La guerre de Laure Naimski, une guerre en soi

La guerre de Laure Naimski, une guerre en soi
La guerre de Laure Naimski, une guerre en soi - © Tous droits réservés

"Mon fils est mort. Il avait 27 ans. Louise n'est plus que souffrance et colère, depuis que Paul, son unique enfant, est mort. Paul fuguait, régulièrement, pour aider ces hommes qui veulent traverser la mer et rejoindre l'île d'en face..." Voilà le décor du roman que nous propose Laure Naimski, "La Guerre en soi".

C'est un ouvrage qui parle de l'accueil citoyen, de celles et ceux qui hébergent les migrants. C’est un roman qui parle de ceux qui vivent au quotidien l’arrivée de ces migrants et leur installation provisoire ou permanente. A l’heure où les élans de solidarité se font rares et où la générosité est punie par la loi, que dire de ceux qui vivent mal cette arrivée de gens venus d’ailleurs et qui à l’instar de nos États, rejette la figure de l’étranger. C’est l’envers de cet accueil citoyen qui est mis en avant à travers le personnage d’une mère qui a perdu son fils.

Une immersion sur la terrain

L’auteure s’est rendue à Calais pour documenter son ouvrage, pour découvrir de plus près cette ville qu’elle voit comme un cul de sac, un peu comme un piège à migrants qui rêvent de traverser la mer. Elle nous livre une fiction poignante et réaliste qui tente de transcender la réalité de ces hommes et de ces femmes qui vivent dans ces villes " transitoires ".  " L’accueil citoyen des migrants reste un tabou en France alors que c’est un des grands enjeux du 21ème siècle. " confit-elle à François Heureux.

Comment va-t-on gérer cela sans être dans une déshumanisation profonde ? Peut-on réellement accueillir toute la misère du monde ? Quelle différence y a-t-il entre les citoyens qui décident d’accueillir des migrants chez eux et ceux qui leur ferment la porte et refusent des les voir dans leur ville. Autant de questions auxquelles il est parfois difficile de répondre, chacun étant dans son droit mais qui poussent à la réflexion.

Une histoire de famille

À travers cette trame, c’est aussi un roman qui parle du deuil, de la perte d'un enfant et de la reconstruction souvent impossible. Comment se sortir de la complaisance que nous procure parfois la tristesse d’une situation ? Comment ne pas noyer son chagrin dans l’alcool et s’y complaire ? Comment ne pas rejeter ceux que nous tenons responsables de notre malheur ? Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, l’écrivaine nous le montre avec un style d’écriture, incisif, des phrases courtes, parfois nominales et très percutantes.

Laure Naimski est journaliste pour la chaîne de télévision ARTE, elle travaille principalement pour des projets rédactionnels ayant trait à l’art et à la culture. Parallèlement, elle se consacre à l’écriture de fictions et pratique une activité régulière d’ateliers d’écriture. Elle s’intéresse aux questions de migrations, de deuil, de séparation, ainsi qu’à la transmission de la Shoah à travers les générations. La Guerre en soi est son deuxième roman paru aux éditions Belfond.

 

Écoutez ou réécoutez l’entièreté de l'interview de Laure Naimski face à François Heureux pour en savoir plus

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