La famille et l'école: laboratoires de la démocratie

La famille et l'école: laboratoires de la démocratie
La famille et l'école: laboratoires de la démocratie - © Tous droits réservés

Apprendre et surtout la préserver la démocratie ce n’est pas une évidence, encore moins lorsqu'on est enfant. Mais au plus tôt on commence, au mieux c'est. Dès le plus jeune âge, les enfants doivent y être sensibilisés au sein de leur famille, mais aussi et surtout à l'école. Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’Université de Mons revient sur les fondamentaux d'une démocratie solide à travers le regard des enfants.

La démocratie n'est pas forcément spontanée ni naturelle, comme le précise Bruno Humbeeck, les animaux ne sont pas démocrates. C’est quelque chose qui vient de notre éducation, notre culture et l’école en est un des piliers, c'est là que les enfants vont apprendre et vivre ses fondements essentiels. De nos jours ce il n’est effectivement pas inutile que la démocratie se "transmette" par des procédures éducatives, surtout que la démocratie a des formes différentes, et qu’elle est actuellement en péril avec le populisme et ses dérives, les démocraties autoritaires, mais aussi l'émocratie. 

L'importance du droit de parole et de son respect

La démocratie c’est pas la parole pour tous, c’est la parole pour chacun, la parole pour ceux qui en ont besoin.

 

Une de valeurs importantes que l'école peut prôner pour la démocratie c'est le respect de la parole selon Bruno Humbeeck. Quand donne la parole à quelqu’un, l'école doit protéger cette prise de parole, et faire en sorte que l'enfant ne regrette pas d’avoir parlé. Parce qu’un système qui ne protège pas ceux qui parlent, ceux qui sont faibles, ou considérés comme faibles dans le système et qui prennent la parole va les affaiblir d'autant plus et les décourager à exprimer leur opinion. C'est le rôle du professeur de jouer les modérateurs et de faire en sorte de protéger cette parole, ne pas être interrompu. Selon le psychopédagogue, dans les écoles quand la vraie démocratie s’installe c'est aussi quand on fait taire ceux qui parlent le plus.

 

Répartir le temps de parole et apprendre à s'exprimer

Concrètement il explique qu'il est prouvé que si vous mettez spontanément en place la parole, on le voit dès les maternelles avec un atelier langage par exemple : on aura 20% des enfants qui prennent 80 % du temps de parole. Résultat: en fin de maternelles ils ont acquis 1500 à 2000 mots, alors que les enfants de milieux moins favorisés, apprennent à se taire car ils sont moins familiarisés à la langue de l’école, et vont en apprendre 800.

L’école est un exemple étonnant de démocratie, et pourtant actuellement le professeur n’a plus une autorité naturelle, il va devoir installer son pouvoir, son influence, c’est d’ailleurs les caractéristiques de nos sociétés actuelles c’est qu’on doit installer son pouvoir, c’est par exemple l’enseignant qui va répartir le temps de parole.  

Or dès le départ, comme l'explique Bruno Humbeeck, on le voit, on doit lever son doigt pour prendre la parole, c’est une tentative de régulation et les enfants obéissent, ils lèvent leur doigt mais en parlant. Par exemple l’enseignant montre une image, l’enfant va lever son doigt et donner la réponse, certains vont alors apprendre à parler de plus en plus alors que d’autres vont apprendre à se taire, et vont s’éteindre en se taisant, le principe est dire à l’enseignant il y a des stratégies pour ça, il faut donner la parole, et donc on va apprendre et donner la parole à ceux qui vont la prendre moins spontanément.

Il faut donc apprendre à laisser s’exprimer la parole, aucune démocratie ne peut obliger l’écoute, par contre on peut laisser les gens s’exprimer jusqu’au bout.

Écouter l'autre

Bruno Humbeeck recommande aussi l’apprentissage de jeu de dames: "on laisse l’autre jouer, on regarde ce qu’il fait et puis on joue." Effectivement il y a beaucoup de gens qui sont déjà en train de penser à ce qu’ils vont dire au moment où l’autre est en train de parler, sans réellement écouter.

L'école doit être un lieu où on laisse l’autre s’exprimer jusqu’au bout, notamment par rapport au contenu émotionnel. L'école comme la famille c'est aussi le lieu de la démocratie émotionnel, on doit introduire des mécanismes émotionnels car toutes les émotions se valent et quel que ce soit l’espace d’où vous parler, votre émotion peut et doit pouvoir s’exprimer.

Mettre en avant son opinion, ne pas diriger avec ses émotions

L’émocratie est un terme souvent utilisé pour décrire la politique actuelle, Bruno Humbeeck l'explique comme le fait que c’est quand l’émotion va susciter une opinion. Comme c’est le cas avec Donald Trump et où l’émotion du dégoût des Américains a mené à son élection.

Le psychopédagogue explique que si l'on montre un enfant mort sur une plage et en arrière fond un bateau chargé de migrants, si je demande après à un ensemble de personnes qu’est ce qu’on fait avec les personnes qui sont dans le bateau, mais si après on laisse un temps de latence pour que l’émotion retombe et que l'on montre une autre photo, avec le même arrière-plan, et le même bateau chargé de migrants mais avec un terroriste devant, ces mêmes personnes vont changer d’opinion. C'est donc l’émotion qui va diriger, la colère et la tristesse et puis la peur.

La manipulation des émotions est bien plus dangereuse que celles des opinions, et ce qui met en danger la démocratie actuellement ce sont les réseaux sociaux qui permettent de réagir très vite avec des émotions, une émotion elle n’est ni vraie, ni fausse, ni juste, ni injuste, elle est tout simplement et donc les fake news. Il est donc capitale de bâtir, consolider les démocraties au travers des enfants et des écoles.

 

Réécoutez les explications de Bruno Humbeeck pour savoir et comprendre comment préserver la démocratie dans Tendances Première

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