"La dépendance au smartphone est un signe de souffrance"

Utiliser les médias sociaux représente l’une des activités les plus courantes chez les adolescents d’aujourd’hui. L’usage des écrans peut s’avérer positif sur certains aspects : possibilité de développer des habiletés sociales et d’améliorer la communication, opportunité d’apprentissage, accessibilité à l’information... De nombreux médecins tirent cependant la sonnette d’alarme : la dépendance aux écrans est dangereuse pour les jeunes. 

21% des jeunes seraient dépendants à divers degrés de leur smartphone.

"La question à se poser, c'est pourquoi ? Quelle est la souffrance, quelle est la fuite de la réalité, quel est le trouble de l'image de soi qui entraîne ce comportement ? Car une dépendance est toujours un signe clinique de souffrance", explique Marcel Rufo, pédopsychiatre, Professeur Emérite à l’Université Aix-Marseille. Il dirige, depuis 2016, une unité de soins pour adolescents, " le Passage ", situé à Marseille.
Il constate tous les jours que pour l'adolescent, les réseaux sociaux sont un moyen incroyable de contourner le discours parental, d'avoir accès à l'immédiateté. Le smartphone est une conquête d'ouverture au monde, de liaison, de sociabilité, mais de fermeture aussi, par son effet hypnotique. 


Les bienfaits de l'ennui

Pour Marcel Rufo, il ne faut pas oublier de développer l'ennui, qui permet la rêverie, la pensée, le recentrage sur soi, plutôt que la consommation, l'information, le présent. L'ennui est la plateforme qui permet d'anticiper une vision positive de son avenir. 

Pourtant, sans leur smartphone, beaucoup de jeunes s'ennuient, au grand dam des parents qui veulent que leur enfant soit heureux. L'ennui les angoisse, ils cherchent à occuper leur enfant à tout prix, ils l'aseptisent. "Or un enfant, ça a aussi des soucis, ça s'ennuie, ça a des craintes, c'est malheureux, ça peut même pleurer. (...) Je crois que les enfants sont plus heureux aujourd'hui qu'avant. C'est indiscutable. Les parents ont fait d'infinis progrès." 


L'appartenance au groupe

Entre 0 et 3 ans, beaucoup d'experts disent qu'il ne faut pas exposer les enfants aux écrans. "Il faut être un peu moins radical, un peu plus souple", dit Marcel Rufo. Beaucoup de parents observent que leur enfant n'évolue pas trop mal, même exposé parfois aux écrans. Il faut utiliser ces nouveaux moyens de communication comme on utilisait les moyens plus anciens, dans la répétition, la communication et le repérage de comportements.

Plus tard, le smartphone permet de s'identifier au groupe. Le fait d'empêcher son enfant de l'utiliser l'empêche aussi d'avoir accès à la tribu des jeunes, et l'enferme sous l'autorité des parents. On sait pourtant qu'apprendre quelque chose, c'est devenir propriétaire de ce qu'on veut apprendre. Les parents peuvent bien sûr accompagner leur enfant dans cet apprentissage, par exemple en jouant avec eux sur les écrans.

 

Une question de confiance

Les parents veulent que leur enfant ait un portable pour le surveiller et être toujours en communication avec eux, mais ils ne veulent pas qu'il s'en serve pour jouer.  Ils doivent essayer de lui faire confiance et en aucun cas ne chercher à être ami avec leur enfant sur Facebook. Facebook équivaut aux cahiers secrets d'antan et doit servir à communiquer avec ses amis. Les parents auront intérêt à favoriser d'autres types de partage : discussion, cinéma, balade,... même s'il est clair que certains, dans le cas de séparations par exemple, retrouvent une façon de communiquer avec leur enfant via internet. 

Pour éviter les disputes liées à l'utilisation d'internet, rien ne vaut un logiciel de contrôle parental. Certains permettent aux enfants de gérer eux-mêmes leur temps sur écran et d'ainsi limiter les conflits. Ce ne sont donc pas uniquement les parents qui décident, cela fait l'objet d'une négociation, d'une discussion, qui fait grandir chacun.

 

Découvrez-en plus avec le Professeur Marcel Rufo, ici

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