La blockchain, le patient chronique et le doute de l'architecte

Fabienne Vande Meerssche
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Fabienne Vande Meerssche - © Tous droits réservés

Ce samedi 8 juin 2019, Fabienne Vande Meerssche (@FVandeMeerssche)  reçoit dans Les Eclaireurs : Marie Dauvrin, infirmière en santé communautaire et docteure en santé publique, chargée de recherches au Parnasse-ISEI - Haute Ecole Léonard de Vinci ; Jean-Claude Englebert, primé aux récents Hera Awards pour son mémoire de master en sciences et gestion de l’environnement à l’IGEAT (Institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire, ULB et Alain Richard, architecte (Atelier Alain Richard), membre de la Classe des Arts de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique

 

DIFFUSION : samedi 8 juin 2019 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 9 juin 2019 à 23h10’

Marie Dauvrin

Marie Dauvrin est infirmière en santé communautaire et docteure en santé publique, chargée de recherches au Parnasse-ISEI, Haute Ecole Léonard de Vinci.

Après ses études d’infirmière en santé communautaire, Marie Dauvrin commence à exercer en maison médicale à Bruxelles avant de rejoindre l’UCLouvain pour y faire une thèse de doctorat en santé publique, qu’elle défend en 2013. Elle y réalise ensuite un post-doctorat, pour lequel elle effectue un court séjour à l’Université de Montréal. Depuis 2014, elle enseigne : d’abord à l’UCLouvain, et puis au Parnasse-ISEI, Haute Léonard de Vinci. En 2016, elle est engagée – à temps partiel - par le Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé comme experte Health Service Research. En 2018, Marie Dauvrin commence à travailler – toujours à temps partiel- comme chargée de recherches pour le Parnasse-ISEI, Haute Léonard de Vinci, dans le cadre du projet Participate Brussels. En parallèle à ses recherches, Marie Dauvrin conserve son activité d’enseignement et, pour maintenir le contact avec le terrain, exerce comme infirmière bénévole à la Croix-Rouge de Belgique depuis 2011.

Les recherches de Marie Dauvrin s’inscrivent dans le champ de la promotion de la santé, plus particulièrement de la lutte contre les inégalités sociales de santé. La chercheure s’intéresse à l’accès et à la qualité des soins pour les publics précarisés. Dans sa thèse mais également dans d’autres projets - le projet EUGATE, ETHEALTH (recommandations pour des soins interculturels), ou encore SH-CAPAC - elle a beaucoup travaillé, et travaille encore, sur les questions de santé et migration. Elle s’intéresse ainsi à l’accès aux soins pour les sans-papiers en Belgique ou encore aux soins de santé pour les demandeurs d’asile, en se concentrant sur les aspects institutionnels et politiques de ces questions.

Aujourd’hui, Marie Dauvrin poursuit ses recherches via le projet Participate Brussels qui s’intéresse, dans le contexte de la région de Bruxelles-Capitale,  à la personnalisation des soins pour les personnes vivant avec une maladie chronique. Ce projet de 3 ans, débuté en février 2018, est financé par INNOVIRIS, et porté par le Parnasse-ISEI, Haute Ecole Léonard de Vinci, et l’Institut de recherche Santé et société de l’UCLouvain.

Ce projet part du constat que l’adhésion au traitement des patients est essentiellement mesurée au regard de traitements prescrits et non pas en regard de ce que les personnes mettent en place elles-mêmes pour mieux vivre avec leur maladie chronique. Or, les acteurs de la communauté scientifique s’accordent théoriquement sur l’idée que les plans de soins personnalisés -dans lesquels patients et proches sont directement impliqués - contribuent à de meilleurs résultats de santé. Dans la pratique, cependant, les conditions d’élaboration et de mise en œuvre effective de ces plans de soins personnalisés n’ont été que faiblement étudiées à ce jour. Dans le contexte de transition épidémiologique et de vieillissement des populations, il est néanmoins primordial d’assurer un accompagnement de qualité des patients chroniques.

L’objectif principal du projet est donc de parvenir à la co-construction et la validation d’un modèle d’intervention amenant les professionnels à s’engager dans des processus de délibération et de décision partagée avec leurs patients, afin de mettre en place des plans de soins personnalisés qui associent les patients à la définition de leurs objectifs prioritaires de santé et à la définition de stratégies personnelles pour atteindre ces objectifs.

La démarche méthodologique du projet Participate Brussels repose sur une approche collaborative dans laquelle patients, proches et professionnels de la santé sont considérés comme des partenaires de réflexion. Un consortium de parrains issus du terrain bruxellois accompagne également l’équipe de recherche.

Jean-Claude Englebert

Primé pour le HERA Award Sustainable IT 2019

Jean-Claude Englebert a commencé son parcours professionnel dans le secteur privé essentiellement comme cadre dans le domaine des modèles mathématiques appliqués à la finance. Parallèlement à cette activité, il s’est ensuite impliqué politiquement et a exercé divers mandats, dont celui d’échevin à la commune de Forest jusqu’en décembre 2018. Il reste aujourd’hui consultant à temps partiel dans le domaine des modèles mathématiques appliqués à la finance et se consacre, de manière indépendante en attente de financement d’une thèse de doctorat, aux recherches sur les relations entre l’écologie et la technologie.

Jean Claude Englebert a terminé en juin 2018 son master en sciences et gestion de l’environnement à l’IGEAT (Institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire, ULB). Son travail, primé par un Hera Award Sustainable IT  en mai 2019, porte sur les applications et implications environnementale de  la technologie blockchain. La Blockchain est une technologie numérique de stockage et de transmission d’informations dont la particularité est de reposer sur un modèle sécurisé,  transparent et dénué d’autorité centrale.  Elle sous-tend la mise en œuvre de cryptomonnaies, comme le Bitcoin. Le travail de Jean-Claude Englebert consiste en une approche exploratoire d’évaluation environnementale de cette technologie comme possible vecteur de démocratisation de la Transition.

Sur le plan méthodologique, après avoir proposé une catégorisation des applications blockchain existantes, il a analysé leur spécificité en matière de résolution de problématiques liées à l’environnement. Posant la question de la pertinence des applications environnementales de la blockchain, il leur a appliqué une grille d’analyse portant sur la consommation de ressources, la consommation énergétique, le mode de gouvernance, etc.

Jean Claude Englebert a évalué le coût environnemental (essentiellement en termes de consommation énergétique) des blockchains Bitcoin et Ethereum. Son travail s’ancre dans une perspective éthique et politique. Il aborde en effet, dans le contexte de l’Anthropocène, la question de la modification des relations entre l’homme et l’environnement induite par la blockchain et les risques qu’elle présente.

 

Pour regarder la vidéo Hera Award Sustaineable IT 2019 au sujet de la recherche de Jean-Claude Englebert, cliquez sur la vidéo ici :

Alain Richard

Alain Richard est diplômé de l’Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc à Liège. Au début de son parcours professionnel, il a exercé en tant qu’architecte, mais aussi scénographe, designer graphique et illustrateur. Il a enseigné à l’ISA Saint Luc ainsi qu’à la Faculté d’Architecture de l’ULiège. Alain Richard se consacre aujourd’hui pour l’essentiel à l’atelier d’architecture qui porte son nom et dont l’activité se déploie dans de nombreux projets : logements, bureaux, espaces publics. Notons parmi d’autres la rénovation du Pathé Palace à Bruxelles.  Il est membre de la Classe des Arts de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique.

En 2018 l’architecte vient d’achever la rénovation du cinéma Pathé Palace à Bruxelles, créé par Paul Hamesse – architecte de la Maison communale de Saint-Gilles. Homme de savoir-faire, Alains Richard accorde aussi beaucoup d’importance à développer un regard critique et réflexif sur l’architecture et sa pratique contemporaine.

Alain Richard envisage le métier d’architecte comme un service consistant à la fabrique d’espaces utiles au développement humain, à la vie des hommes. Une pratique au centre de laquelle il pose le doute comme concept clé au travers duquel il invite à réfléchir l’architecture et sa pratique. Une profession qui doit trouver sa place dans le cadre d’une société qui impose des règles de plus en plus contre-productives.

Ainsi souligne-t-il l’impératif pour les acteurs de l’architecture de devenir conscients et critiques à l’égard d’une quête du bien-être toujours plus sophistiqué, entrainant la mise en œuvre de travaux toujours plus complexes qui à leur tour engendre une consommation déraisonnable de moyens, biens et matériaux. Alain Richard estime qu’en tant qu’architecte, il faut douter au moins à deux niveaux : sur le plan de la hiérarchie des actions à accomplir d’une part ; et sur la nature de l’objectif à atteindre d’autre part. Il faut donc, à ce titre, réinterroger la notion de confort. Ainsi, il se demande : qu’est-ce que le confort ? Une hiérarchie de l’essentiel ? Être bien assis, Avoir l’esprit en paix, parce que toutes les normes sont respectées…etc.  

Pour Alain Richard, la pertinence des projets architecturaux s’avère trop souvent douteuse, non par le manque de compétence des intervenants, mais par manque de définition des critères de jugements et de choix – " architecture intégrée, remarquable, créative, originale " - sur lesquels s’appuient les marchés publics d’architecture lors des concours pour sélectionner un projet. En outre, Alain Richard relève trois lacunes dans la gestion et l’élaboration des projets architecturaux :  le manque d’implication des maîtres d’ouvrages dans leurs propres projets, le manque d’intérêt de ces derniers pour la question de l’architecture et enfin, le manque de pertinence dans la manière dont ceux-ci instruisent les dossiers en amont pour les architectes candidats (trop peu d’informations transmises quant au budget, état technique, sanitaire ou géologique de la situation existante).

Alain Richard attire aussi l’attention sur la tension qu’il existe au cœur de l’architecture contemporaine dont l’enjeu essentiel consiste à se montrer innovante tout en respectant des normes en termes d’infrastructure qui restent, quant à elles, figées.  En effet, il souligne le paradoxe selon lequel les Pouvoirs publics souhaitent aménager l’espace de la ville de façon à changer les attitudes, mentalités et comportements non-durables des citoyens tout en s’obstinant à maintenir par ailleurs des normes contreproductives constituant un véritable obstacle à tout projet d’architecture innovant. 

Ces réflexions sont largement inspirées ou directement issues des chroniques de Alain Richard en 2014 dans la revue d’architecture A+.

Pour en savoir plus sur le travail architectural de Alain Richard, consultez le site de son atelier

Consultez le hors-série " Susciter l’architecture " (octobre 2018) de la revue Dérivations dans laquelle Alain Richard a également publié un texte.

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