"L'Histoire de la sexualité n'est qu'une histoire d'atténuation de la domination masculine"

 " Une histoire de la sexualité : des premiers hominidés aux début de la chrétienté"
" Une histoire de la sexualité : des premiers hominidés aux début de la chrétienté" - © Tous droits réservés

Youporn, débats dans la presse féminine, petites tenues dans les pubs, sur le net ou à la télé, le sexe s’invite à toutes les tables et à toutes les sauces. Beaucoup parleront de libération sexuelle. Vraiment ? Dans "Un jour dans l’histoire", le psychiatre et anthropologue Philippe Brenot rit du concept, sa bande dessinée "Sex Story" bien en main.


Face à la nudité qui s’affiche et les langues qui prétendent se délier, Philippe Brenot préfère prendre des pincettes. Le sexe est partout, et pourtant, on n’y comprend pas grand-chose…parce qu’on ne l’explique pas vraiment. Selon le coauteur de "Sex Story", la première BD qui raconte l’histoire de la sexualité à l’aide des dessins de Laetitia Coryn, "on ne comprend ce qu’on vit qu’en le relativisant dans le temps. L’histoire de la sexualité, je la raconte pour comprendre la sexualité d’aujourd’hui".

Libération sexuelle? "Pas vraiment…"

Philippe Brenot ne manque pas de relativiser historiquement la prétendue libération sexuelle depuis 68: "Déjà, il n’y a eu que la libération sexuelle des femmes, des homosexuels, etc. Les hommes, eux, ont toujours été libres". De plus, l’histoire de la sexualité n'est pour lui que l’histoire de l’atténuation progressive de la domination masculine qui, dans nos pays, est aujourd'hui certes affaiblie mais pas terminée. C’est ce qui différencie, entre autres, la sexualité humaine de celle de l’animal: l’invention de l’amour et son corollaire, la domination masculine, qui n’existe simplement pas en dehors de l’humanité. Cadenasser la femme à la maison par le mariage à noter que le mariage d’amour ne date que d’un siècle a été selon lui le moyen pour l’homme de s’assurer de l’affiliation, mais aussi d’empêcher la femelle d’approcher d’autres mâles. Une femme qui a plusieurs amants ne peut savoir de qui est son enfant, ce qui justifiait à l’époque la peine de mort en cas d’adultère au féminin, tandis que l’homme qui trompait sa femme ne faisait que rembourser la dote. "Ovide a dit que les femmes peuvent aimer comme les hommes, que les femmes ont le droit d’être actives et en jouissance. Et puis, il est parti en exil et il mourra en exil… Tout ça pour dire qu’on se rend compte qu'à chaque avancée vers ces libertés, immédiatement les forces sont trop fortes. Et ce jusqu’au 20e siècle où le libéralisme a été plus fort. Mais il faut savoir que nous ne sommes que 20% de l’humanité où la liberté est assez importante pour vivre ce que l’on veut avec la personne choisie et ça ne date que de 50 ans."

Difficulté de couple? "C’est normal…"

En tant que thérapeute, il rencontre beaucoup de couples qui vivent toutes sortes de difficultés. Pour lui, cela vient d’une des grandes énigmes de l’humanité, qui est de connaître à la fois ce que vivent les hommes et ce que vivent les femmes. Cela ne va pas de soi de comprendre l’autre, et selon lui, c’est bien normal.  Parce que "ce n’est pas naturel de vivre en couple. Avant l’arrivée des hommes, il n'y a jamais eu de couple. Mis à part quelques cas particuliers, il ne peut pas y avoir de couple chez les mammifères". C'est pour Philippe Brenot la chose la plus importante, et pourtant, personne ne le sait. Les couples se séparent de plus en plus, ce qu’il associe à une méconnaissance profonde de l’histoire de la sexualité et, en conséquence, à un manque de relativisme. Il n’est pas pour autant pessimiste sur l'avenir du couple: en regardant l’Histoire et en admettant que le couple n'est pas naturel, on peut le comprendre, l’appréhender, et ainsi y arriver. À deux.

La suite de l'interview de Philippe Brenot

Et aussi

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK