"La parentalité est la manière dont nos enfants transforment l'éducation qu'on leur donne"

La famille, quelle qu'elle soit, a toujours été représentée à la télévision. C'est donc, via ce canal que Bruno Humbeeck, psychopédagogue, spécialiste des couples et des familles, a décidé d'illustrer l'évolution des familles. Alors, êtes-vous plutôt famille Ingalls comme dans "La petite maison dans la prairie" ou famille "Simpson" ?

 

Pour Bruno Humbeeck, les deux familles n'en font qu'une : "il faut le savoir, la famille Ingalls et la famille Simpson sont en fait une même famille. C'est une famille qui a évolué mais qui vient du même mécanisme de la famille "tronc" c'est-à-dire organisée autour du couple parental". Même s’il y a des différences, on retrouve donc une même base : "la famille s'organise autour d'un couple solide chez les Ingalls et liquide chez les Simpson. Chez les Ingalls, la solidité du couple se manifeste dans les institutions qui entourent le couple où l'encadrement est assez strict comme à l’église ou à l'école. Des valeurs identiques sont transmises par ces institutions et les parents. Chez les Simpson, le couple s'est choisi mais lutte pour rester ensemble. Les institutions ne transmettent pas les mêmes valeurs que les parents. Il y a une dilution des normes et une non-transmission de valeurs."

Il existe deux autres types de familles : "la famille souche est organisée autour de la racine où les grands-parents ont une fonction importante de transmission des valeurs. Enfin la dernière s'organise autour de sa communauté."

"Un conseil, ça ne sert plus à rien"

Ces mêmes familles se retrouvent dans un contexte institutionnel différent mais ont aussi des fonctions différentes : "dans les deux familles, les trois enfants vont exercer les mêmes rôles. Le premier enfant reproduit les valeurs du système social attendues par ce système (Marie chez les Ingalls et Lisa chez les Simpson). Le deuxième enfant est celui autour duquel le récit va le plus souvent pivoter (Laura chez les Ingalls et Bart chez les Simpson) parce qu'il pose question à ces parents. Laura va parfois mentir ou tricher et Charles Ingalls devra alors intervenir, souvent en la culpabilisant comme outil éducatif. Bart, le sous-doué, donne du fil à retordre à ses parents qui se posent la question : que va-t-on faire de lui ? Le troisième enfant est uniquement là pour interroger la famille sur le désir d'avoir encore de enfants. Carrie et Maggie sont des enfants superfétatoires."

Des enfants qui ont les mêmes rôles mais les principes éducatifs, eux, diffèrent entre les deux familles. "Chez les Ingalls, on veut des enfants bien élevés qui vont grandir dans un environnement très balisé. Chez les Simpson, l'éducation est telle qu'on l'envisage dans nos sociétés postmodernes c'est-à-dire par l'épanouissement particulier de chacun des enfants."

"Ce qu'il se passe dans "La Petite Maison dans la prairie", c'est que Charles finit toujours par trouver une solution. C'est l'époque où quand on était pédagogue, on se contentait de donner des conseils aux familles. Maintenant, on sait que donner un conseil, ça ne sert à rien. Ceux qui sont prêts à les entendre n'en ont pas besoin et ceux qui en ont besoin ne sont pas prêts à les entendre. On va devoir produire ce que les Simpson montrent très bien c'est-à-dire de la conscience réflexive. La seule scène rituelle que l'on a chez les Simpson c'est celle où ils s'assoient tous ensemble et regarde les Simpson. On propose à la famille de se regarder fonctionner et de s'interroger sur ses mécanismes."

 

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