L'OTAN a-t-il encore un sens ?

L'OTAN  célèbre son 70 eme anniversaire cette année. Mais en réalité, l'heure n'est pas trop à la fête au sein de l'organisation de l'atlantique nord.... Pierre Marlet a fait le point sur cette institution de défense internationale dans Matin Première.

 

L'OTAN était en état de mort cérébrale

C'est ce qu'a déclaré le président français Emmanuel Macron.

Il n'y est pas allé de main morte dans une interview donnée au Financial times. La mort cérébrale, c'est le coma dépassé : cela signifie que le cerveau ne fonctionne plus. Seule une assistance respiratoire artificielle permet encore au patient de vivre. Emmanuel Macron cite la Turquie et justement le président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi très violemment

Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale

a lancé Erdogan au président Macron lors d'un discours à  l'université d’Istanbul. Ce n'est pas une déclaration mais une insulte a réagi l'Elysée en convoquant l'ambassadeur de Turquie. Le fond du problème réside dans l'attaque menée par l'armée turque en territoire syrien pour chasser les forces kurdes de la frontière, kurdes qui ont été les alliés de la France, de l'Europe et des Etats-Unis dans leur lutte contre l'état islamique. La Turquie, membre de l'Otan, fait ainsi cavalier seul sans se soucier des autres membres de l'organisation militaire.

Le cavalier seul Trurc 

La Turquie représente un réel soucis à cause de l'article 5 du traité de l'Atlantique nord qui est à l'origine de la création de l'Otan.

Il dit ceci : les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une d'entre elles sera considérée comme une attaque contre toutes les parties.

Ce qui impose, au nom de la légitime défense, un devoir d'assistance envers celui qui est attaqué.

Alors bien sûr ici c'est la Turquie qui a attaqué, elle ne peut donc pas prétendre à cette assistance des autres membres de l'Otan mais une telle action délibérée affaiblit l'organisation parce qu'elle entame sa crédibilité et fragilise son fonctionnement.

De même, quand Emmanuel Macron critique l'obsession financière du président Trump, il fait référence au précédent sommet de l'Otan tenu à Bruxelles en juillet de l'an dernier où le tweet du président américain lors de son départ pour Bruxelles résumait l'enjeu qu'il donnait à ce sommet : les pays de l'Otan doivent payer plus, en majuscule et les Etats-Unis doivent payer moins, toujours en majuscule.

A quoi sert l'OTAN ?

Il y a 70 ans, le monde était bien différent : en 1949, 4 ans après la fin de la seconde guerre contre l'Allemagne nazie, l'Europe occidentale se sent menacée par l'union soviétique.

A l'époque, dix pays européens dont la Belgique, la France et le Royaume-Uni s'associent avec le Canada et les Etats-Unis et décident de se doter d'un commandement militaire commun qui sera très symboliquement confié à l'ex-commandant en chef allié contre l'Allemagne nazie Dwight Eisenhower. Et durant 40 ans, l'ennemi de l'Otan est identifié : c'est l'union soviétique et ses alliés d'Europe de l'est.

Quand le mur de Berlin est tombé, tout a changé. Il y a d'ailleurs eu un moment de flottement et puis  les pays d'Europe de l'est ont demandé à intégrer l'Otan pour se sentir protégés d'une Russie dont ils continuaient à se méfier.

Le terrorisme international

Au 21eme siècle, l'Otan s'est trouvé un nouvel ennemi : le terrorisme international. Cette menace est moins identifiable et l'action de l'Otan moins évidente. A l'époque de la guerre froide, il s'agissait de pointer des têtes nucléaires vers le bloc soviétique qui faisait exactement la même chose : c'est ce qu'on appelait l'équilibre de la terreur puisque celui qui serait tenté de déclencher les armes nucléaires savait que son adversaire riposterait avec une destruction effroyable de part et d'autre.

Aujourd'hui qui est réellement l'adversaire et d'où pourrait-il frapper ?

Par ailleurs, l'Europe est aujourd"hui face à un sérieux défi : elle a longtemps été sous le couvert du parapluie américain mais l'Amérique regarde de plus en plus ailleurs. Il est sans doute temps pour les Européens à se prendre davantage en main, à créer une Europe de la défense, c'est cela qu'a voulu dire Emmanuel Macron de manière assez provocante.

Une mise en cause pas si surprenante 

Et puis surtout la France est soucieuse de son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis. C'est ainsi qu'en 1966 le général De Gaulle a choisi de quitter non pas la structure générale de l'Otan mais son organisation militaire intégrée, en anglais le Shape qui à l'époque était situé dans la région parisienne.

C'est comme cela d'ailleurs que la Belgique s'est empressée de faire acte de candidature pour l'accueillir à Mons alors que le siège politique est à Evere. Ajoutons que depuis deux ans, il bénéficie de bâtiments flambant neufs de 250 000 metres carrés qui accueillent 4000 personnes, ce qui a tout de même coûté un milliard d'euros. Précisons que la Belgique n'en a payé que 4% mais si c'est pour accueillir un malade en état de mort cérébrale, avouez que ce serait tout de même dommage...

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