"La chanson de Pompon" : "Streets of Philadelphia" de Bruce Springsteen (1993)

En 1993, Bruce Springsteen compose et enregistre " Streets of Philadelphia " pour le film " Philadelphia" de Jonathan Demme.

 

Jonathan Demme, qui nous a quittés en avril dernier, avait déjà accédé à la renommée internationale deux ans avant "Philadelphia" grâce à son adaptation du " Silence des Agneaux " (1991), le pivot de la trilogie littéraire Hannibal Lecter signée Thomas Harris. Le film vaudra d’ailleurs un Oscar pour Anthony Hopkins et Jodie Foster.

Avec " Philadelphia ", c’est la première fois qu’Hollywood s’empare du SIDA. Un sujet dramatique mais encore largement tabou. C’est l’histoire d’un jeune avocat promis à un bel avenir qui travaille dans un des grands cabinets de la ville de Philadelphie. Homosexuel, il est licencié pour faute professionnelle. Il porte plainte persuadé que la vraie raison de son licenciement est sa séropositivité. Le procès se déroule face à un avocat noir et homophobe. L’avocat gagne et meurt. Le rôle est interprété par Tom Hanks qui décrochera ainsi son premier Oscar. L’avocat est, lui, interprété par Denzel Washington.

Le film s’inspire de deux faits réels issus du milieu juridique, dont un à Philadelphie. Mais le choix de cette ville par Jonathan Demme vient également du rêve qu’elle porte à sa naissance : un exemple de tolérance comme le souhaitait son fondateur William Penn.  

Le rôle du maire, interprété par Edward (Ed) Rendell, affirme devant caméra et journaliste son intention de blacklister le cabinet si le licenciement abusif est avéré. Tout ça sans aucun texte. Il improvise comme à son habitude apparemment. Une seule prise. Il y gagne un surnom, " EDDIE ONE TAKE ".

" Streets of Philadelphia " est un énorme succès et fini multi couronné. Bruce Springsteen rafle même le Golden Globe ET l’Oscar de la meilleure chanson originale. Mais elle aura aussi un immense retentissement mondial, indépendamment du succès du film quand le single sort début 94.

Et ce n’est pas tout. Aux Grammy Awards, elle remporte le prix de la chanson rock de l’année, de la meilleure performance vocale rock et de la meilleure chanson de film. À ceci s’ajoute le prix du meilleur clip d’une musique de film  au MTV Video Music Awards. Il avait été réalisé par le réalisateur de " Streets of Philadelphia " et son neveu Ted Demme. On y voit le chanteur déambuler dans les avenues désertes de la ville.

Mais que raconte cette fameuse chanson ? C’est un soliloque, le personnage parle de " son frère ".

I was bruised and battered, I couldn't tell what I felt
I was unrecognizable to myself
I saw my reflection in a window, I didn't know my own face
Oh brother are you gonna leave me wastin' away
On the Streets of Philadelphia

Tout cela aux dépens d’une autre grande chanson du film, " Philadelphia " de Neil Young qui se contente d’une nomination aux Oscars.

 

Au début des années 80, le fait d’être homosexuel est encore souvent caché. En ce qui concerne le sida, on ne parle pas encore de transmission par transfusion sanguine comme le fait Isaac Asimov en 1992. Les premiers décès sont ceux du chanteur allemand Klaus Nomi en 1983 et celui de l’acteur Rock Hudson en 1985.

La première chanson qui aborde le sujet est " Boy Blue " de Cyndi Lauper en 1986 alors qu’elle vient de perdre son meilleur ami.

La chanson " Gone too soon " de Michaël Jackson a été écrite dix ans plus tôt par Larry Grossman mais n’est dévoilée au grand public qu’en 1993. Aussi, en 1989, Lou Reed parle du fléau qu’est la maladie dans " Halloween parade " sur l’album " New York ".

Les décès de personnalités connues se multiplient,  Michel Foucault en 84, Thierry Le Luron 86, le chanteur disco Sylvester en 88, Freddie Mercury en novembre 1991. C’est précisément cette disparition qui provoque une grosse vague de création : " The last song " d’Elton John en 1992, suivi de Suzanne Vega et de " Blood makes noise " et aussi " Do you really want to know " de George Michael en 92. Enfin et surtout, " The show must go on " le 14 octobre 1991 sur l’album " Innuendo " alors que Freddie Mercury se savait déjà malade.

Écoutez " Streets of Philadelphia " de Bruce Springsteen (1993) :

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