La joie : être heureux sans être soumis aux événements extérieurs

"Être" en joie et non pas "faire" la joie
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On dit d’elle qu’elle est plus joyeuse que le bonheur. Spinoza ou Nietzsche disaient d’elle : "elle est essentielle". Elle, c’est la joie, une des émotions fondamentales de l’être humain.

La joie, c’est plus qu’une sensation, c’est une émotion très forte qui touche aussi bien notre corps que notre coeur et notre esprit. Elle indique que nous avons fait quelque chose, ou que nous avons été témoin de quelque chose de positif. Elle nous dit aussi que nous sommes sur la bonne voie.

Certaines joies peuvent donc être liées à notre environnement : nous pouvons être joyeux de la réussite d’un ami, d’avoir terminé un travail important et fastidieux. Il y a aussi une joie sans objet extérieur qui touche la globalité de notre être. Une joie qui pourrait s’apparenter à un contentement intérieur, comme la simple joie d’exister. Regardons les petits enfants qui peuvent être en joie sans raison. Cette joie-là ne dépend d'aucune circonstance et n’appartient à personne. Nous pouvons tous y avoir accès et la partager.

Comment la distinguer du plaisir et du bonheur ?

Par rapport au plaisir, la joie est plus profonde, plus vraie. Elle s’accompagne du sentiment d’être en phase, en plein accord avec notre être. Le plaisir nous fait du bien, il est essentiel mais il ne possède pas cette dimension universelle, véhiculée par la joie. Si on la compare avec le bonheur, on se rend compte qu’elle se distingue de la conception matérialiste du bonheur. De cette obsession de nos contemporains pour le plaisir ou le succès qui se nourrissent de comparaison sociale (mon bonheur dépend de l’image que j’ai du bonheur, souvent un prescrit social et de la comparaison avec les autres). 

La joie est davantage liée à des facteurs intrinsèques. À notre ouverture à la vie telle qu’elle est. Nous pouvons nous ouvrir à la joie même lorsque tout dans notre vie n’est pas tel que nous le souhaitons. 

"Être" en joie et non pas "faire" la joie

Nous pouvons nous connecter à ce sentiment par l’attention, l’ouverture aux autres et au monde, par la gratitude mais il semble également important d’être attentif à ce qui vient cacher, obscurcir la joie. Ce qui l’empêche de jaillir naturellement.

Le fait d’être orientés exclusivement vers l’extérieur, vers des valeurs extrinsèques (comme la réussite, le pouvoir ou la comparaison sociale) peuvent entraver la joie. Tout comme lorsque nous nous trouvons emprisonnés par le fait de "faire" continuellement, sans prendre le temps d’être (car il ne s’agit pas de "faire" la joie mais d’ "être" en joie). Un autre obstacle est la méconnaisse de nos émotions. Nous pouvons avoir une tendance à vouloir contrôler et fuir nos émotions désagréables, ce qui crée un contexte émotionnel de lutte et d’évitement qui n’est guère propice à la joie. Lorsque a contrario nous pouvons accepter et traverser nos émotions même les plus désagréables, nous avons aussi accès à la joie.

Ce que la joie intérieure à d’extraordinaire, c’est qu’elle n’est pas opposée aux tourments de la vie. Alors que les événements dramatiques éloignent le bonheur, la joie peut coexister avec les souffrances de la vie. Comme un arc-en-ciel au cœur des tempêtes.

Les Conseils d’Ilios

La cohérence de nos actions nous ouvre à la joie. Nous pouvons cultiver la joie de différentes manières : en étant plus attentifs et centrés sur ce qui est essentiel dans nos vies. En passant plus de temps avec ce qui est important (nos amis, la lecture, la nature). La joie de l’émerveillement peut se cultiver en étant présents et attentifs à la beauté de la vie et du monde : par exemple dans la nature, mais aussi dans l’admiration d’une œuvre d’art ou d’un comportement altruiste.

La joie peut aussi se cultiver par la gratitude et la célébration ; qui nous permet de reconnaître et célébrer les bienfaits de notre vie maintenant.  Nous pouvons entrer en contact avec la joie en savourant plus pleinement et intensément les petits bonheurs du quotidien. Cela peut se faire simplement en cultivant une plus grande attention à notre espace intérieur ou coule la source de la joie, par exemple par le contact avec l’instant présent ou la méditation.

Essayons de découvrir que le seul fait d’être en vie et avec les autres peut nous mettre dans la joie. Et donc que peu importe les événements de la vie, on arrivera toujours à se mettre en joie.

Ilios Kotsou est Docteur en psychologie et Maitre de Conférences à l'Université Libre de Bruxelles, il analyse chaque semaine un thème fondamental de nos vies quotidiennes. Retrouvez-le sur son blog, sur sa page Facebook et tous les dimanches dans Week-end Première.

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