L'homosexualité féminine à travers les siècles

De la préhistoire à nos jours, l’homosexualité féminine a traversé les siècles. Marqué par de grandes figures, son Histoire reste pourtant bien plus invisible que celle de l’homosexualité masculine. Louise-Marie Libert a remonté le temps pour raconter « L’histoire de l’homosexualité féminine » aux éditions Jourdan. De Sappho à Frida Kahlo, elle s'est intéressé à ces figures emblématiques, aux obstacles qu'elles ont rencontré et aux différentes moeurs à travers les âges. Elle était l'invité d'Un Jour dans l'Histoire.

Enheduanna, la prêtresse lesbienne et puissante, Sappho, la " fondatrice ", les Spartiates, mi-hommes, mi-femmes,  les Romaines " sans la moindre pudeur, les lesbiennes accusées de sorcellerie. Louise-Marie Libert a exploré l'Histoire et a relaté les anecdotes de femmes emblèmes du lesbianisme et de la libération sexuelle.
 

 

La préhistoire et ses dessins révélateurs

Selon Louise-Marie Libert, beaucoup de recherches au niveau de la préhistoire ont été le fait d'amateurs, pas éclairés, "des personnes un peu bien pensantes issues de la bourgeoisie." De là découle donc une interprétation très anglée de certains dessins de l'époque. Elle cite par exemple l’abbé Breuil qui a fait de nombreuses recherches mais bien qu'elles soient intéressantes, il est vrai son objectif n'était pas d'étudier la sexualité à cette période là.

"Les représentations de femmes étaient souvent liées à la fécondité et à la maternité mais pas au plaisir" explique l'auteur. 

Quelques personnes ont cependant un tenté de voir plus loin, comme Brigitte et Gilles Delluc qui se sont intéressés de plus près aux dessins et qui ont en fait découvert à travers certaines plaquettes des dessins où l’on voit des gestes amoureux entre femmes, hommes etc.

Dans la Grotte de la marche par exemple: on voit très bien des scènes amusantes, où l'on peut constater clairement des scènes d’homosexualité féminine et masculine, mais comme le souligne Louise-Marie Libert ce ne seront jamais ce genre d'interprétations qui seront mises en avant.

Dans l'Histoire l’homosexualité féminine a toujours existé, mais elle a toujours manqué de visibilité par rapport à l’homosexualité masculine et ça se remarque à toutes les époques, que ce soit dans la religion, dans la législation, c’est très différent.

La Grèce Antique: les spartiates et une sexualité plus libérée

En Grèce antique, Louise-Marie Libert relève l'exemple assez atypique des spartiates, représentantes féminines de cette cité, une cité à tendance très matriarcale. Les hommes étant souvent partis à la guerre, les femmes s’occupaient de beaucoup de choses, que ce soit l’éducation des enfants, de la maison, mais ce qui est très particulier comme le relève l'auteur, c’est qu’elles sont élevées comme des garçons, de manière sportive et guerrière. 

"Les spartiates, hommes comme femmes s’entraînent tous ensemble, parfois pas très vêtus." Et on constate là en fait une autre manière d’envisager la place de la femme dans la Grèce Antique: les femmes elles étaient plus masculines, elles pouvaient plus s’affirmer. 

"Quand on lit les poèmes on se rend compte que l’homosexualité n’est pas tellement choquante, au contraire on se dit ça fait attendre les jeunes filles, et quand elles auront un mari, ce ne seront plus des oies blanches."

Dans l’antiquité, l’homosexualité fait en fait rapport avec une norme sociale, la sexualité y est beaucoup liée au rang social et cette hiérarchie va très loin,  jusque dans les gestes intimes qui sont du coup liés au fait qu’on soit un dominant ou au dominé, une femme peut " chevaucher " son compagnon masculin s’il est de rang social inférieur. Même chose dans les rapports homosexuels entre les hommes, certains gestes sont permis à un maître mais pas à un esclave.

Le christianisme et sa rigidité

Mais si la Grèce Antique semblait ouvrir la voie d'une sexualité plus libérée, le Christianisme arrête net la vision de la sexualité liée au rang social et hiérarchique, la sexualité sera désormais jugée en termes de pêché.

En 313, Constantin Ier met à un terme à la persécution des chrétiens en rendant leurs textes licites avec l’édit de Milan et sonne le glas d'une nouvelle ère. Le christianisme n'est plus banni.

En 380, l’édit de Thessalonique est décrété par Theodore Ier pour l’empire romain. Il fait dès lors du christianisme la religion d’Etat ce qui engendre bien sur des conséquences énormes, dans la mesure où on inverse les valeurs de la société. "Avant quand on était chrétien on était un peu hors-la-loi, or c’est les païens qui deviennent désormais les persécutés."

L’homosexualité masculine est banni mais celle des femmes encore plus, on reproche presque aux femmes aussi de provoquer l’homosexualité masculine. (Saint-Paul) et surtout à partir de la Renaissance, le droit canon qui va régir la vie des gens va introduire un retour aux lois romaines extrêmement patriarcales, et les deux font alors " bon ménage " au détriment des homosexuels.

 

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