La harpe du Gabon, l'image du corps et la littérature sauvage

Ce samedi 11 janvier 2020 ? Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ECLAIREURS : Rémy Jadinon, Docteur en Sciences sociales et Anthropologue au département Culture & Société de l’Africa Museum de Tervuren; Ariane Renel, Musicologue et Psychomotricienne à l’Institut Ilya Prigogine & Denis Saint-Amand,  Docteur en Langues et Lettres, Professeur et Chercheur qualifié FNRS à l’Université de Namur.

 

DIRECT : samedi 11 janvier 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 12 janvier 2020 à 23h10’

Remy Jadinon

Rémy Jadinon est Conservateur des collections musicologiques à l’Africa Museum de Tervuren. Il a été le scientifique de référence en musicologie pour la rénovation de la nouvelle exposition permanente de l’Africa Museum qui s’est ouverte en 2018.

Docteur en Sciences sociales, anthropologue de formation, Rémy Jadinon travaille, depuis  2011, au département Culture & Société de l’Africa Museum. Il y documente les collections musicologiques constituées de 9 mille instruments de musique et 37 mille archives sonores, issues majoritairement des anciennes colonies belges. Rémy Jadinon étudie les aspects contemporains des musiques dites traditionnelles via une approche à l’interface de l'anthropologie et de la musicologie. Il porte une attention particulière à l'utilisation des technologies numériques dans la circulation et la promotion de ces musiques.

 

Depuis 2015, il mène des recherches sur les processus de "festivalisation" et "d'électronisation" en République Démocratique du Congo et en Ouganda.

 

Consultez la vidéo sur la chaîne youtube de l’AfricaMuseum sur la 4ème édition du Festival MTN NYEGE NYEGE près de Jinja (Ouganda).

Consultez la vidéo de l’AfricaMuseum sur le Festival National Gungu de 2015 :

En 2017, il achève un doctorat en Sciences sociales à l'Université de Bruxelles (ULB) dans le cadre duquel il a mené des recherches sur la sécularisation des musiques religieuses grâce à la vulgarisation des répertoires de la harpe ngɔmbi dans les villages tsɔgɔ du district de Ngounié au Gabon.

Les populations tsogo représentent une minorité de la population du Gabon. Cependant, leurs musiques sont connues et jouées partout dans le pays.  Leur univers musical s’est notamment diffusé au niveau national au travers du rituel initiatique masculin de Bwete dont les Tsogo sont considérés comme les créateurs et qui est largement répandu au Gabon. Il s’agit d’un rituel dans lequel la harpe ngombi occupe un rôle central.

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harpe ngombi © Africa Museum
harpe ngombi © Africa Museum

Cette harpe arquée possède huit cordes accordées selon un système hexatonique de type " la-si-do-ré-mi-sol ". Elle accompagne les chants des cérémonies rituelles mais est aussi jouée en dehors de ces contextes hautement symboliques. On peut, par exemple, l’entendre lors de veillées, à la radio, dans les bars ou les dancings, ou encore sur différents supports d’enregistrement (CD, portables, etc.). En effet, les harpistes tsogo composent actuellement des chants populaires appelés " mayaya " en langue tsogo " tradimodernes ". Ce répertoire suscite de nouveaux enjeux pour ces musiciens qui investissent les salles de concert urbaines et les plateformes numériques d’échange.
 

Consultez le livret écrit par Rémy Jadinon accompagnant le CD " MASIMBA na ngombi -Musique pour harpe tsogo".

 

Regardez la vidéo de l’AfricaMuseum " The musical traditions of Mitsogho ":

Pour en savoir davantage sur les recherches de Rémy Jadinon, consultez les articles suivants:

- " Du bwiti en clips et en cassettes : la transnationalisation des musiques initiatiques du Gabon ", Civilisation, 2018/1(n°67).

- " Danse, possessions et génies : les sociétés thérapeutiques féminines d’Ombudi ", Studies in Social Sciences and Humanities, Vol 178

Ariane Renel

Ariane Renel est psychomotricienne et musicologue de formation. Elle travaille au Musée des instruments de musique dans le Service aux Publics. Par ailleurs, elle est engagée dans un projet de recherche - associant l'HELB et l'Hôpital Erasme- centré sur les aspects psychomoteurs de la sclérose en plaques

 

Sa première passion fut la musique. Après des études en musicologie, elle rejoint le Musée des instruments de musique, où elle contribue à rendre les instruments des collections, et la musique qui leur donne vie, accessibles à tous.

Le besoin d’élargir ses horizons professionnels la conduit ensuite à réaliser un bachelier en psychomotricité. Ces études lui permettent d’appréhender le corps dans ses multiples dimensions. Sa passion ? Le corps en mouvement, le corps expressif, le corps créateur, animé d’émotions, lieu de pensée, de mémoire et de relation. Le corps est en effet à la fois l’espace de notre intériorité, et ce lieu premier qui nous permet d’habiter le monde. Ariane Renel s’émerveille ainsi de découvrir la manière, singulière pour chacun d’entre nous, d’être son propre corps. Elle aime l’idée que prendre soin du corps de l’autre, c’est en réalité prendre soin d’un être humain dans sa globalité.

Son travail de fin d’études en psychomotricité a été consacré à la question de l’image du corps et de ses transformations, dans le contexte de la sclérose en plaques. L’image du corps est un concept central en psychomotricité. Sa construction s’élabore dans la première enfance, sur base des expériences sensorimotrices inscrites dans les interactions du bébé avec son environnement. Elle constitue la base de l’identité du sujet, et repose sur un étayage mutuel constant entre corps et psychisme. Ce phénomène d’étayage est celui de l’intégration psychomotrice, à l’œuvre tout au long de la vie. L’image du corps est ainsi en constant remaniement, au gré des modifications corporelles et de l’évolution psychique de l’individu.  Comprendre cette intégration psychomotrice dans le cadre de la sclérose en plaques était dès lors essentiel dans la mesure où cette maladie inflammatoire qui attaque le système nerveux cental s'accompagne de symptômes sensoriels, moteurs, psychiques et cognitifs, formant un tableau clinique propre à chaque patient.  Se focalisant ainsi sur l’image du corps et la perception de ses transformations dans le cas de la sclérose en plaques, Ariane Renel a pu mettre en évidence quelles pouvaient être les répercussions psychomotrices d’une pathologie neurologique évolutive. Un travail à l’issue duquel beaucoup de questions restaient néanmoins encore ouvertes…

C’est pourquoi, après ses études de psychomotricité, Ariane Renel rejoint le service de neurologie de l’hôpital Erasme, qui avait déjà soutenu son travail de fin d’études. Dans ce cadre, elle participe à un projet de recherche plus vaste, qui a pour objectif de répondre à certaines interrogations quant à la dimension psychomotrice de la sclérose en plaques.

Il s’agit notamment d’objectiver l'impact des troubles psychomoteurs sur la qualité de vie des patients (en termes sensori-moteur, psychique, cognitif, fatigue, satisfaction corporelle). Le projet part aussi du principe que la psychomotricité pourrait constituer un outil pertinent pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de sclérose en plaques et proposera, dans cette perspective, des séances de psychomotricité à 20 sujets répartis en 2 groupes, pendant 20 semaines par patient.

L’objectif principal de ces séances aura de soutenir le remaniement de l’image du corps et la dynamique psychomotrice chez les participants au projet. Ces séances auront aussi pour objectifs spécifiques d’apporter des bénéfices en termes de fatigue, de dépression, d’anxiété, de capacités fonctionnelles. Pour atteindre ces objectifs, le travail sera centré sur plusieurs paramètres psychomoteurs (régulation tonique, schéma corporel, ajustements posturaux et coordinations, expressivité motrice et dialogue tonico-émotionnel et structuration du corps dans l’espace et le temps). Plusieurs techniques psychocorporelles seront aussi utilisées (méthodes de relaxations, toucher-massage, eutonie, expressivité corporelle et danse-improvisation) afin d’offrir des séances ajustées aux besoins et aux possibilités motrices de chaque patient. Ariane Renel espère qu’une telle approche psychocorporelle aboutira pour ces patients atteints de sclérose en plaques à un meilleur investissement subjectif de leur corps en mouvement, source de bien-être physique et psychique.

 

Cette recherche est menée avec la collaboration de l’Institut Ilya Prigogine (HELB), où Ariane Renel enseigne auprès de futurs psychomotriciens. En outre, les séances de psychomotricité sont financées par les laboratoires Merck, actifs notamment dans la production de médicaments contre la sclérose en plaques.

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La harpe du Gabon, l'image du corps et la littérature sauvage © Libre de droits

Denis Saint-Amand

Denis Saint-Amand est Docteur en Langues et Lettres (ULiège), Professeur et Chercheur qualifié FNRS à l’Université de Namur.

Codirecteur de Parade sauvage - revue d’études rimbaldiennes - et de COnTEXTES - revue de sociologie de la littérature- il est attentif aux rouages de la vie littéraire (modes de sociabilités littéraires et représentations de celles-ci, rites et croyances, querelles, mises en scène d’auteurs, médiations et supports du fait littéraire), aux poétiques de la parodie et du détournement, aux œuvres marginales et aux productions collectives.

Avec Anthony Glinoer (Université de Sherbrooke), il a animé le Lexique Socius, dictionnaire rassemblant et explicitant les outils conceptuels utiles aux approches sociales du littéraire.

Ses recherches portent actuellement sur la " littérature sauvage ", c’est-à-dire les productions littéraires spontanées, artisanales, souvent éphémères et évoluant en dehors du marché du livre et sur la façon dont ces écritures " sauvages " s’énoncent collectivement. 

Dans le cadre de ce projet, il se focalise sur trois types d’objets : les recueils manuscrits (comme l’album zutique), les journaux et revues amateurs (comme les journaux des cercles étudiants ou les productions de la Résistance) et les graffitis, l’écriture murale (comme très récemment les tags des gilets jaunes). 

En étudiant la spécificité des supports sauvages investis et ses effets sur le texte, la façon dont ces écrits disent le collectif ou le devenir de ces littératures hors du livre, Denis Saint-Amand souhaite approfondir les connaissances en sociologie de la littérature en montrant que le littéraire déborde de l’objet livre. Il s’agit pour lui d’affiner les représentations de l’histoire de la littérature pour que celle-ci ne s’en tienne pas aux vainqueurs, mais aussi à ceux qui expérimentent dans les marges.

Pour en savoir davantage sur les recherches de Denis Saint-Amand,  regardez la vidéo FNRS :

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Denis Saint-Amand est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages et articles tels que : " La Littérature à l’ombre. Sociologie du Zutisme " (Classiques Garnier, 2012) – livre pour lequel il obtient en 2014 le prix des Amis de l’Université de Liège -, " Le Dictionnaire détourné " (PUR, 2013), " La Préface. Formes et enjeux d’un discours d’escorte " (dir. avec Marie-Pier Luneau – Classiques Garnier, 2016), " La Dynamique des groupes littéraires " (dir. – PULg, 2016) et " Le Style potache " (La Baconnière, 2019).

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