La bulle de Josef Schovanec : "les gens veulent un roi qui fasse usage de son fouet"

La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit
La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit - © Tous droits réservés

Traditionnellement, les civilisations reposaient sur des histoires partagées par l’ensemble des gens, et qui leur permettaient de réfléchir et d’avoir une vie intellectuelle. L’une de ces histoires que tout le monde connaissait il y a encore quelques décennies est celle de Gédéon, à qui on avait demandé de devenir le roi d’Israël, et qui refusa. Il y a une histoire similaire au premier livre de Samuel, où le peuple, à nouveau, réclame un roi, pour être comme les autres peuples, malgré les avertissements que le roi ne manquerait pas d’asservir le pays.

L’arrivée au pouvoir d’Alexander De Croo relève, bien sûr, d’un tout autre contexte. Toutefois, la question demeure : après tant de centaines de jours sans gouvernement, et face aux récriminations quasi unanimes, face à la volonté d’avoir un maître suprême comme les autres peuples, la joie n’a duré que quelques heures à peine.

Une fois assis sur le trône, le nouveau maître du pays n’a pas manqué d’annoncer des restrictions et des périodes sombres, en contraste total avec le message de l’équipe Wilmès sortante.

Le plus curieux est toutefois à venir : la dureté de l’approche d’Alexander De Croo a été saluée par toute la presse. La nature humaine, du moins celle des gens dits normaux, il y a trois mille ans comme aujourd’hui, est bien curieuse : les gens veulent un roi qui fasse usage de son fouet.

L’erreur fondamentale de S. Wilmès qui lui a coûté son poste avait été de croire que les gens voulaient la liberté ou un certain confort de vie.

C’est un climat de terreur mentale, une surenchère incessante de coups de fouet qui assure votre popularité.

Il y a quelques années, je m’étais retrouvé en Russie en pleine campagne électorale. Les affiches de Poutine, omniprésentes sur les murs, ne portaient que deux mots : " (un) leader fort ". Ce slogan n’avait pas été choisi par hasard. On aurait tort de se moquer de la Russie et de Poutine : les Russes ne sont guère différents de nous ; je dirais même que les Russes sont, politiquement, bien plus avisés que les Occidentaux.

Un politicien fort intelligent, bien qu’il joue l’idiot justement pour avoir du succès, à savoir Boris Johnson, a parfaitement compris ces sombres recoins de l’âme humaine. Il y a quelques jours, il a annoncé, dans un discours, qu’il n’y aurait jamais de retour à la normale. Que les restrictions dues au virus n’avaient pas vocation à être levées un jour. Non, cette position n’est pas due à un quelconque complot, reptilien ou autre.

Simplement, Boris Johnson a compris que c’était ce que le peuple voulait et ce qui allait le rendre populaire.

Si d’aventure dans quinze ou vingt ans le Covid disparaît, il faudra maintenir les confinements en place, en tant que geste pour la planète, en tant qu’outil pour ne plus mettre l’économie au premier plan des priorités, ou tout simplement par respect pour les victimes passées du virus. 

En vérité, car nous avons besoin d’un maître absolu régissant chacun de nos gestes au quotidien, un chef que l’on sollicitera par exemple, comme désormais à Genève, via un site internet pour avoir la permission d’inviter une personne à la maison. Ensuite seulement, une fois le permis en main, on se sent bien.

Une erreur commune serait de croire qu’en Europe de l’Est les régimes communistes se soient mis en place du fait d’un dictateur cruel. C’est faux : c’étaient les peuples eux-mêmes qui avaient réclamé des mesures toujours plus strictes. En particulier contre la jeunesse décadente et fêtarde, imbibée d’alcool et d’américanisme.

En fait, j’oubliais : dans le livre de Samuel, il était aussi dit que le futur roi allait d’abord s’attaquer à la jeunesse en premier. En vérité, en trois mille ans, l’humanité n’a que peu changé.

 

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