La bulle de Josef Schovanec : vivons heureux, vivons cachés ?

La bulle de Josef Schovanec : vivons heureux, vivons cachés ?
La bulle de Josef Schovanec : vivons heureux, vivons cachés ? - © Tous droits réservés

Au Cameroun, il y a les acteurs politiques que l’on connaît bien, le président par exemple, et ceux auxquels tout le monde pense, sans les voir. Il s’agit de l’ethnie Baka, plus couramment appelée les Pygmées.

Dans l’imaginaire colonial, les Pygmées sont des êtres de petite taille pas à la pointe de la technologie, du moins selon les clichés racistes. Au Cameroun au contraire, les Pygmées font l’objet d’un très grand respect : on les appelle le plus vieux peuple de la Terre, on loue leur sagesse, sur laquelle d’ailleurs mon ami le grand érudit Gaston-Paul Effa a beaucoup écrit, la comparant à celle des pères fondateurs de la philosophie occidentale.

Mais on ne les voit pas trop : ils habitent dans la forêt profonde de l’Est, rares sont ceux qui y ont mis les pieds. Il y a aussi quelques villages pygmées isolés dans le reste du pays, mais on ne sait pas trop ce qui s’y passe. Diverses histoires sur les trésors secrets des Pygmées circulent.

Alors, les Pygmées, une peuplade arriérée qu’il faudrait déplacer dans les grandes villes pour la normaliser ? Non, c’est tout le contraire.

 

A y réfléchir, je trouve qu’il y a une vraie sagesse politique chez les Pygmées : savoir se tenir à l’écart des ennuis, être là sans être vraiment là, voilà sans doute la clef de la vie heureuse dans le monde troublé qui est le nôtre.

 

Après tout, les contrées dont on ne parle jamais dans les médias du monde pourraient bien être les plus heureuses.

Au cours de mes voyages, j’ai observé avec un grand intérêt l’attitude des petites minorités qui parviennent à rester à l’écart des déflagrations et massacres, par exemple les Druzes, cette minorité ethnico-religieuse entre Israël, Syrie et Liban qui devrait être la première victime des guerres incessantes et particulièrement cruelles ; or, par un jeu des plus adroits et une discrétion à toute épreuve, les Druzes parviennent non seulement à survivre, mais atteignent souvent une meilleure qualité de vie que leurs voisins belligérants.

Il est très impressionnant de rentrer dans une maison druze : à un jet de pierre à peine des barbelés militaires et des bombardements, la sérénité d’une demeure parfaitement équipée et des plus confortables.

On pourrait multiplier les exemples, mais c’est la leçon de sagesse qui compte.

Le vrai vainqueur n’est que rarement le plus gros, le plus bruyant et le plus agressif. Au contraire, être différent et discret pourrait bien être le meilleur gage d’une vie de qualité.

En somme, quand on utilise l’expression devenue un slogan de " minorité discriminée ", on oublie de dire que cela peut également être une vraie bénédiction. Avec les mots devenus immortels du fabuliste Jean-Pierre Claris de Florian dans sa fable le Grillon :

 

" Il en coûte trop cher pour briller dans le monde – Combien je vais aimer ma retraite profonde – Pour vivre heureux, vivons cachés ".

 

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