L'expérience de Milgram et la soumission à l'autorité

L’expérience de Milgram et la soumission à l’autorité
L’expérience de Milgram et la soumission à l’autorité - © Tous droits réservés

L’expérience de Milgram est une des plus grandes expériences de la psychiatrie et certainement la plus connue. Plus de 50 ans plus tard, elle n’a pas pris une ride et est encore étayée par des exemples au quotidien.

Pierre Schepens, psychiatre et directeur de la clinique de la Forêt de Soignes, a exploré les impacts actuels de cette expérience qui teste le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité qu'il juge légitime.

Le déroulement de l’expérience

En 1960, Stanley Milgram, professeur à Yale aux États-Unis, a souhaité observer le degré d’obéissance des individus et pour cela il a réalisé une simple expérience avec trois acteurs impliqués : un expérimentateur, un acteur, et un scientifique, ces deux derniers étant au courant du scénario. L’expérimentateur est donc la personne qui n’est au courant de rien, celle dont on va observer le comportement.

On invite des gens "normaux", les expérimentateurs, sans profil particulier, à participer à une expérience qu’on qualifie alors de "pédagogique". Ils (les expérimentateurs) sont invités dans une pièce avec un instructeur (le scientifique) en blouse blanche (ce qui lui confère une certaine autorité), là pour donner des instructions.

L’acteur assis sur une chaise doit réaliser des combinaisons de mots, à chaque erreur de l’acteur, l’expérimentateur est chargé d’envoyer un choc électrique à celui-ci et ce sous le regard du scientifique qui lui donne des instructions et qui veille à ce que les consignes soient respectées. L'acteur est visible pour l'expérimentateur qui peut observer sa réaction au choc électrique.

Avant de commencer l'expérience, l’expérimentateur teste lui-même le choc électrique léger et est conscient de l’échelle disponible en fonction de l’erreur. Plus l’acteur se trompe plus le choc est fort, la gradation allant de 45 à 450 volts, de choc léger à fort, jusqu’à " XXX " (pour conséquences inconnues).

L’expérimentateur est donc chargé d’envoyer ces décharges à chaque erreur, et ce tout en sachant que l’acteur en souffrira. Les chocs pour l’acteur étant évidemment factices, il joue alors le jeu d’une douleur intense et de la torture à l’expérimentateur. Le but de l’expérience : voir jusqu’où ira l’expérimentateur sachant qu’il fait du mal à l’acteur, ce alors qu’il ignore que c’est un acteur, et que selon lui est il est dans des conditions estimées légitimes et justifiées par le caractère scientifique.

Les résultats et les facteurs déterminants

Au départ de l’expérience, on pensait que moins de 2% des expérimentateurs monteraient dans les tours or les résultats ont été à l’opposé des prédictions.

65% des expérimentateurs ont envoyé des chocs de plus 450 volts. Un résultat choquant qui prouve en fait l’impact d’un cadre "légitime", qui déresponsabilise l’être humain. Cela signifie également que 35% des expérimentateurs arrivent à passer au-dessus de l’autorité et faire passer leurs principes moraux avant.

Deux facteurs conditionnent ce résultat très élevé :

  • L’intensité des injonctions, au plus le scientifique donne des ordres et pousse l’expérimentateur dans ses retranchements au plus celui-ci monte dans les tours. Si le scientifique reste neutre, moins de 20% des expérimentateurs continue à " punir " l’acteur à chaque erreur.
  • La visibilité de la douleur de l’acteur, au plus l’expérimentateur peut voir ou entendre l’acteur qui souffre au moins il poussera l’intensité des volts. Par contre si l’expérimentateur a peu de visuel ou n’entend pas l’acteur qui " hurle " de douleur, au plus il s’en sentira distant et continuera donc à le " punir ".

Les conclusions de l’expérience confirmées

Cette expérience désormais très connue et reconnue par les scientifiques et les psychiatres a prouvé en fait la banalisation du mal dans un cadre légitime.

En effet l’expérience de Milgram a été démontrée lors de génocides. Comme l’explique Pierre Schepens, lors du génocide au Rwanda ou du génocide des Juifs en 40-45 : " les actes sont déshumanisés, la personne n’est qu’un maillon de la chaîne qui s’exécute, on déshumanise les personnes que l’on exécute et les filtres moraux sautent. "

Pierre Schepens explique que le succès de cette expérience est aussi dû au fait qu’elle peut être prouvée quotidiennement, que ce soit au travail ou dans la vie privée.

 

Réécoutez les explications de Pierre Schepens sur l'expérience de Milgram dans Tendances Première

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