La césarienne est-elle l'inévitable conséquence de l'évolution humaine ?

La césarienne, ce dilemme obstétrical
La césarienne, ce dilemme obstétrical - © Pixabay

Le dilemme obstétrical, c’est une expression apparue dans les années 60. Elle avance qu’avec l’évolution de l’être l’humain, la femme moderne aurait un bassin trop petit pour accoucher naturellement et aurait donc besoin d’une césarienne. Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala Naissance, remet les choses en perspective.

C’est l’anthropologue américain SL Washburn qui a proposé ce terme de 'dilemme obstétrical', dans les années 60. Il évoquait par là que, forcément, le bassin de la femme a évolué avec la bipédie, que l’encéphale de l’humain a évolué avec l’encéphalisation, c’est-à-dire le développement de l’intelligence humaine, et donc l’augmentation du volume de la tête du bébé.

Il voulait juste parler d’adaptation, mais on a abondamment interprété cette notion, principalement en affirmant que le bassin de la femme moderne n’est plus capable de faire passer le bébé.


Le bassin de la femme s’adapte

Or, les scientifiques ont comparé les bassins de femmes australopithèques, d’homo erectus, d’homo sapiens et de femmes modernes, et ils ont constaté qu’au fil du temps, le bassin s’est adapté à la bipédie permanente, et cela dans toutes les populations.

La forme de notre cavité pelvienne est un résultat génétique mais dépend aussi de notre alimentation. On sait qu’au 19e s, les femmes sous-alimentées avaient des bassins moins flexibles, moins développés.

Le manque d’activité physique va aussi influencer sa flexibilité. Il n’y a donc pas que la partie osseuse qui joue, mais tous ces tissus mous qui sont sensibles au stress ou aux tensions. Le dilemme obstétrical se focalise cependant sur les parties osseuses, qui seraient trop petites pour la grosse tête du bébé.

La cavité pelvienne ne dépend pas de nos mesures extérieures, rappelle Aline Schoentjes. Ce n’est donc pas parce qu’on a de bonnes hanches qu’on pourra accoucher plus facilement.

 

L’adaptation à l’encéphalisation

La grosse tête du bébé pose aussi question. L’augmentation du volume du cerveau, et donc de la boîte crânienne, est apparue il y a environ 2 millions d’années, avec l’utilisation de l’outil.

Mais la nature s’est adaptée. Les bébés ont commencé à naître plus tôt et on observe aussi un ralentissement de la croissance du bébé quelques semaines avant la naissance, de sorte que la tête ne grossit pas trop. C’est après la naissance que la croissance du cerveau du bébé humain se fera, il doublera de volume en un an.

Les bébés humains ne sont donc pas énormes en taille ; en réalité, dans la nature, on est tout à fait adapté à mettre nos bébés au monde naturellement. Proportionnellement, les bébés humains pèsent moins lourd par rapport à un adulte moyen que chez nos cousins les singes.


Alors pourquoi tant de césariennes ?

La nature a donc adapté la femme et son bassin, le bébé et son cerveau, pour que tout fonctionne bien. Or, on entend encore beaucoup la nécessité de césarienne, surtout dans certains pays comme le Brésil, avec 50% de césariennes. Chez nous, on est à 20-30% dans certains hôpitaux, alors qu’on devrait tourner autour de 15-20%, précise Aline Schoentjes.

On se pose la question de ces disproportions foeto-pelviennes, mais on passe trop souvent sous silence le rôle de divers facteurs relatifs aux tissus mous. Il faut savoir que le bassin de la femme devient de plus en plus mobile au fur et à mesure de la grossesse, et en fin de grossesse, la relaxine le rend tout mou, pour pouvoir mieux bouger. Le sacrum peut ainsi reculer de 2 à 3 centimètres pour faire passer le bébé. Sauf que quand on est couchée sur le dos, il n’y a pas la place pour que cela bouge…

La position des jambes influence l’ouverture du bassin, la sédentarité influence sa mobilité. Dans certains pays, la malnutrition, les mariages précoces, les mutilations génitales, le manque de suivi prénatal, mais aussi les éléments psychologiques comme la peur, le stress, les violences institutionnelles, jouent un rôle certain. Tout cela a une influence sur le bon fonctionnement et le lâcher prise lors de l’accouchement.

On sait que l’accouchement est une situation à risque. Mais le bassin n’est pas plus mal adapté que ne l’est le système digestif ou respiratoire. Il faut donc envisager d’autres facteurs et d’autres pratiques, qui sont plutôt d’ordre social et culturel, que réellement biologiques. L’Angleterre préconise par exemple d’accoucher sur le côté.

Dans 80% des cas, la femme est donc faite pour accoucher de son bébé de façon physiologique, pour autant qu’on la laisse bouger et qu’on l’accompagne bien.

"Le paramètre osseux est quand même vraiment très limité", regrette Aline Schoentjes. Heureusement, les choses changent, le nombre de césariennes diminue, surtout dans les hôpitaux plus progressistes.

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