L'origine des années de plomb en Italie

Le 12 décembre 1969, à Milan à 16h37, une bombe éclate dans la Banque nationale de l’Agriculture, sur la Piazza Fontana, dans le centre-ville. L’explosion provoque la mort de 16 personnes et en blesse une centaine d’autres. Comment l’Italie en est-elle arrivée là ? Réponse avec Vincent Genin, docteur en histoire de l'Université de Liège.

Comme l’explique, Vincent Genin, l’extrême gauche est très rapidement accusée de l’attentat.

Quatre mille personnes sont arrêtées, tandis que des militants d'extrême droite et des membres des services secrets italiens s'infiltrent dans les groupes anarchistes.

Les tensions politiques et sociales ont en fait atteint un niveau tel que les violences de rue se multiplient et que la lutte armée se développent. Les actes de terrorisme, enlèvements, demandes de rançon, assassinats, vont ensanglanter l’Italie jusqu’au début des années 80. Ce sont les années de plomb.

L’influence des extrêmes

Ce qu’on appellera plus tard les années de plomb débute en fait au début des années 60.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie oscille entre deux extrêmes, l’extrême-droite avec le fascisme et l’extrême gauche : entre communisme et anarchisme. L’Italie est sortie du fascisme seulement depuis 20 ans, et les cicatrices sont encore vives. Le communisme est plus que présent. L’Italie est en effet aux frontières de la Yougoslavie, de l’Albanie, et de la Grèce, pays où le communisme est très présent. Les deux extrêmes se côtoient donc sur la scène politique d’une manière presque dominante.

Les communistes sont à l’époque une force politique qui compte très fort et ce d’ailleurs jusqu’à très récemment.

 

Le pays réel et le pays officiel

Depuis 1862 et le Risorgimento ou unification italienne, le pays est en fait profondément morcelé.

Vincent Genin parle même de deux pays différents: le pays réel, l’Italie proie du populisme et le pays officiel avec ces administrations, son gouvernement. Un État qui est là sans être là. Un véritable décalage se crée donc aux yeux des italiens, entre l’officiel et le réel. Ce fossé va donc créer une sorte de chaos où les phénomènes ligueurs s’engouffrent. De plus, les volontés du gouvernement de l’époque sont très pro-européennes, l’Europe qui deviendra alors la bête noire des communistes.

Le début de la terreur

Le 12 décembre 1969, une bombe éclate donc à  Milan, les autorités cherchent alors du coté des anarchistes. Très vite, on fait porter le chapeau à l’extrême gauche, l'affaire prendra plusieurs années à être éclaircie, il s'agissait en fait d'un groupe de Padoue plutôt classé à droite. La volonté était donc clairement de faire porter le chapeau aux communistes.

Les attentats se suivent, des bombes explosent, et font des victimes entre 12 et 13 000 victimes selon Vincent Genin, dans des gares, sur des places publiques. Mais le mouvement semble très incohérent, incohérence de la cible, incohérence des méthodes, mais le but est atteint c'est le désordre et le règne de la terreur.

         

Pour en savoir plus sur les années de plomb en Italie, les brigades rouges, le meurtre d'Aldo Morro, écoutez la suite de Un Jour Dans l'Histoire !

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