La honte, un moyen de tenir les gens tranquilles

La honte, un moyen de tenir les gens tranquilles
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Il est de ces émotions que nous préférons ne pas vivre et dont nous n’aimons pas parler: la honte. 

La honte est liée à la gêne, à l’embarras: elle nous donne envie de disparaître aux yeux d’autrui (Christophe André) pour les petites hontes et cela va jusqu’à l’humiliation…

Elle se déclenche à chaque fois que l’on se retrouve en défaut par rapport à des règles sociales.

 

QUOI ?

Comme toutes les émotions, la honte a une fonction: elle nous sert à ne pas oublier que, pour avoir sa place dans un groupe humain (famille, amis, micro ou macro-sociétés), il y a des règles sociales à respecter. À petites doses, la honte peut m’empêcher des commettre des actes antisociaux: mentir, trahir, voler, … Ou, si je les ai commis, de récidiver. Comme la peur peut me rendre plus prudent(e) en me faisant anticiper les dangers, la honte peut me rendre plus conscient(e) en me faisant anticiper les rejets.

En résumé, la honte est liée au respect des normes sociales.

Exemples: je me balade tout(e) nu(e) chez moi et je me rends compte que je suis observé(e) ou je mange une crotte de mon nez et je suis surpris(e) au feu rouge, ou je me rends compte que j’ai passé ma journée la braguette ouverte ou avec un énorme morceau de persil entre les dents…

 La mécanique de la honte fonctionne par (la peur du) rejet social: si je ne corresponds pas à la norme je serai rejeté(e), exclu(e) du groupe…

La honte est un bon moyen de faire tenir les gens tranquilles. C’était la fonction du bonnet d’âne à l’enfant perturbateur ou du "pilori", le fait d’exposer un voleur en public, par la honte. L’humiliation du voleur, ou l’humiliation pour faire respecter les distances sociales.

 

POURQUOI ?

Mais toutes les émotions peuvent se dérégler. La peur peut se transformer en phobie. La honte, elle aussi, peut déraper. Nous ne disposons pas de nom spécifique pour désigner ces "maladies de la honte". La honte est toujours une honte de soi (c’est soi-même que l’on rejette) et la honte est une émotion visuelle (on se représente inlassablement la scène en imagination).

Si un peu de honte me permet de m’adapter et de respecter des normes (ce qui est bien utile pour vivre en groupe), une honte déréglée va me rendre sur-sensible au regard des autres… Quand elle est déréglée, elle est sans doute une des émotions les plus redoutables pour l’estime de soi et pour la paix (intérieure et collective). C’est une blessure de l’estime de soi.

La honte peut réduire notre vie et nos possibilités de nous exprimer :

Après une "grosse" honte, on peut en arriver à ne plus vouloir prendre le risque de parler, de danser, de donner son avis… Mais la honte peut aussi aller jusqu’à provoquer des comportements violents chez certaines personnes. Les offenses faites à l’estime de soi augmentent les risques d’agression chez tout le monde. Se sentir offensé(e) peut ainsi pousser à vouloir se venger. Comme nous nous sentons attaqué(e)s en "ce que nous sommes", elle ne pousse pas à l’empathie….  

 

COMMENT ?

Comme la honte a à voir avec les normes, elle est aussi liée aux tabous de notre société. On a souvent honte de parler ce qui nous fait honte, dans une sorte de cercle vicieux (comme c’est souvent le cas dans les situations de harcèlement ou de violences conjugales par exemple, sans parler des viols…).

Pouvoir en parler à quelqu'un de confiance, dans un cadre sécurisant, mettre en récit le problème auprès d’un soutien bienveillant et empathique, faire part de ses émotions et besoins à des témoins pour éviter les non dits… Rompre la solitude permet de "nettoyer soigneusement les plaies de la honte". Dans le cas de violences sexuelles, par exemple, porter plainte va permettre de faire changer la honte de camp. 

Il est possible de travailler sur soi pour mieux appréhender sa honte:

En s'exposant à la honte

Ces exercices d’exposition à la honte ne doivent procurer que des "petites" hontes: actes simples, sans réel enjeu, qui ne provoquent pas de tort ou de mise en danger pour autrui ou soi-même et qui entraînent une honte modérée

C’est s’exposer à enfreindre de petites normes sociales pour nous libérer de cette peur du rejet…

  •     Chanter à haute voix dans la rue
  •     Sortir habillés à la va vite
  •     Dire à voix haute le nom de chaque station/ arrêt dans les transports publics
  •     Danser dans un endroit improbable (gare, jardin public…)

En fait, l’idée d’être ridicule ou déplacé(e) est bien plus intense et pénible que le fait de l’être réellement !

 

Et on se rend compte que :

On a tendance à surévaluer (en faisant des suppositions souvent irrationnelles) les jugements négatifs des autres... Plus on prolonge et on répète les exercices pour dépasser la honte, plus la honte diminue. On réalise que les autres personnes prêtent bien peu attention à nous.

 

Affronter nos petites hontes et nos peurs du rejet nous fait donc gagner en liberté ! À toujours fuir, on ne peut jamais réaliser que l’on ne fuit que des fantômes de rejet social. – Christophe André

Mieux vaut s’accepter imparfait que ne pas s’accepter du tout, ou faire semblant d’être un.e autre que soi. – Christophe André

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