L'Europe est-elle en train de brader ses fleurons à la Chine?

L'Europe est-elle en train de brader ses fleurons à la Chine?
L'Europe est-elle en train de brader ses fleurons à la Chine? - © Tous droits réservés

Pourquoi les Chinois sont-ils en train d'acheter massivement des entreprises en Europe? Leurs capitaux sont bienvenus par les temps qui courent mais quelle est la contrepartie souhaitée par les groupes chinois qui investissent chez nous? Faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter? La réponse est nuancée.

Cette année, les Chinois ont déjà dépensé plus de 60 milliards de dollars en Europe, plus du double que pour toute l'année 2015. Selon Thomson Reuters,  60 % des investissements chinois se font désormais en Europe contre 25 % aux Etats-Unis.

Pourquoi cette ruée vers l'Europe? D'une manière générale, les groupes chinois cherchent une diversification. Leur économie va moins bien, ils ont des réserves de changes toujours importantes et ils cherchent à renforcer leurs capacités technologiques. Et les groupes privés se mettent à l'abri d'une expropriation dans le cadre de la lutte anti-corruption.

Quant au choix de l'Europe, il s'explique par le très faible rendement des bons du trésor américain mais pas seulement comme l’explique  Pierre Defraigne, spécialiste de la Chine : " L’Europe est le maillon faible du triangle Chine-Etats-Unis-Europe parce que nous n’arrivons pas à sortir de la crise. Nous n’arrivons pas à construire une puissance publique qui appuie, par une politique industrielle, un effort de redéploiement technologique vers le haut dont l’Europe a besoin. Donc, elle s’expose à voir ses fleurons cueillis un par un, tantôt par les Américains, tantôt par les Chinois ".

Prise de pouvoir ?

Les Chinois rachètent nos fleurons pour diversifier leurs investissements. Et la question se pose : s'agit-il uniquement d'un placement financier ou bien ont-ils d'autres ambitions? Les investisseurs chinois commencent presque toujours en douce, comme " sleeping partners ", associés dormants.

Progressivement ils montent dans le capital avec comme objectif de retirer le maximum d'enseignements, en termes de technologie, de ressources humaines, de rapports avec les administrations. Et si volonté de pouvoir il y a, elle est indirecte selon Pierre Defraigne : " Il est clair que si ils ont investi beaucoup en Europe, il y aura ici des gens dans les entreprises, aussi bien les patrons que les syndicats, qui, en cas de contentieux commercial avec  la Chine, vont du coup soutenir des compromis sans doute plus favorables à la Chine. Il est évident que les Chinois jouent aussi ce canal d’influence ".

Boucle fermée

Une dernière question: quels sont les secteurs qui intéressent les Chinois? Une peu de tout mais pour l'instant il y a une dominante dans les loisirs et l'hôtellerie. Ils viennent de racheter 70 % de l'Inter de Milan. Le Club Méditerranée leur appartient et ils auraient des visées sur la Compagnie des Alpes, propriétaire de Walibi. Ils possèdent 15 % d'Accor et souhaiteraient également monter dans le capital. Pour Pierre Defraigne ces choix ont une logique très concrète : " Vous avez un flux de Chinois qui dévale sur l’Europe chaque année de plus en plus important. Ils veulent être côté où l’on reçoit ces touristes, où les nourrit, où on les loge. On fait ainsi de l’argent sur les natifs qui viennent chez nous. C’est un circuit en boucle fermée ". Du pragmatisme pur et dur!

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