"La plus belle pour aller danser de Sylvie Vartan : méfiez-vous des apparences, souvent derrière le sucre il y a le stupre !"

" La plus belle pour aller danser " est un tube initiatique puisque c’est avec cette chanson que tout va commencer en 1964 pour Sylvie Vartan ! Un tube énorme et international, qui tranche sur la production yéyé française de l’époque grâce à un son qui cite Phil Spector. " La plus belle pour aller danser " a été enregistré à Nashville avec un producteur américain, des musiciens américains et les choristes d’Elvis Presley : les Jordanaires. Ce qui donne à la chanson un relief assez épatant !

On l’a oublié depuis longtemps, mais le texte de " La plus belle pour aller danser " est signé Charles Aznavour qui, dans l’anthologie yéyé, a déjà écrit ceci :

" La plus belle pour aller danser " fait partie de la musique d’un film crétino-ado de Michel Boisrond qui s’appelle " Cherchez l’idole ", dont on retiendra les prouesses de jeu de Dany Saval, future femme de Michel Drucker :

Plus " ravissante idiote ", c’est carrément conne. Moins conne, l’héroïne de " La plus belle pour aller danser " sait absolument ce qu’elle veut, dans un texte qui, malgré les apparences de l’innocence, a une incroyable résonnance érotique. Les mots de cette chanson renvoient à une situation sexuelle que les robes en mousseline de Sylvie Vartan n’ont pas suffi à voiler…

" Ce soir, je serai la plus belle. Pour aller danser. Danser. Pour mieux évincer toutes celles que tu as aimées. " D’emblée, on sait qu’on a affaire à une jeune fille qui est dans le combat : elle va évincer l’adversaire.

" Ce soir je serai la plus tendre. Quand tu me diras. Tous les mots que je veux entendre. Murmurés par toi. " Elle a quelque chose en tête et elle part gagnante…

Mais arrive le passage le plus bitch : " Je fonde l'espoir que la robe que j'ai voulue. Et que j'ai cousue. Point par point. Sera chiffonnée. Les cheveux que j’ai coiffés. Décoiffés par tes mains. " L’histoire dans " La plus belle pour aller danser ", c’est quand même celle d’une jeune fille qui sort le soir pour aller offrir sa virginité à l’homme qu’elle s’est choisi. Il y a dans cette chanson un féminisme qui ne dit pas son nom ! Mieux : un érotisme qui échappe complètement à celle qui la chante. La robe qu’elle a cousue " point par point " et qu’elle espère voir découdre, c’est une métaphore de sa virginité qu’elle réserve au bien aimé. Idem pour la coiffure, éminemment sexuelle. Une coiffure de femme défaite, c’est une coiffure de femme qui s’abandonne…

Cette charge érotique est précisée plus loin : " Tu peux me donner le souffle qui manque à ma vie. Dans un premier cri. De bonheur. " Avec " un premier cri de bonheur ", on fait référence à la perte de virginité sur laquelle on insiste d’ailleurs : " si tu veux ce soir cueillir le printemps de mes jours. " Cela signifie l’envie d’un premier passage à l’acte… Passage à l’acte qui est d’ailleurs fantasmé par le personnage.

" La plus belle pour aller danser " est une chanson sur le fantasme féminin du sexe.

" Quand la nuit referme ses ailes. J’ai souvent rêvé. Que – dans la soie et la dentelle – un soir, je serai la plus belle. La plus belle pour aller danser. " Dans l’imaginaire de ces années-là, qu’est-ce qu’il y a de plus sexuel que la soie et la dentelle ? Rien.

" La plus belle pour aller " a un double fond, une cachette secrète, car c’est une chanson écrite pour une fille de 20 ans par un homme de 40 ans…

C’est une chanson qui, deux ans plus tard, va peut-être influencer Gainsbourg, plus pornographe qu’Aznavour, lorsqu’il fera chanter ceci à France Gall :

Hé oui, " La plus belle pour aller danser ", c’est l’antichambre des " Sucettes " !

 

Écoutez en intégralité " La plus belle pour aller danser " de Sylvie Vartan !

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