La Médina et le Télescope

Ce samedi 3 octobre 2020, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ECLAIREURS : Iman Batita, Architecte urbaniste, doctorante en Architecture et Communication (Service Arts et Techniques de Représentation) de la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de l’UMons & Christophe Collette, Ingénieur physicien, Chercheur dans l’unité de recherche Aérospatiale et Mécanique de la Faculté des Sciences appliquées à l’ULiège où il dirige le Laboratoire de mécatronique de précision.

 

DIFFUSION : samedi 3 octobre 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 4 octobre 2020 à 23h10’

Iman Batita

Iman Batita est architecte urbaniste, doctorante en art de bâtir et SIC entre la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de l’UMons et le laboratoire De Visu de l’UPHF.

Diplômée en 2015 de la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de l’UMons, Iman Batita a posé dans son travail de fin d’études la problématique de l’intégration de l’architecture contemporaine dans les tissus de la vieille ville de Tunis. Lors de ses deux années de master, Iman a effectué plusieurs séjours de terrain et un stage dans un organisme de sauvegarde du patrimoine (Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis). Grâce à l’expérience de recherche menée via le mémoire de fin d’études, Iman a développé un intérêt tout particulier pour la question de la réappropriation du patrimoine. Son attrait pour le domaine de la recherche se confirme à travers un premier poste en tant qu’assistante de recherche dans le service architecture et société de la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de l’UMONS, en 2016.

L’année suivante, elle obtient une bourse et commence une thèse de doctorat en cotutelle avec le laboratoire De Visu de l’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF). La thématique traitée cible la dialectique appropriation-patrimonialisation. Lors de ses quatre années de thèse, elle effectue quatre missions sur terrain à Tunis et participe à plusieurs colloques nationaux et internationaux, notamment : APERAU (Byblos, Liban, 2017), HIS.4 (Jenin, Palestine, 2017), ACHS (Hangzhou, Chine, 2018).

 

Résumé du travail de thèse :

Les centres urbains incarnent les scènes de rapports de force les plus remarquables. Depuis quelques décennies, de nombreux centres urbains historiques sont la visée de bouleversements sociaux et d’une redéfinition du droit à la ville généré par leur patrimonialisation et, plus précisément, par l’émergence d’un discours patrimonial dominant (UNESCO).

Ce nouvel intérêt particulier dont bénéficient les centres urbains génère de nombreuses actions (institutionnelles, associatives, collectives et autres) et de nouvelles règles sociales, urbanistiques, politiques et économiques. Il est intéressant d’analyser à la fois leurs visées et répercussions sur les rapports de pouvoir entre les groupes sociaux minoritaires et majoritaires existants, mais également au sein de leurs interactions et de leurs devenirs.

Iman Batita estime en outre qu’il est d’autant plus interpellant de questionner les répercussions de cette forme dominante de discours qui soutient un postulat occidental du sens et de la nature de la notion de patrimoine dans le contexte arabo-musulman. 

Son travail de thèse porte sur une ville méditerranéenne arabo-musulmane en particulier, Tunis, où les enjeux liés aux changements socioculturels et urbains de ces dernières décennies sont particulièrement lisibles, notamment depuis la Révolution du Jasmin (2011).

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Patio Dar Nacer Khemir © Iman Batita
Patio dar Slimane Ben Milled © Iman Batita

Plus précisément, la recherche étudie la dialectique "appropriation-patrimonialisation" et s’attarde sur le cas de l’habitat arabo-musulman présent dans la Médina de Tunis. Iman se penche sur l’évolution de deux mécanismes : l’appropriation et la patrimonialisation depuis la période de l’indépendance de la Tunisie (1956).

Elle tente de comprendre comment l’imposition d’un discours patrimonial dominant détermine la quotidienneté des habitants, mais plus encore leurs capacités à s’approprier leurs propres conditions d’existence. Et inversement, comment cette capacité à s’approprier le quotidien peut influencer, ou non, un discours patrimonial.

Cette recherche, qui s’attarde sur l’échelle de l’habitat car celui-ci incarne le socle de la quotidienneté et dans ce sens l’organise, se base principalement sur un travail de terrain articulé autour de quatre missions. Iman Batita a dû adapter sa recherche à un contexte post-révolution. L’étude des mécanismes de patrimonialisation s’est fondée sur des entretiens avec des acteurs en lien avec la gestion patrimoniale (associatifs, institutionnels et politiques). Outre ces entretiens, Iman Batita a effectué plusieurs stages d’observation dans l’Association de sauvegarde de la Médina de Tunis, dont la création a été l’un des premiers évènements marquants de la patrimonialisation de la Médina.

Pour les mécanismes d’appropriation, la première étape a été de définir les typologies d’appropriation des espaces domestiques. La méthodologie repose sur le relevé ethno-architectural qui mêle entretien semi-directif avec l’habitant, relevé architectural et reportage photo. Parallèlement, de l’immersion dans certaines des maisons analysées a été réalisée pour compléter au mieux la collecte de données.

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Dar Lasram © Iman Batita
Dar Lasram © Iman Batita

In fine, il s’agit donc pour Iman Batita de confronter les discours des experts et des habitants afin de mettre en évidence les principaux enjeux liés à l’appropriation et à la patrimonialisation. Ce travail de recherche permet d’éclairer les rapports de pouvoir qui animent à la fois la gestion et le vécu de ce patrimoine urbain historique, mais aussi les manquements d’ordre méthodologique des politiques de logement.

Christophe Collette

Christophe Collette est Ingénieur physicien, Chercheur dans l’unité de recherche Aérospatiale et Mécanique de la Faculté des Sciences appliquées à l’Université de Liège où il dirige le Laboratoire de mécatronique de précision.

Il est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur physicien à l’Uliège et d’un doctorat à l’ULB. Il a effectué un séjour de deux ans au CERN pour travailler sur la conception de futurs collisionneurs de particules. Après plusieurs séjours au MIT et à Caltech, il est devenu le premier belge membre de la LIGO Scientific Collaboration en 2012. Christophe Collette est actuellement professeur à l’ULiège et l’ULB en Faculté des Sciences appliquées et dirige le laboratoire de Mécatronique de précision.

Ses recherches portent sur les grands instruments dédiés à la physique expérimentale, tels que les collisionneurs de particules, les grands télescopes terrestres et les synchrotrons. Tous ces grands instruments ont un point commun : ils nécessitent de faire des mesures d’une précision extrême pour repousser les limites de notre connaissance de l’univers. Cette précision nécessite néanmoins une très grande stabilité, car les moindres mouvements peuvent perturber les mesures. En pratique, cette précision est de plus en plus difficile à atteindre en raison de phénomènes naturels tels que le vent ou le mouvement du sol. Le développement d’instrumentations et de stratégies pour contrôler les vibrations de ces instruments est au cœur des préoccupations du laboratoire.

Une part importante de ses recherches est dédiée au futur télescope Einstein. Cet instrument de forme triangulaire, de 10km de côté, se situera à 300 mètres de profondeur. Il a pour objectif de mesurer des ondes gravitationnelles, qui sont des déformations de l’espace générées par des événements astronomiques intenses, tels que la fusion de trous noirs situés à 1,3 milliard d’années-lumière.

Ce télescope de troisième génération des interféromètres terrestres permettra de sonder un volume mille fois plus important et détecter directement les ondes gravitationnelles en plus grandes quantités (1 million par an) que les ondes actuellement observées avec les quatre interféromètres terrestres de deuxième génération (deux Advanced LIGO aux USA, un Advanced VIRGO en Italie et GEO-HF en Allemagne).

Regardez la vidéo Futura-Sciences "Ondes gravitationnelles : leur détection expliquée en une minute".

L’existence de ces ondes avait été prédite par Albert Einstein, dès 1916, dans le cadre de sa théorie de la relativité générale. Une intuition confirmée en 2015 par des chercheurs du LIGO qui détectèrent pour la première fois ces ondes gravitationnelles.

L’Europe a donc l’ambition de construire un site de recherches souterrain, équivalent en quelque sorte du Centre européen de physique des particules (CERN) de Genève. Dans ce cadre, le télescope Einstein constitue un projet d’infrastructure d’envergure (sa construction est évaluée à plus d’un milliard d’euros). Il s’agit de construire, à 300 m sous terre, trois tunnels formant un triangle de 10 km de côté. Six tubes à vide seront installés dans ces tunnels où circuleront des faisceaux lasers. Des miroirs de très haute précision et un système d’amortissement des vibrations compléteront le dispositif nourri par l’utilisation de techniques quantiques de pointe. (Source de cette explication : "Le télescope Einstein : un CERN en Eurégio ?", ULiège)

Pour comprendre les enjeux du télescope Einsteinregardez cette vidéo (2018).

The Einstein telescope project

Consultez ici l’article de l’ULiège "Le télescope Einstein : un " CERN " en Eurégio ?"

Plusieurs financements importants ont été obtenus récemment par le Laboratoire de Mécatronique de précision, dont une bourse ERC Consolidator, pour concevoir un isolateur innovant (le projet SILENT) permettant de virtuellement déconnecter le télescope Einstein des perturbations environnementales et atteindre la précision souhaitée pour effectuer de nombreuses mesures d’ondes gravitationnelles.

Consultez l’article de l’ULiège "Christophe Colette décroche un ERC Consolidator Grant pour son projet SILENT".

Pour davantage d’informations sur les recherches de Christophe Collette, consultez le site du Laboratoire de Mécatronique de précision.

 

En outre, Christophe Collette coordonne avec plusieurs collègues de l'ULiège le projet E-TEST. L'objectif de cet important projet (15 M€) est double : valider la technologie du télescope Einstein et développer un observatoire souterrain dans la région Euregio Meuse-Rhin

Pour davantage d'informations, cliquez sur https://www.etest-emr.eu.

Ce projet démontre qu'une grande communauté scientifique se développe autour du télescope Einstein, grâce à des financements européens et des gouvernements locaux dans les trois pays (Allemagne, Belgique et Pays-Bas).

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