La 5G: enjeu stratégique sur fond de soupçons d'espionnage

Fabricant de smartphone, aussi bien que d'antennes GSM, l'équipementier chinois Huawei pourrait-il être exclu des marchés télécoms européens? Le Ministre polonais de l'Intérieur a appelé, ce 14 janvier 2018, l'Union européenne à envisager cette exclusion. Énième rebondissement d'une saga économique et géo-stratégique, sur fond de soupçon d'espionnage: celle de l'implémentation de la 5G.

Et il y a quelques jours, c'est donc en Pologne que l'histoire a rebondi. Mardi dernier, un ancien attaché du consulat chinois à Gdansk, désormais directeur des ventes au service public de Huawei en Pologne, est arrêté. Lui et un ressortissant polonais sont soupçonnés d'avoir agi pour le compte des services chinois et au détriment de la Pologne.

Une infrastructure stratégique

Le porte-parole du ministre qui coordonne les service spéciaux polonais précise: "Cela concerne ses actions, cela n’a rien à voir avec le groupe pour lequel il travaille" (donc Huawei). Mais rien n'y fait, Huawei a annoncé que l'homme avait été licencié. Et le Ministre polonais de l'Intérieur invite l'Union européenne à envisager l'exclusion de Huawei des marchés liés aux télécoms.

Une précédente arrestation avait fait couler beaucoup d’encre en fin d’année: celle de la directrice financière de Huawei. Interpellée au Canada à la demande des États-Unis, l’intéressée est au cœur d’une crise diplomatique entre Ottawa et Pékin, sur fond de déploiement de la 5G. En effet, Huawei ne vend pas que des smartphones. C'est aussi le leader mondial, en parts de marché, des équipements télécoms qui permettent de faire fonctionner la 4G (et à terme la 5G).

Le rôle des États-Unis

Pour équiper les territoires de 5G, il faut des antennes. Beaucoup d'antennes. L'infrastructure est particulièrement critique et elle doit se déployer dans les mois qui viennent. Les États-Unis ont lancé, selon des révélations du Wall Street Journal fin novembre dernier, une campagne de sensibilisation de leurs alliés sur le danger qu’il y a, de leur point de vue, à confier l’installation d’infrastructures de télécommunication au géant chinois. 

Leur crainte: l'espionnage, l'interception de messages. Et le risque de se trouver à la merci de Pékin en cas de crise diplomatique. Les officiels américains ont multiplié ces derniers mois les briefings avec responsables politiques et dirigeants d’opérateurs mobiles de pays amis, en particulier ceux hébergeant des bases américaines. La Pologne, par exemple, souhaite qu'une base militaire américaine soit construite sur son sol.

Pas le moindre début de preuve. Mais des questions.

Jusqu'ici, il n'a pas été prouvé que Huawei ait l'intention de pratiquer l'espionnage pour le compte de Pékin. Et la société chinoise tente de donner toutes les garanties de sa fiabilité. Mais quelques pays ont commencé à restreindre l’accès à leurs marchés, au nom de la sécurité nationale: c’est le cas par exemple des États-Unis et de ses proches alliés, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande. 

En Belgique, Proximus et Orange Belgium travaillent avec Huawei, pour équiper leur réseau. Il n'y a pour l'instant aucune contre-indication officielle ou directive qui réclame qu'il en soit autrement. Cela dit, le Centre en charge de la cybersécurité, en Belgique a demandé il y a un mois que des études objectives soient réalisée qui démontreraient (le cas échant) que l'utilisation de la technologie Huawei comporte des risques.

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