Le fascisme, un mouvement né dans un contexte de forte crise identitaire

Benito Mussolini
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Le 24 octobre 1922, à Naples, le congrès du parti fasciste italien se réunit pour mettre au point les derniers préparatifs de ce que l’on appellera la marche sur Rome.

C’est l’occasion de procéder à une première démonstration: 40 000 chemises noires, les milices du régime d’extrême droite, affluent dans la ville pour accueillir Benito Mussolini, le Duce. Trois jours plus tard, la démonstration de force se dirige donc vers la capitale, tandis que, dans de nombreuses villes, les fascistes prennent position devant les préfectures, les commissariats de police, les gares. En réalité, cette marche sur Rome est plutôt un échec: 20 000 hommes, mal armés, sans vivres et trempés, avancent péniblement par les pluies battantes.

Le matin du 28 octobre, ils sont stoppés net par les carabinieri. Un échec militaire qui, pourtant, ne va pas empêcher le fascisme d’accéder au pouvoir.

Comment est né le fascisme ?

Dans les années 20, l’Italie est encore toute jeune. En effet elle est seulement née dans la deuxième moitié du XIXe siècle comme l’explique Philippe Raxhon invité dans l’émission et professeur à l’ULG, "nous sommes dans un contexte d’après-guerre, dans un pays encore très marqué et perdu après la Première Guerre mondiale ".

Dans cette Italie déçue par rapport à son engagement militaire durant la Première Guerre mondiale, qui traverse une crise identitaire forte, animée par de fortes tensions nord-sud, le fascisme trouvera un terrain favorable à son succès. Mais pour le professeur, l’élément crucial et déclencheur est le danger rouge incarné par le socialisme révolutionnaire: "la peur d’une révolution à la russe va fédérer énormément et rassembler les partisans du parti." C'est donc principalement de ce mouvement antisocialiste et de la peur d'une révolution à la russe en Italie que le fascisme puisent ses origines.

Quel rôle joue Benito Mussolini ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Benito Mussolini a d’abord été connu en politique comme un socialiste. Au moment de la Première Guerre mondiale il adopte une position très nette en faveur d’une intervention de l’Italie et prône une propagande agressive, mais cette attitude lui vaudra d’être expulsé du parti. Il décide alors de se lancer de son côté et propose un mouvement marqué par le nationalisme, qu’il conçoit comme révolutionnaire et qu’il base surtout sur l’antiparlementarisme. Il opère donc un bond en politique et passe de la gauche à l’extrême droite.

Comme le raconte Veronica Granata, professeur à l'ULG, en 1920, l’Italie est marquée par des contestations sociales très fortes et par des grèves, le pays est divisé et Mussolini en profitera pour semer le trouble. Les faisceaux en chemises noires de Mussolini commencent alors à semer la terreur et agissent avec une violence très marquée. Les militants de Mussolini parcourent l’Italie du nord au centre, occupent les villes et incendient les sièges de parti socialistes, le fascisme se répand et s’installe partout notamment grâce à cette violence.

Le paradoxe du fascisme de Mussolini

La politique antiparlementaire de Mussolini était une des revendications majeures de sa politique. Pour Philippe Raxon, c’est aussi un des paradoxes les plus marquants de Mussolini. En effet, la clé de la réussite du Duce est qu’il va d’une part adopter une position politique complètement opposée au système parlementaire, mais qu’il va d’autre part réussir à s’y introduire, pour pouvoir mieux le déconstruire. Au lieu d’opérer un coup d’État, il va réussir à s’y infiltrer pour abattre ses cartes depuis l’intérieur et pour être sûr de garantir sa réussite, une tactique jusque-là jamais utilisée. De là, il mettra en place sa politique marquée d’une extrême violence et arrivera à se hisser au pouvoir et à imposer sa vision.

Une façon d’agir qui sera repris par après par Hitler et qui marquera un tournant dans l’Histoire.

 

Écoutez la suite de l'émission avec Philippe Raxon et Veronica Granata pour comprendre la vision du fascisme de Mussolini et comment il va profondément transformer l'Italie

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