La Princesse Louise, la scandaleuse

Fille aînée du roi Léopold II et de la reine Marie-Henriette, la princesse Louise de Belgique est née au palais de Bruxelles le 18 février 1858. Son enfance est marquée par la mort de son petit frère Léopold, par la mésentente de ses parents et par l’éducation spartiate qui lui est imposée.
 
La petite fille grandit dans la crainte de ses parents, un père froid et distant, et une mère confite en bondieuseries. Le prince Philippe de Saxe-Cobourg et Gotha, un cousin-germain de Léopold II, demande la main de Louise aux souverains belges. Il est l’héritier d’une immense fortune et réside dans l’empire austro-hongrois où sa famille possède d’innombrables domaines et châteaux.
 
Contrairement au roi, la reine est favorable à cette union. Celle-ci, d’origine hongroise, y voit la possibilité de revenir régulièrement dans son pays. Les autres prétendants à la main de sa fille ne lui plaisant guère, Léopold II finit par donner son consentement à son cousin. Le mariage est célébré à Bruxelles en 1875. La princesse Louise accompagne son époux à Vienne, capitale de l’empire︎︎︎︎︎︎︎, où se trouve sa résidence principale, le fameux Palais Cobourg.
 
Malgré la naissance de leurs deux enfants, Léopold et Dorothée, ︎︎le couple s’enfonce dans la mésentente, faute de dialogue et︎︎ de goûts communs. Frivole, de nature indépendante, Louise souffre de l’autoritarisme de son mari. Elle se console en flirtant abondamment et en dépensant des sommes astronomiques en toilettes et en bijoux.
Au début des années 1890, Louise entame une relation sentimentale avec Nicola Döry, l’aide de camp de son époux Philippe. La mère de Louise parvient à obtenir la fin de cette relation extraconjugale ︎︎︎︎et le départ de Döry. L’affaire demeure, à l’époque, secrète du grand public.
 
En 1895, une seconde affaire éclate. Louise défie la cour en s’affichant en compagnie de son nouvel amant, un aventurier croate nommé Géza Mattachich, militaire lui aussi. Informée, la presse relate les ennuis du couple Cobourg.
 
Pour faire cesser le scandale, mais aussi pour éviter une déroute financière à la princesse prodigue, la famille décide de séparer les amants. Capturé par surprise, Géza Mattachich est condamné et emprisonné pour escroquerie, tandis que Louise est déclarée folle par d’éminents psychiatres. Durant 7 ans elle est internée pour "appétit sexuel trop développé chez une femme du monde " et pour " folie sentimentale ".
 
La presse socialiste, relayée par des parlementaires, dénonce les deux enfermements arbitraires et Mattachich finit par être gracié. Ce dernier, fort de multiples soutiens, tels des comités des droits de ︎︎︎︎︎︎︎l’homme ou des organisations féministes, parvient à faire libérer Louise. 
 
Elle obtient son divorce d’avec Philippe en 1906 et reprend son titre de princesse de Belgique. Mais Louise devient une paria pour toutes les cours d’Europe. Elle vit a︎︎︎︎vec Mattachich et la maîtresse de ce dernier, une ancienne cantinière qu’il a connue en prison. Le trio mène grand train et vit de petites escroqueries.
 
Toujours en proie à des problèmes financiers, Louise fait parler d’elle en intendant des procès à l’État Belge pour récupérer une partie des biens écartés de la succession de son père. Après la guerre de 1914, durant laquelle tous ses avoirs ont été bloqués, elle désire regagner la Belgique pour défendre ses intérêts. Mais l’accès au territoire national lui est refusé par les autorités (et surtout par son cousin le roi Albert) qui redoutent de nouveaux scandales.
 
Elle finit sa vie dans un dénuement complet et décède à Wiesbaden, en Allemagne, le 1er mars 1924. Jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale, des particuliers et des fournisseurs se sont adressés à la cour de Belgique afin d’être remboursés des sommes prêtées à Louise, sans succès.
 
La vie de la princesse Louise a inspiré "La minute cheval", une histoire écrite et racontée par Isabelle Wéry, publiée dans le cadre de la collection de podcasts de fiction "Madame"
 
Cet article a été rédigé sur base de dossiers historiques construits et documentés par Olivier Defrance, historien
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