La hiérarchie, cause principale du harcèlement

La hiérarchie à la base du harcèlement
La hiérarchie à la base du harcèlement - © Tous droits réservés

Harcèlement au travail, à l’école, dans la rue. Un comportement de plus en plus dénoncé, et qui relève de l'agressivité. Seulement il s’agit d’un type d’agressivité bien spécifique, et parfois mal identifiée, les solutions apportées ne sont alors pas toujours adaptées. Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’Université de Mons, rappelle qu’il existe différents types d’agressivité et qu’elles ne sont pas toutes à la source du harcèlement, il faut éviter la confusion.

Selon Bruno Humbeeck, lorsqu’on interroge un phénomène on doit toujours questionner les racines animales, et voir en en quoi cela interroge l’animalité de l’homme et d’où cela provient sur le plan sociétal et on va voir qu'il existe des types de harcèlement qui vont changer en fonction des modèles de société. Il a relevé 4 grands types d'agressivité.

L’agressivité par irritabilité diffuse

C'est l’agressivité qu’on manifeste en tant qu’humain lorsqu’on est de mauvaise humeur. Par exemple lorsqu’on est coincé dans un grand magasin, à une caisse, on aura vite l’impression que la caissière fait exprès et si on va plus loin dans notre délire, on ira presque jusqu’à penser qu’elle fait exprès parce que c’est vous !

Dès qu’il y a de l’irritabilité, le cerveau humain va chercher à le diffuser sur quelqu’un, il va chercher quelqu’un sur lequel elle pourrait porter. Cette agressivité-là n’est pas liée au harcèlement, or elle est très souvent confondue avec celui-ci, avoir un mari ronchon ou une femme qui grogne en permanence ça ne fait pas un compagnon agréable mais ça n’en fait pas un harceleur pour autant. Comme le précise Bruno Humbeeck " un patron de mauvaise humeur c’est quelqu’un qu’il faudra aider pour gérer cette mauvaise humeur, ce n’est pas un harceleur parce qu’il ne dit pas bonjour ou qu’il est souvent grognon. "

 

L’agressivité qui vient de la peur

Tout le monde le sait si un animal est coupé de sa zone de confort, sans possibilité de fuite, il peut rapidement devenir agressif car il est coincé dans un contexte considéré pour lui anxiogène. Cela arrive par exemple dans le cas des restructurations dans une entreprise, des patrons qui sont aux abois, des employés coincés dans un changement qui les effraient et où il ne voit pas d’issue possible. Tout cela va générer de la crainte, de la peur qui peut se transformer en agressivité.

L’agressivité de prédation

Comme le précise Bruno Humbeeck, elle est très rare chez l’être humain car elle relève réellement du psychopathe. Il cite en exemple le cas d’Harvey Weinstein qu’on qualifie régulièrement de prédateur, or c’est un abus de langage très dangereux, ce n’est pas un prédateur, c’est un tyran sexuel, car il ne vise pas la mort et la consommation de sa victime ou son immobilisation

L’agressivité hiérarchique

C’est celle qu’on retrouve à la base de tous les comportements d’harcèlement. Cela signifie que spontanément, les personnes qui harcèlent sont des personnes qui vont vouloir gagner en puissance et ne pas pouvoir mettre de limite à leur puissance. D’après Bruno Humbeeck, on le voit quand ces gens ont énormément de puissance, la seule instance encore capable d’agir sur eux c’est la loi. C’est le cadre légal qui est le seul en mesure de les rattraper.

Cette forme d’agressivité hiérarchique est générée par les systèmes comme celui de l’entreprise, et de l’école et dans nos sociétés qui sont générées par le fait qu’on est dans des sociétés individualistes, compétitives. C’est le modèle social qui crée la forme d’harcèlement qui est celle notamment qu’on connait et qui s’est généralisée dans les écoles.

Aux bons maux, les bons remèdes

Comme le disait Albert Camus " Mal nommer les choses c’est ajouter à la violence du monde " et comme le souligne Bruno Humbeeck, lorsqu’on on parle de harcèlement dans des situations qui n'y correspondent pas alors on se trompe de remède et on fait alors pire que mieux.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK