La bulle de Schovanec : "Une place pour un système cognitif différent dans le gouvernement britannique avec Jacob Rees-Mogg"

Il faut bien se l’avouer, beaucoup d’hommes politiques anglais actuels mériteraient plus leur place dans une émission de téléréalité qu’au parlement. Il y en a pourtant un qui détonne : Jacob Rees-Mogg, depuis peu l’un des hommes aux commandes du pays, numéro deux du gouvernement.

Rees-Mogg est peu connu hors du Royaume-Uni. Et pour cause : il incarne, jusqu’à la caricature, le flegme britannique dans ce qu’il a de plus suranné. Depuis sa tenue vestimentaire sortie tout droit du 19e siècle jusqu’à sa façon de parler, sans jamais hausser le ton, avec un vocabulaire désuet, mille citations de mémoire et une grammaire d’une haute complexité, on croirait plus à un ministre de la reine Victoria que de la reine Elisabeth.

Sa première mesure à son arrivée au pouvoir ? D’avoir publié un guide, qui a beaucoup fait jaser, du bon usage de la langue anglaise, avec une liste de mots prohibés ou fortement déconseillés.

Ainsi, le mot "very" est désormais interdit dans son service. Ou encore l’usage trop fréquent du pronom "I". Plus curieusement, il a également horreur des mots dont le sens a varié au cours des âges, comme "hopefully", auquel il substitue la tournure archaïque qui fait éclater de rire les anglophones "it is to be hoped". Bien entendu, l’usage des unités de mesure métriques est lui aussi interdit – il convient de faire usage du système impérial.

Alors, à quoi joue ce singulier personnage ? Est-il juste politiquement conservateur à l’extrême ? Peut-être.

Je lui trouve en tout cas nombre de traits autistiques, depuis son regard fixe jusqu’à son attachement aux routines. Peut-être pas assez pour un diagnostic complet d’autisme, certes.

Nous en venons au pot aux roses. La vie politique britannique tourne autour d’un livre peu connu, une très épaisse et savante compilation de récits parlementaires, qui grouille de détails inutiles sur des centaines de pages, le "Erskine May", du nom d’un bibliothécaire excentrique du 19e siècle qui avait consacré sa vie à cette compilation. Un délice d’autiste. D’ailleurs, je suis convaincu qu’Erskine May était membre de notre petit club.

Là où je voulais en venir : notre bonhomme, Rees-Mogg semble amateur fou du savant ouvrage d’Erskine May, en parle souvent et aime à le lire en boucle.

Peu importe ce que l’on pense politiquement du personnage.

Ce qui me rassure, c’est que, même à notre époque d’une politique trumpesque à grand spectacle, même au pays des tabloïds, il y ait encore une place pour des responsables publics ayant un système cognitif différent.

Et ce qui m’inquiète, c’est de songer au déroulement d’une possible rencontre future entre Trump et Rees-Mogg. Ce serait l’un des meilleurs sketchs de notre époque.

 

 

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