"La Belgique est atteinte d'une forme inédite de burn-out constitutionnel"

Un mal curieux est en train de frapper l’avenir institutionnel de la Belgique. La Belgique serait atteinte d’une forme inédite de burn-out constitutionnel. C’est l’œil d’Anne-Emmanuelle Bourgaux.

Extérieurement, en Belgique depuis le 26 mai dernier, tout fonctionne plutôt bien. En un été, déjà 6 gouvernements sont formés sur 8. Rappelez-vous, deux jours (!) après les élections, la Communauté germanophone annonce son gouvernement. Et de un ! A la mi-juillet, c’est au tour de la Région bruxelloise, ce qui – on l’oublie souvent – nous fait un coup triple. Dans la clarté médiatique, le gouvernement régional bruxellois. Dans son ombre, le Collège COCOF. Dans l’ombre de l’ombre, le Collège réuni COCOM. Cela fait donc 1 gouvernement pour les Germanophones et 3 pour les Bruxellois. Pour la Belgique, cela fait 4 sur 8. Et enfin, la semaine dernière, coup double : le gouvernement wallon s’impose, superbe et triomphant, avec à ses pieds le gouvernement de Communauté française. Cela fait 6 sur 8.

Mais du côté du gouvernement fédéral, on ne peut pas dire que cela s’agite…

Vous avez raison bien sûr : cela ne s’agite pas. Cela court et même, cela s’encourt. En affaires courantes et vers des cieux européens plus radieux. Kris Peeters vers le Parlement européen. Charles Michel vers le Conseil européen. Didier Reynders vers la Commission européenne. Cela s’agite beaucoup au niveau du gouvernement fédéral : cela s’agite pour en sortir.

Le burn-out, c’est l’inverse de l’agitation, non ?

Le burn-out, c’est l’agitation qui annonce la capitulation. Depuis 2010, nous sommes incapables de former un gouvernement fédéral représentatif des deux côtés de la frontière linguistique.

En 2010-2014 : le gouvernement est légèrement minoritaire du côté néerlandophone. En 2014-2019, c’est du côté francophone que la représentativité s’écroule. Bien sûr, la Constitution n’impose pas que le gouvernement fédéral recueille l’adhésion d’une majorité dans chaque groupe linguistique.

Mais avons-nous regardé droit dans les yeux cette incapacité chronique de nous acoquiner ? Cette impossibilité de contenter Monsieur et Madame sur un projet de couple commun ? La Belgique est épuisée par des réformes de l’Etat remises en cause à peine l’encre séchée.

La Belgique est stressée par des crises à répétition. La Belgique ne réussit ni à sauver son modèle constitutionnel, ni à le transformer. Bref, la Belgique est en burn-out constitutionnel.

Comment faire pour en sortir ?

Tous les docteurs vous le diront. La guérison passe par l’acceptation et par le temps. Pas par le déni ni par la précipitation.

A défaut, c’est l’effondrement qui guette. Bien sûr, nous pouvons continuer à éviter le débat : que veut-on encore faire ensemble en Belgique ? A quel prix ? Selon quel modèle démocratique ?

Mais à chaque élection, c’est pire. Aujourd’hui, les nationalistes flamands N-VA et VB comptent 42 (24+18) sièges à la Chambre sur 89 (donc presque la majorité du côté néerlandophone). Un sondage récent pronostique une nouvelle montée de la marée brune en cas d’élections.

Pour affronter le mal qui nous ronge, plusieurs voies s’ouvrent aux démocrates. On peut former un gouvernement d’union nationale (démocratique). On peut lancer des discussions institutionnelles au sein du Sénat.

On peut renégocier des déclarations de révision et provoquer des élections…

Si la Belgique veut éviter de sombrer dans son burn-out constitutionnel, elle ne doit pas éviter le débat constitutionnel sur son avenir institutionnel. Elle doit le préparer et l’affronter.

 

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