolini qui musèle les opinions discordantes.Malgré la naissance de quatre enfants, le couple s’avère fragile.
 
Des rumeurs existent sur l’homosexualité d’Umberto. Celui-ci serait beaucoup trop porté sur les hommes qui forment le corps de garde des résidences royales. On dit qu’aucun des enfants de Marie-José ne serait d’ Umberto. Il est donc probable que la princesse trouve ailleurs la consolation d’un mariage de façade.
 
Avec l’entrée de l’Italie dans le second conflit mondial, Marie-José voit sa liberté de mouvement peu à peu diminuée : le Duce l’entourerait d’un réseau de surveillance. C’est Marie-José qui organise la rencontre entre son frère Léopold III et Hitler à Berchtesgaden en 1941.
 
Elle demeure proche de sa famille belge et passe même des vacances en Allemagne avec sa nièce Joséphine-Charlotte.
 

Une princesse contre Mussolini

 
Pressentant une issue fatale pour le pays et la monarchie, Marie-José aurait tenté, dès 1942, avec l’aide de relations diverses, de sauver le trône des Savoie en éloignant Mussolini du pouvoir, mais sans succès (Des historiens défendent cette théorie).
 
À un moment, il aurait été question de la placer sur le trône comme régente en attendant la majorité de son fils. Mais, pressentant le danger, son beau-père Victor-Emmanuel l’exile dans le nord du pays avec ses enfants. Un an plus tard, un coup d’état renverse le régime fasciste. Le pays est alors envahi par les Allemands, furieux de voir tomber leur allié Mussolini. Marie-José qui craint pour sa vie se réfugie en Suisse.
 
Après la libération de l’Italie en 1945, au terme d’un périple long et épuisant, elle rentre à Rome où son époux est à présent lieutenant général du royaume. Une année plus tard, Umberto devient souverain d’un pays déchiré et exsangue. Lors de la consultation populaire organisée pour maintenir ou non la monarchie, Marie-José refuse de prendre part à la campagne pour le trône, estimant que seule la population est à même de juger de son avenir.
 
Au terme d’à peine un mois de règne, la monarchie est abolie au profit de la république le 3 juin 1946. Les ex-souverains et leur famille prennent la route de l’exil qui les mène jusqu’au Portugal. À cette époque, les relations entre Marie-José et Umberto deviennent intenables.
 
L’ex-reine décide de quitter définitivement Umberto et part pour la Suisse où elle s’installe dans le domaine de Merlinge avec ses enfants. Passionnée d’art et d’histoire comme sa mère, elle met sur pied en 1960 un concours de composition musicale.
 

Anticonformiste

 
Anticonformiste, on la voit d’ailleurs aux côtés de sa mère voyager en Chine et en URSS. Lors d’une opération, elle est victime d’une erreur médicale et perd une grande partie de la vue. Mais cela ne la rend pas inactive : elle se plonge dans l’histoire des premiers Savoie auxquels elle consacre diverses publications. Elle rédige également un recueil de souvenirs consacré à ses parents en 1975.
 
Devenue veuve en 1983, Marie-José restera, sa vie durant, frappée par la loi d’exil d’Italie. Elle partage son temps entre les diverses propriétés de ses enfants, gagnant même un moment le Mexique où vit sa fille cadette. Elle meurt à Genève le 27 janvier 2001. La vie de la princesse Marie-José a inspiré "La négresse blanche", une histoire écrite et racontée par Laurence Bibot, publiée dans le cadre de la collection de podcasts de fiction "Madame".
 
Cet article a été rédigé sur base de dossiers historiques construits et documentés par Olivier Defrance, historien
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